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Environnement

Le captage dans la prairie

Agriculteurs et collectivités s'engagent dans des pratiques vertueuses pour préserver la qualité de l'eau du captage de Reytebert à Doissin.
Le captage dans la prairie

Pionnier, exemplaire, le programme d'action mis en œuvre pour la qualité des eaux du captage de Reytebert à Doissin a reçu les félicitations de Yannick Prebay, délégué régional de l'Agence de l'eau Rhône-Méditerranée. Il a qualifié la démarche de « synthétique et opérationnelle », soulignant son caractère « complet et raisonnable ». Elle fait l'objet d'une charte d'engagement impliquant agriculteurs, administration et collectivités. Deux éléments distinguent le dossier entre tous : le principe d'échange de surfaces opéré avec l'implication de la Safer et la création d'un GIEE réunissant six agriculteurs autour de la problématique du captage.

Prairies permanentes

Le captage de Reytebert apporte une production annuelle de 160 000 m3 d'eau, soit 16% de la ressource du Syndicat mixte d'eau et d'assainissement de la Haute Bourbre (SMEAHB). Un périmètre de protection a été défini depuis 1997. « Nous avions deux préoccupations, déclare Daniel Vitte, le président du syndicat, surveiller l'évolution des nitrates et la présence de dérivés d'atrazine, source d'inquiétudes. » En 2011, la chambre d'agriculture a posé un diagnostic sur les pratiques agricoles. Les premières acquisitions foncières par le syndicat remontent à 2014. En 2015, l'aire d'alimentation et la zone de protection ont fait l'objet d'un arrêté préfectoral. Dans la foulée, en 2016, les premières actions ont été lancées, notamment les MAEC*.
David Cinier, chargé d'animation des captages prioritaires du Syndicat mixte d'aménagement de la Bourbre (Smabb), indique que, situé dans un secteur très rural, le captage présente un périmètre limité de 97 hectares et ne concerne « que » neuf exploitations, principalement des élevages de bovins lait.
Les efforts fournis par les fermes sont déjà conséquents. Sur la surface agricole totale de 74 hectares, 35 hectares sont occupés par des prairies permanentes. « La présence du captage a été intégrée dans les pratiques agricoles », souligne l'animateur. « L'enjeu est de réduire la présence de maïs dans nos assolements dans le périmètre de captage, sans mettre en difficulté nos exploitations », explique Didier Annequin-Digond, du Gaec de Rabatelière. « Le passage du maïs à l'herbe a un effet direct sur l'économie des exploitation, qu'il convient de compenser », confirme Nicolas Agresti, directeur de la Safer Isère. C'est la raison pour laquelle la Safer vient en appui du SMEAHB pour l'acquisition de foncier à l'intérieur ou à l'extérieur du captage. Il s'agit d'une part de favoriser l'enherbement dans la zone protégée et d'autre part de compenser en terres cultivables à l'extérieur.
Sur le volet sanitaire, l'atrazine est un herbicide interdit depuis 2001. Mais Yannick Prebay signale que « le problème est que cette molécule stable se retrouve partout, même plus de 10 ans après son interdiction d'utilisation ».

Pratiques agro-écologiques

La charte d'engagement se donne des objectifs simples. A trois ans, il s'agit d'améliorer la qualité de l'eau en respectant une moyenne interannuelle de 35mg/L de présence de nitrates. Les pesticides ne dépasseront pas 0,5 μg/L pour le total des analyses. Au-delà de trois ans, les nitrates ne devront pas dépasser une moyenne interannuelle de 30 mg/L et les pesticides seront inférieurs à 0,4 μg/L.
Même les exploitations concernées de façon marginale, avec une ou deux parcelles dans le périmètre, participeront au moins à une action définie par la charte. Trois Gaec iront plus loin avec la mise en place du GIEE. De leur côté, les collectivités s'engagent dans la démarche régionale « objectif zéro pesticide ».
La charte prévoit notamment la recherche des meilleures pratiques agronomiques pour la gestion et l'analyse des effluents ainsi que le pilotage de la fertilisation. Le désherbage mécanique a déjà fait l'objet de contractualisation sur 16 hectares dans le cadre de MAEC : plus de 10 hectares sont passés en herbe et 4,5 ha ont bénéficié d'une réduction des doses d'herbicides. Il est également question, pour le GIEE, d'investir dans du matériel de désherbage mécanique ainsi que dans une aire collective de lavage et de remplissage de pulvérisateurs si nécessaire. Les techniques agro-écologiques ont la part belle avec la mise en place de plateformes d'essais de couverts et la plantation de haies anti-érosives, laquelle a débuté en décembre dernier par 500 m de linéaire réalisés par la MFR de Vif. Le GIEE envisage également l'acquisition d'une remorque autochargeuse pour améliorer la qualité de l'ensilage de l'herbe dans la recherche d'autonomie ainsi qu'un semoir polyvalent en semis direct. Les acquisitions foncières et la mise en place de baux environnementaux pour des échanges ou des compensations se poursuivront au gré des opportunités, avec l'appui de la Safer. La démarche bénéficiera d'un appui en termes d'animation et d'échanges. Le tout s'accompagnera d'une amélioration des connaissances hydrogéologiques du secteur.
Le coût du programme d'action est estimé à 130 000 euros d'investissement et 19 000 euros de fonctionnement. Les partenaires financiers sollicités seront le Feader, l'Agence de l'eau, la Région, le département de l'Isère et le fonds Vivea.

