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Beaucroissant

Le champ de foire en campagne électorale

Malmenée par les autorités pour son caractère indompté, la foire de Beaucroissant a pourtant une nouvelle fois attiré une incalculable brochette d'élus, offrant un auditoire inespéré aux agriculteurs qui crient leur détresse depuis des mois.
Le champ de foire en campagne électorale

 « Une belle densité d'élus », constatait Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture au moment d'inaugurer la 796ème foire de Beaucroissant vendredi dernier. Un peu comme si ce rendez-vous incontournable marquait le lancement de la campagne pour les élections régionales, qui se dérouleront au mois de décembre prochain. Alors les agriculteurs ont profité de l'aréopage pour donner de la voix. Dans le cortège, et observant un savant équilibre des forces politiques, se cotoyaient : un secrétaire d'Etat, André Vallini, un président de région, Jean-Jack Queyranne, deux députés, Michèle Bonneton et Erwann Binet, trois sénateurs, Eliane Giraud, Jacques Chiron et Bernard Saugey, un président de conseil départemental et son vice-président à l'agriculture, Jean-Pierre Barbier et Robert Duranton et le préfet, Jean-Paul Bonnetain, le tout conduit par le maire de Beaucroissant, Georges Civet. Laurent Wauquiez, député et candidat aux élections régionales, était aussi de la partie.

Deuxième mi-temps

Il n'y a pas eu de débordement, mais des prises de parole explicites. Sur le premier stand visité, à la Coordination rurale, François Ferrand, a exhorté les élus à prendre leur responsabilités. « La Pac doit renouer avec ses objectifs initiaux : garantir la sécurité alimentaire de l'Union européenne ; la stabilité des prix et des marchés ; un coût modéré pour les citoyens ; et un revenu décent aux agriculteurs. » L'agrivillage était presque trop petit pour accueillir la délégation à la rencontre de Pascal Dennoly, président de la FDSEA et Françoise Soullier, présidente des JA. « Nous sommes en colère, et beaucoup plus que vous ne l'imaginez », a martelé le président de la FDSEA en saluant l'implication des JA dans toutes les actions de l'été. Il a insisté sur la crise « d'une insupportable réalité » et dont l'issue « fait trembler tout le monde ». « On nous exploite, on nous humilie », a-t-il repris, réclamant toujours « plus de prix et moins de normes ». Après la manifestation parisienne et les premières mesures destinées à  « maintenir les exploitaitons en vie », vient, pour le syndicaliste, « la deuxème mi-temps ». Est réclamée : une année blanche pour la dette des exploitaitons avec de fortes attentes auprès des banquiers, un allègement des cotisations sociales et la possibilité de calculer leur montant sur les revenus 2015, le dégrèvement total de la Taxe sur le foncier non bâti (TFNB) ainsi qu'un dispositif fermier exceptionnel de remise gracieuse des impositions non professionnelles. Au nom de la « réalité économique et sociale des exploitations », Pascal Denolly rejette toute surimposition à la règlementation européenne, demande « une analyse coûts/bénéfices de la règlementation » et réclame des « règles claires ». L'objectif de cette deuxième mi-temps est de permettre « une constitution des prix, une contractualisation équilibrée et une régulation européenne ».

Plan sur plan

Au moment des discours, Jean-Claude Darlet a renchéri sur le thème des sacrifiés, filant la métaphore entre la foire de Beaucroissant qui ploie sous la règlementation et les agriculteurs, « la seule profession qui travaille beaucoup et n'est souvent pas rémunérée au prix de production ». Alors que les responsables professionnels décrivent un malaise structurel, les politiques, dans l'immédiat, ne peuvent qu'apporter une réponse conjoncturelle. Jean-Jack Queyranne a rappelé que la Région avait débloqué 8 millions d'euros dans le cadre du plan solidarité sècheresse et Jean-Pierre Barbier a été copieusement applaudi pour l'aide d'urgence départementale. Le président du département a écorné la région au passage en soulignant que le PDR n'avait toujours pas été signé, ce qui empêchait le déblocage de toutes les aides départementales.

Pour sa première Beaucroissant, le préfet de l'Isère, qui avait mis une certaine pression sur la mairie pour des raisons de sécurité, a déclaré avoir l'impression «  de vivre un vrai salon agricole régional ». Il s'est montré rassurant sur la question des Cipan pour laquelle il « usera de tout le champ de dérogations possibles », s'étonnant cependant « qu'aucun département voisin n'ait demandé de dérogation ». Quant au dossier de remise gracieuse de la TFNB, il fait partie de ceux considérés dans le cadre de la cellule d'urgence.

Enfin, André Vallini, a profité de la remise du titre de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Pierre Fouque, conseiller et maire de Beaucroissant pendant 37 ans, pour évoquer quelques aspects de la réforme territoriale et inciter les communes au rapprochement.

Isabelle Doucet
La foire en question

« Un espace de liberté »

Le week-end dernier, le champ de foire était étonnamment calme au regard de l'agitation qui avait précédé cette 796ème édition. L'émoi avait été tel que certains se demandaient si la foire n'était pas en train de perdre son âme, noyée dans la règlementation et la sécurité et si elle avait une chance de fêter son 800ème anniversaire. Le souhait de Georges Civet, le maire de Beaucroissant, est que cette manifestation reste un moment convivial. Dans les allées, les restaurateurs, les camelots, ne veulent pas entendre parler d'un pseudo salon de l'agriculture ou d'un événement trop aseptisé. La Beaucroissant, c'est autre chose. Du côté des animaux, une solution a été trouvée pour que les éleveurs du concours charolais et les négociants de bétail trouvent leur place. Mais ces derniers avaient presque tous boycotté. Sauf Max Josserand, qui avait amené une quinzaine de bovins avec des analyses IBR en règle. « Ce sont des contraintes supplémentaires qui peuvent se comprendre lorsqu'on connaît les enjeux écnomiques à l'exportation. » Pour lui, pas de diffculté insurmontable, hormis une ambiance commerciale un peu tendue. Mais il se pose des questions. La Beaucroissant vit-elle une révolution, une fin de vie ?  « Une foire est un espace de liberté et un lieu de rencontre incontournable. Va-t-on seulement échanger sur internet et dans un monde sans relation humaine ? Pour ma part, je n'ai pas perdu mon temps, j'ai eu beaucoup de contacts, des retours positifs quant à notre présence. » Il décit la foire comme « un moment de bonheur » et glisse qu'il a discuté avec deux ou trois négociants mal informés, qui pourraient revenir...
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