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Viande bovine

Le débat de la répartition de la valeur ajoutée porté dans les grandes surfaces

Démarrée le 9 septembre dans l'agglomération lyonnaise, la mobilisation des éleveurs bovins allaitants a été déclinée à l'échelle départementale le 17 septembre. Afin d'attirer l'attention sur la répartition de la marge, ce sont des grandes surfaces qui ont été visitées.
Le débat de la répartition de la valeur ajoutée porté dans les grandes surfaces
Les mesures de soutien aux éleveurs annoncées par le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, le 14 septembre, lors de l'inauguration du Space, n'y ont rien fait. Estimant que « les mesures annoncées sont loin du compte » et que « le modèle économique alimentaire ne peut être celui des prix les plus bas aux agriculteurs », les producteurs de viande bovine veulent « vivre de leur métier », ce qui passe, selon eux, par « un rééquilibrage des marges dans la filière » car « le secteur de la production est totalement sinistré ».
Suite aux actions de vérification des origines des viandes commercialisées par Metro et Pomona menées le 9 septembre dans l'agglomération lyonnaise en réponse à l'appel de la fédération nationale bovine, de nouvelles visites ont été organisées la semaine dernière par les sections bovines des FDSEA dans l'ensemble des départements de Rhône-Alpes. Cette fois, ce sont surtout des grandes surfaces qui ont été visitées afin de mettre l'accent sur la question de la marge, car les viandes étrangères sont beaucoup moins présentes dans les rayons des supermarchés que chez les grossistes.
Répartition de la marge et approvisionnement local
En Isère, un peu plus d'une vingtaine d'éleveurs se sont rendus au centre Leclerc de Bourgoin-Jallieu, à Carrefour Saint-Egrève, Carrefour L'Isle-d'Abeau ainsi qu'au magasin Metro de Sassenage, dédié aux restaurateurs. D'un endroit à l'autre, l'accueil a été variable, mais le dialogue avec les distributeurs a pu être noué partout, le directeur du centre Leclerc de Bourgoin-Jallieu allant même jusqu'à présenter la comptabilité de l'établissement afin de démontrer que sa marge commerciale nette est presque entièrement absorbée par ses charges (de personnel, énergétiques, mais aussi de "casse", c'est-à-dire de destruction des invendus, représentant environ 3 % du chiffre d'affaires).
A Carrefour Saint-Egrève, le débat entre les syndicalistes et le responsable du magasin a plus porté sur les façons de favoriser l'approvisionnement en viande locale. « Hormis l'achat de bêtes de concours, nous n'avons pas de marge de manœuvre, a reconnu le directeur. Mais ces dernières se vendent très bien, car nous avons une clientèle proche de la terre, qui recherche de la viande de qualité ». Pour Paul-Dominique Rebreyend, le président de la section Viande bovine de la FDSEA, « c'est un constat qu'il faut faire remonter, car le système actuel ne pourra pas perdurer bien longtemps ».
L'information des consommateurs, « un passage obligé »
Malgré la distribution de tracts et le stickage de produits informant du faible prix payé au producteur (le prix moyen pondéré des gros bovins finis est de 2,90 euros par kilo de carcasse à l'entrée à l'abattoir selon FranceAgriMer), le dialogue a été plus difficile à nouer avec les consommateurs, visiblement plus soucieux de faire leurs courses dans les meilleurs délais que de s'informer de la situation de l'élevage français. « Ils prennent un air compatissant, mais n'ont pas l'impression d'avoir une quelconque prise sur l'organisation de la filière, analyse une jeune agricultrice. L'information des consommateurs est pourtant un passage obligé, car beaucoup ignorent le prix qui nous est payé ».
C.F.
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Paul-Dominique Rebreyend, président de la section Viande bovine de la FDSEA
« Pas d'autre solution que de nous adresser aux consommateurs »
Président de la section Viande bovine de la FDSEA, l'éleveur matheysin Paul-Dominique Rebreyend décrypte la logique de la mobilisation coordonnée par la fédération nationale bovine.
Comme vous le soulignez dans votre tract, la crise dure depuis au moins quatre ans en élevage allaitant. Pourquoi vous mobiliser maintenant ?
Parce que nous nous enfonçons un peu plus chaque jour et qu'il y a un moment où ce n'est plus possible. Les éleveurs ont épuisé leurs réserves et beaucoup d'exploitations sont aujourd'hui à bout.
Dans ce contexte extrêmement tendu, plusieurs facteurs négatifs se sont télescopés, nous amenant à sortir de nos élevages pour dire ce que nous vivons. D'abord, du fait de la sécheresse et des incendies en Russie et en Ukraine, le prix de l'alimentation a flambé. Ensuite, la reprise dont nous bénéficions traditionnellement au moment de la rentrée scolaire, quand toutes les collectivités passent commande pour leurs cantines, ne s'est pas faite sentir cette année. Tous les clignotants sont au rouge.

Ne risque-t-on pas de vous renvoyer à la maîtrise des charges dans les exploitations ?
Si, bien sûr. Mais je crois que les enjeux humains liés à l'élevage sont clairs. Il y a d'abord celui de l'emploi dans les territoires, mais aussi celui de la qualité, car on ne produit pas la même viande quand on élève ses bêtes en bâtiment toute l'année que quand on les fait pâturer.
Il en va aussi de la conservation de nos paysages. Il est clair que Bigard ou Carrefour se préoccupent moins de l'avenir des alpages du Sud-Isère que de leurs chiffres d'affaires respectifs. Mais, en venant en grandes surfaces, nous pouvons sensibiliser le consommateur et ainsi espérer faire bouger les lignes.
Du fait de la centralisation généralisée des achats, les grandes surfaces n'ont pas les mains libres, mais elles doivent faire des efforts pour privilégier non seulement la viande française, mais aussi locale.
Toutefois, cela ne résoudra pas tout, car la qualité ne garantit plus que les prix payés aux producteurs soient corrects aujourd'hui. Ils ont baissé de 20 % pendant que ceux affichés aux étals augmentaient de 70 %. Cela dénote bien une volonté de détruire la production. Alors, vous me direz : "les producteurs n'ont qu'à se débrouiller par eux-mêmes pour écouler leur production". Mais je ne connais pas de secteur plus concentré que la transformation de viande bovine. Quand un industriel fait les prix et cherche à faire couler les producteurs afin de pouvoir jouer plus facilement sur les importations, nous n'avons pas d'autre solution que de nous adresser aux consommateurs.

Propos recueillis par Cécile Fandos
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