Isabelle Doucet

 

Les accompagnements :

Volet autonomie alimentaire : Isère conseil élevage
Volet agro-écologique : chambre d'agriculture
Volet environnemental, aide aux investissement, GIEE : Smabb
Volet foncier : Safer.

 

Un GIEE

« Produire du lait avec de l'herbe »

C'est un des trois premiers groupements d'intérêt économique et environnemental (GIEE) isérois retenus par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le projet de l'association Avenir Reytebert a pour but de « développer des pratiques agro-écologiques pour accroître les performances technico-économiques des exploitations d'élevage et protéger la ressource en eau potable du captage prioritaire du Reytebert ». Il réunit trois Gaec et six exploitants et couvre les deux tiers des surfaces agricoles concernées par le captage. « L'objectif est de substituer le maïs à l'herbe et de produire du lait avec de l'herbe », lance Michaël Bonnault, le président de l'association. « Produire plus efficace, compenser les charges opérationnelles des exploitations, faire du semis direct et affiner les techniques de binage, réduire les intrants et procéder au désherbage mécanique du maïs : à terme, ce sont des économies, mais aussi plus de temps de travail et un investissement dans des outils de travail onéreux », détaille l'exploitant. « Ces technologies représentent un surcoût, d'où l'idée de s'associer en faisant appel à des fonds du Feader et de l'Agence de l'eau via le GIEE », explique-t-il.
Dans l'immédiat, les exploitants ont besoin d'une remorque autochargeuse ainsi que d'une bineuse et son système d'autoguidage. Ces outils permettent un ensilage de qualité. « Le maïs qui reste, il faut aussi le soigner, avec l'implantation de couverts, du binage, de façon à limiter l'impact des cultures résiduelles », insiste Michaël Bonnault.
« Faire des choix »
« L'idée est venue du syndicat des eaux, à force de faire des réunions il est sorti quelque chose, commente Valentin Poulet, associé avec son père dans la Gaec du Luthau, le principal concerné par le captage. La loi d'avenir nous a apporté la possibilité de faire un GIEE. » Ce Gaec de 70 vaches laitières - races montbéliarde et prim'holstein-  et d'une SAU de 100 hectares a son siège d'exploitation situé au cœur de la zone de captage. « Nous avons 20 à 30 hectares concernés à la porte du bâtiment », ajoute Valentin Poulet. Une situation qui « incite à faire des choix, par exemple celui de l'aire paillée intégrale pour ne pas avoir à gérer de lisier. Nous faisons aussi du semis sous couvert et des cultures spécifiques, notamment des prairies et de la luzerne sur la zone de captage. » Les agriculteurs ont également participé à l'échange de parcelles, sur un hectare pour l'instant. La limite du système tient à la grande homogénéité de l'exploitation autour de son siège, toute compensation signifiant éloignement. Le GIEE permet au Gaec du Luthau d'investir dans du matériel adapté, le travail mécanique réclamant des interventions plus soutenues.
C'est cette même recherche d'autonomie qui a incité Guillaume Decrozant et Michaël Bonnault, récemment associés du Gaec de Soivieux, à se lancer dans le GIEE. « Travailler ensemble, échanger et partager les investissements », Guillaume Decrozan y voit un intérêt évident. L'exploitation compte aussi 70 vaches laitières - prim'holstein et montbéliarde - et une SAU de 80 hectares dont six concernés par le captage. « Nous avons remis de l'herbe et des pâturages. Le GIEE nous permettra de mieux exploiter l'herbe et de développer l'entente », estime le jeune agriculteur. « C'est pas évident de trouver du temps pour mettre des choses en place et pour penser à l'environnement dans un contexte peu porteur », insiste-t-il.
Le troisième Gaec, celui de Rabatelière, possède deux sites dans le périmètre de captage.
ID