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« Le choc va avoir lieu »

Yann Souriau, maire de Chichilianne, au sujet de la pression du loup dans le Trièves et en Isère.
« Le choc va avoir lieu »

Le loup n'a cessé de manifester sa présence dans le Trièves durant tout l'hiver et les attaques de troupeau ont débuté très tôt. Quelle est la situation aujourd'hui ?

Les observations des habitants, des chasseurs et des forestiers font état de plusieurs meutes installées dans le secteur. On estime que sept loups seraient à Gresse, cinq autour de Chichilianne, neuf à Font d'Urle sur le plateau du Vercors, une meute dans le Dévoluy et une en plaine que l'on aperçoit autour de la déchetterie de Clelles. Les loups sont vus tous les jours. Certains se font taper par des voitures, d'autres par le train, ce qui est symptomatique du nombre de loups présents dans le secteur.

Quelles sont les conséquences ?

Nous assistons à une sédentarisation des meutes. Par ailleurs, la faune sauvage a disparu, si bien que les chasseurs ne reprennent pas leur carte de chasse. L'épisode, qui s'est déroulé au mois de février à Saint-Guillaume où le loup a dévoré une biche sur la terrasse d'une maison, a créé un climat d'inquiétude*. Les gens n'osent plus sortir de chez eux. Ajoutons à cela que l'Etat impose la protection des troupeaux aux bergers pour pouvoir être indemnisés. Ce qui provoque, face à la prolifération des loups, un surarmement en chiens, parfois commandés sur internet et mal élevés.

Quels sont vos leviers d'action ?

Avec l'Usapr** nous faisons procéder à des analyses génétiques des dépouilles qui ont été trouvées, afin de savoir si ce sont des loups ou des hybrides. En cas d'accident, il y va de la responsabilité des élus et des éleveurs qui peuvent être accusés d'homicide.
Nous sommes intervenus auprès de l'Assemblée nationale et nous travaillons avec les députés et les sénateurs pour faire basculer le rapport de force et que l'Etat soit désigné responsable sans faute. La perversité du système vient du fait que l'on nous interdit de nous défendre ! Rappelons que le loup a entraîné 25 millions d'euros de dépenses de l'Etat en 2016. Le nombre de bêtes tuées en France par le loup atteint les 10 000 pour cette même année, ce qui est ingérable.
Nous avons aussi l'appui des régions Paca et Aura pour nous fournir du matériel de chasse, des lunettes de vision nocturne ainsi que des chiens dressés aux loups.

Observez-vous une évolution des mentalités ?

Dans la réalité, il existe une action, à bas bruit, une sorte de mobilisation civile qui fonctionne fermement. Le sujet a longtemps été soumis à la bien-pensance qui nous expose au danger. Il reste certes en face de nous des gens radicalisés, mais ils sont peu nombreux et isolés.

Vous vous êtes largement mobilisé sur le sujet du loup depuis l'été dernier. Quels ont été les retours ?

Je suis invité un peu partout comme étant le maire qui parle. Pour les éleveurs, qu'il y ait des élus qui s'occupent de cette affaire les apaise car ils n'ont plus à se justifier.
Grâce au réseau d'avocats, de vétérinaires, de juristes que nous avons pu constituer, nous commençons à avoir une expertise. Ces compétences élargies, issues de la société civile dans son intelligence et sa diversité, nous donnent une force de frappe légère, mais efficace. Le tout sans grands moyens et avec une grande solidarité qui dépasse les partis.

On vous a aussi reproché de porter ombrage au tourisme ?

Il faut considérer la gravité de la situation. Si des touristes se faisaient attaquer, les dégâts seraient plus importants que de ne rien dire. La réalité de la dangerosité aujourd'hui nous conduit à réfléchir à la fermeture d'alpages, de chemins de randonnées afin de prévenir le danger. Nous devons trouver ces ajustements tout en maintenant une pression politique.

Quelles seront les prochaines échéances ?

Nous allons organiser début avril une réunion de concertation à Chichilianne puis à Corps avec les représentants de l'Etat, les élus, les chasseurs et les louvetiers pour demander des autorisations de tirs de prélèvement. Mais de toute façon, le choc va avoir lieu.

Propos recueillis par Isabelle Doucet

* Une attaque de troupeau a également eu lieu la semaine dernière à Monestier-du-Percy où une douzaine de brebis ont péri.

**L'Union pour la sauvegarde des activités pastorales et rurales (Usapr) et l'Association des communes pastorales de la région Provence-Côte d'Azur réunissent désormais 200 communes.