Le chêne, ce mal-aimé
Pendant que la montagne iséroise s'inquiète de l'avenir des résineux, le Nord Isère s'inquiète de celui des feuillus tels que le chêne. « Il n'y a pas de vraie tradition forestière dans le Nord Isère. On croit souvent que nos bois ne valent rien et on fait une coupe en bois de chauffage. On peut faire une meilleure gestion », explique Bertrand de Germiny, président de Valfor durant l'assemblée générale à Panossas mi-juin. L'association a ainsi emmené ses adhérents à visiter deux scieries spécialisées dans la transformation du chêne dont une se situe à Saint-Nizier-le-Bouchoux dans l'Ain. Le but de la manœuvre est de montrer que ces scieries en font du bois de charpente ou encore du parquet et vendent également à l'international.
Afin de valoriser au mieux une plantation, Mickaël Chatenet, technicien du CRPF, est venu apporter quelques conseils. Tout commence par la coupe. Plusieurs types d'exploitation forestière sont possibles : le taillis revient à laisser uniquement la souche en coupant tous les 40 ou 50 ans. Un mélange de futaie et de taillis permet de varier les exploitations. On peut envisager la futaie avec des peuplements de même âge qui vise à diminuer le nombre d'arbres pour en augmenter le diamètre. Enfin, la futaie irrégulière est composée d'arbres d'âges différents. « A tout moment, on peut passer d'une catégorie à une autre, en plus ou moins de temps », explique le technicien.
Repérer un arbre blessé
La futaie irrégulière serait plus utilisée par les gestionnaires. Elle présente un avantage sanitaire grâce au mélange d'essence et un avantage économique en jonglant entre les marchés. Dans une futaie irrégulière, les coupes ont lieu tous les 8 à 12 ans. « C'est intéressant aussi si l'objectif est de léguer une forêt car la coupe apporte de plus petits revenus mais présents à chaque génération. Pour d'autres coupes, il y a le risque qu'une génération soit confrontée seulement à l'investissement ». Une fois que le mode de gestion est choisi, le technicien présente la méthode. « Il y a plusieurs étapes dans l'exploitation qui dépendra de la coupe choisie comme le cloisonnement, le dépressage ou le détourage pour réaliser une éclaircie».
Ensuite, il faut le vendre, avec ou sans l'aide d'un expert. En bloc, sur pied, à l'unité de produit ou en bord de route, à chacun sa préférence. « Ce qui définit le prix du chêne sont les blessures que peut avoir le bois », explique le technicien. A l'extérieur, il faut repérer les courbures, la fibre torse, les marques gélives. « A l'intérieur du bois, il peut y avoir des lunures, des roulures, des blessures... » Chaque mode de vente présente sa prise de risque. Sur pied, « c'est basé sur ce que l'on voit ». En bord de route, « l'acheteur voit la qualité véritable du chêne ». Bertrand de Germiny précise ainsi qu'il privilégie la vente en bord de route pour éviter les désagréments pour l'acheteur comme pour le vendeur.
Gestion administrative
Il faut aussi s'informer du cadre réglementaire, notamment des plans locaux d'urbanisme et des zones Natura 2000. Il est conseillé d'avoir un document de gestion durable et planifier les coupes à venir. « Avec les étés très secs, je ne veux pas pousser à la plantation car il y a un vrai risque de dépérissement. En revanche, on travaille à l'amélioration de l'existant pour en tirer un meilleur potentiel. On peut aller plus loin que le taillis et c'est bon pour les propriétaires mais aussi pour l'emploi dans la filière bois car cela crée de la valeur ajoutée dans nos forêts », rappelle Mickaël Chatenet. Et si tous les propriétaires ne sont pas connaisseurs ou manquent de temps, l'association a mis en place une association syndicale libre de gestion forestière (ASLGF) qui gère la forêt à leur place.
Virginie Montmartin