Le cheval reprend du poil de la bête
Dans un contexte de prise de conscience environnementale, le retour au cheval apparaît comme une solution écologique, et s'inscrit dans une démarche de développement durable selon l'Institut française du cheval et de l'équitation (IFCE). On peut en rire ou rester dubitatif, mais c'est une réalité : depuis le début des années 2000, les projets autour du cheval se multiplient, et intéressent de nouvelles communes chaque année. Durant un colloque organisé à Saint-Genix-sur-Guiers le 8 juillet, sur le thème « Le cheval au servie des espaces agricoles, naturels, ruraux et urbains », des professionnels mais aussi des élus ont témoigné et échangé sur le sujet, comme Olivier Groze, directeur de la délégation territoriale Auvergne-Rhône-Alpes IFCE. « Certains pensent que c'est un retour vers le passé. Mais c'est tout le contraire, affirme-t-il. Le cheval répond aux enjeux du développement durable, et on développe de nouvelles technologies autour de son utilisation ».
Et on passe au galop : l'IFCE prévoit la création d'une station expérimentale du cheval au travail à Aurillac (15), pour permettre de « développer de nouvelles technologies autour de l'attelage notamment l'utilisation du cheval avec d'autres moyens y compris motorisés ». Elle permettra la mise au point, le test, l'évaluation de matériel, et sera avant tout un lieu d'échanges. Les recherches porteront sur l'acquisition de références technico-économiques comparatives, et l'étude des capacités de traction du cheval au travail, en partenariat avec des organismes scientifiques, comme l'Irstea et l'Inra, et socioprofessionnels (régionaux et nationaux). « On construit la traction animale de demain », estime Olivier Croze.
« Un animal qui attire »
Qui dit développement durable dit aspect social. « Médiation, c'est le mot que vous devez retenir » suggère Philippe Gallin aux élus présent lors du colloque. Il dirige une brigade équestre de sécurité, un autre moyen de valoriser le cheval au travail. Le relationnel vis-à-vis de cet animal est un véritable atout lorsqu'il s'agit d'intervenir dans des quartiers sensibles, ou de faire respecter les règles de civililité dans les espaces naturels. « Les enfants viennent naturellement caresser les cheval. Avez-vous déjà vu un enfant s'approcher d'un agent de sécurité ou d'un gendarme à pied ? Les parents suivent et la discussion s'engage. Le cheval créé un vrai lien social et apaise les conflits ». La morphologie du cheval permet aussi de prendre de la hauteur pour une meilleure vision, plus élargie, à 360 degrés, et permet de s'imposer, juste par la présence. « Il faut néanmoins toujours faire attention aux petits malins qui lancent des pétards dans les pattes des chevaux, lors d'évènements. Ainsi, les montures doivent être bien dressées, et le cavalier bien formé ». Etre en binôme est aussi indispensable, pour l'efficacité et la sécurité.
« Bien que le cadre réglementaire autour de l'utilisation du cheval au travail soit encore peu contraignant, il s'agit d'une véritable responsabilité pour les élus », souligne Olivier Croze. La traction animale doit respecter les règles du Code la route. Concernant le matériel, il existe des normes de dimensions du véhicule et des accessoires obligatoires, comme les feux et le rétroviseur. Le meneur doit avoir le permis de conduire, mais aucun autre diplôme n'est requis.
« Pour en assurer la réussite, la faisabilité d'un tel projet doit être appréciée, tant au niveau des contraintes techniques qu'au niveau économique. L'idéal est de séparer ceux qui étudient de ce qui portent le projet », ajoute Olivier Croze.
« Le cheval présente des avantages économiques, comme la création d'emplois (élevage, innovation...), la diversification agricole, l'attraction touristique... Mais attention, il doit être vu comme un salarié permanent, selon Patrick Gautier, responsable de la collecte des déchets chez Trialp. C'est un être vivant qu'il faut entretenir toute l'année, ce qui peut expliquer le coût des prestations. Il faut savoir le rentabiliser ».
Quelques chiffres
- En 1995, seuls 10% des chevaux français sont des chevaux de traits, contre 85% en 1930 (Histoire du cheval, Digard, 2004).- Un cheval avec une remorque coûte environ 10 000 euros contre 13 000 euros pour un véhicule équivalent classique et 23 000 euros pour un véhicule équivalent non polluant, selon l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE).
- Réduction de l'émission des gaz à effet de serre : le cheval attelé a un bilan carbone plus faible de 35% en moyenne que celui d'un camion (Etude réalisée par Equiterra, la région Picardie et l'ADEME entre octobre 2007 et juin 2009 et Guide pour l'utilisation du cheval par les collectivités drômoises, CIVAM, février 2009).