Le câble synthétique, allié du débardage en forêt
A une extrémité, un câble métallique. De l'autre, un câble synthétique. Petit à petit, le tronc d'arbre remonte les dizaines de mètres qui le séparent du débusqueur. Stéphane Coing-Belley, débardeur indépendant, participe aux tests menés par la MSA et l'institut technologique Forêt cellulose bois-construction ameublement (FCBA) sur les câbles synthétiques. « Je couple le câble métallique et le câble synthétique pour les gros bois », explique-t-il. Le câble synthétique est étudié depuis plusieurs années car il présente un gros avantage : il est nettement plus léger que le câble métallique. « A longueur égale, le câble métallique pèse 150 kg, là où le câble synthétique en pèsera 22 kg », explique Paul Magaud, ingénieur études et recherches en exploitation forestière au FCBA. La profession forestière étant une des plus touchées, comme la profession agricole, par les troubles musculo-squelettiques chroniques, ce type de câbles permettrait de les limiter. « On a moins besoin de forcer au débardage », confirme Stéphane Coing-Belley. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la MSA réfléchit à un accompagnement financier de cet équipement auprès des débardeurs. « Ce n'est pas de l'accidentologie instantanée. Les troubles musculo-squelettiques coûtent très cher aux caisses d'assurance-maladie », explique Romain Cassagne, conseiller de la MSA. En 2018, 258 entreprises ont utilisé un câble synthétique pour 349 machines dont 285 débusqueurs et 64 tracteurs forestiers.
Trois torons
Depuis mai, trois câbles sont testés dans plusieurs départements d'Auvergne Rhône-Alpes, en Isère chez Stéphane Coing-Belley, dans l'Ain et en Haute-Savoie. Les trois câbles tests partiront ensuite vers trois autres départements.
Durant ce test, les débardeurs sont mis à contribution. Chacun a un carnet de suivi pour noter ses remarques sur l'utilisation du câble. « Cela nous permet de mener une étude de durabilité et peut-être d'avoir une approche économique », précise Paul Magaud. Le câble testé est à trois torons torsadés entre eux. Pour arriver à cette structure, il a fallu réfléchir à plusieurs points. « On devait éviter qu'il ne se coince dans le tambour, et qu'il ne rentre pas trop dans le bois », détaille le chercheur. C'est d'ailleurs l'un des défauts du câble métallique. « On a aussi travailler sur l'amélioration de la résistance au frottement en limitant le peluchage externe ». Ensuite, la réflexion s'est portée sur l'attache au niveau du débusqueur. « Des études ont été menées sur les nœuds les plus résistants. C'est finalement l'épissure qui résiste le mieux », conclue l'ingénieur. Ce nœud solide présente aussi l'avantage d'être facile à défaire et de permettre de réparer le câble quand il se casse.
Péter un câble
Et de la casse, il y en a. Stéphane Coing-Belley travaille dans un chantier public de l'Office national des Forêts proche de la Chapelle-du-Bard dans le Vercors. Il a 400m3 de sapin et 80m3 d'épicéa à sortir d'une parcelle assez pentue. Il travaille ainsi avec un câble métallique et un câble synthétique. Ce dernier mesurait 150 mètres au début du test. Après mesure par Paul Magaud, il n'était plus que de 110 mètres à force de le réparer. Moins résistant que le câble métallique pour le moment, il n'est pas utilisé en permanence. « C'est aussi intéressant d'être dans le Vercors pour le tester dans des chantiers en montagne et pas qu'en plaine », confirme Paul Magaud. Pour la suite, il va poursuivre le travail sur la résistance du câble mais aussi sur l'attache du câble à la machine. « On va faire six mois de suivi et on verra ensuite ».