Le conseil, nouvel Eldorado du Cerfrance ?
Sous ses allures sages, le Cerfrance Isère poursuit son offensive. Avec 2 401 adhérents, dont 132 nouveaux clients en 2014, le réseau d'experts comptables conforte un joli palmarès, eu égard à l'environnement très concurrentiel qui caractérise le marché du conseil et de l'expertise comptable dans le département (1). Si le nombre d'adhérents au profil agricole reste relativement stable (+ 8% pour les agriculteurs au réel avec 1 257 affiliés, mais -14 % pour ceux au forfait, soit 568 adhérents), la clientèle dite « ACS » (artisans, commerçants et sociétés de service) explose : + 46% en 2014 (480 adhérents).
A en croire son président, le Cerfrance Isère ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Lors de son assemblée générale la semaine dernière, Didier Bréchet a en effet annoncé que « les ambitions [du Cerfrance] à l'horizon 2020-2025 étaient de conforter et renforcer [sa] position de leader sur le marché agricole », mais aussi de « réaliser un développement significatif sur le marché ACS, de manière ciblée, en privilégiant la croissance interne ». A terme, le réseau isérois, qui détient déjà 70% de part de marché du monde agricole, vise le millier d'adhérents ACS et compte réaliser 30 à 50% de son chiffre d'affaires sur ce segment de clientèle. Il compte également « poursuivre la croissance des activités de conseil au travers de tous [ses] marchés prioritaires », et se montrer « offensif sur le marché des particuliers, en ciblant les séniors sur le secteur rural ».
Appui tactique
Ces orientations stratégiques, qui constitueront la « feuille de route » du futur directeur, Joël Moreau devant faire valoir ses droits à la retraite courant 2015, s'inscrivent dans la droite ligne de la politique menée par le réseau pour élargir son panel d'activités. Véritable cheval de bataille, le conseil est en plein développement. Depuis 2011, les prestations de comptabilité pure (les fameuses « formules Sillage ») se maintiennent pratiquement au même niveau (280 contrats), quand celles qui proposent un accompagnement, voire une aide au pilotage de l'entreprise, sont en forte augmentation. En 2014, 1 100 adhérents agriculteurs ont ainsi souscrit des contrats incluant une remise de résultats ainsi que des prestations de « pilotage en conjoncture instable » (marge d'orientation et trésorerie sérénité) et de calcul de marge d'activité. Si l'on ajoute à cela l'assistance à la déclaration PAC (214 en 2014), les opérations de type « diagnostic lait » (2) ou accompagnement des JA en partenariat avec la chambre d'agriculture, on se rend compte que les agriculteurs expriment une demande forte en termes d'appui tactique.
Une enquête réalisée auprès des adhérents à l'automne dernier atteste de ce besoin. Plus de la moitié des personnes interrogées (55%) se disent intéressées par « un accompagnement juridique ou fiscal régulier » pour leur entreprise et 71% souhaiteraient des conseils « pour réduire [leur] imposition grâce à la défiscalisation ». Enfin, 61% auraient besoin de « faire le point sur [leur] avenir professionnel (retraite, prévoyance et patrimoine) ». Autant d'éléments qui confortent le réseau dans sa décision d'étoffer ses ressources humaines (94 collaborateurs), notamment dans les métiers de comptable-conseil et de conseiller généraliste. Joël Moreau, directeur du Cerfrance Isère, a également insisté sur le besoin de formation rencontré par les adhérents. « Avec la disparition des DPU au profit des DPB (droit à paiement de base, NDLR), les incidences risquent d'être fortes. Prenez vos précautions », a-t-il averti à l'attention des agriculteurs présents dans la salle. Autrement dit : le Cerfrance est prêt à vous former...
Marianne Boilève
(1) Le département compte 368 cabinets, sans compter ceux qui sont en nom propre, ce qui le classe au deuxième rang régional, après le Rhône (source : ordre des experts-comptables de Rhône-Alpes).
(2) Réalisation de 30 diagnostics stratégique lait dans le cadre de la participation du Cerfrance au plan Danone Horizon, en partenariat avec le Ciel et la chambre d'agriculture.
Peut-on échapper aux réseaux sociaux ?
Invité par le Cerfrance à tenir une conférence sur les réseaux sociaux, le web-expert Benjamin Quedeville a expliqué comment utiliser les réseaux pour faire de la veille ou diffuser des messages.J'y vais ? J'y vais pas ? Présent sur le web depuis de nombreuses années, le Cerfrance, comme tous les acteurs du monde économique, s'interroge sur la pertinence de sa présence sur les réseaux sociaux. Benjamin Quedeville, web-expert co-fondateur de deux start-up innovantes, n'a pas hésité à convoquer une citation du pape pour l'en convaincre (1). Invité à intervenir sur ce thème au cours de l'assemblée générale, l'expert a passé en revue les grandes lignes de la « révolution Internet », avant de s'attarder sur l'émergence des réseaux sociaux et les bouleversements qu'ils ont engendrés dans la vie de plus de deux milliards d'êtres humains (2). « Les réseaux sociaux sont partout, a-t-il dit en substance. Ce n'est pas un phénomène de mode : c'est là pour durer. Car, derrière, il y a trois géants – Facebook, Twitter et Google + – qui représentent une puissance industrielle monstre. »Les trois géants colonisent peu à peu le domaine de l'entreprise en fournissant des quantités d'outils interdépendants, qu'il s'agisse de systèmes de partage, d'avis client, d'e-commerce ou de géolocalisation. Un « socle technologique » dont il est aujourd'hui difficile de se passer. « Echapper aux réseaux sociaux aujourd'hui, c'est possible, mais c'est comme refuser l'électricité », lance Benjamin Quedeville. Certes, mais quel intérêt pour une entreprise comme le Cerfrance, une PME iséroise ou une exploitation agricole qui n'ont pas tout à fait les mêmes problématiques que Mc Donald's ou Amazon... Tout dépend de l'objectif visé. S'agit-il de fidéliser ? De travailler la notoriété ? De se tenir informé ? « Pour le Cerfrance, il me semblerait intéressant de considérer le réseau social comme un canal d'information supplémentaire pour faire passer un message, estime l'expert. En revanche, pour un céréalier qui vend sa production à la coopérative du coin, l'intérêt n'est pas d'utiliser les réseaux sociaux pour faire plus de chiffre d'affaires ou de clients, mais de s'en servir comme d'un média supplémentaire pour se tenir au courant de la conjoncture ou des dernières innovations. » Car, rappelle le pro du réseaux, le plus dur, c'est de produire de l'info.MB(1) Le 23 janvier dernier, le saint-père a qualifié Internet de « don de dieu ».(2) Le seul réseau Facebook comptabilisait 1,3 milliards d'utilisateurs en janvier 2015.