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Viticulture

Le débat qui éclipse tous les autres

Le 20 mars dernier, alors que certains espéraient observer le ciel, les viticulteurs, en plein questionnement, sont restés divisés face à un débat qui éclipsait le programme de l'assemblée générale du syndicat des vins de l'Isère.
Le débat qui éclipse tous les autres

Pour ou contre l'introduction de vins sans indication géographique en Isère, s'ils sont contingentés ? C'est la question que se sont posés les viticulteurs du syndicat des vins de l'Isère, lors de leur assemblée générale, le 20 mars dernier.

Ce débat a été amené suite à la restitution d'une étude réalisée par Taran Limousin pour le centre d'ampélographie alpine, qui œuvre pour la préservation de cépages alpins oubliés. L'étudiant en œnologie à l'université de Montpellier s'est ainsi interéssé aux cépages anciens en Isère et en Savoie, afin de les réintroduire dans le cahier national, et de les replanter en Isère. Dans un travail préalable à son étude, Taran explique que la région a une grande diversité de cépages (une cinquantaine), dont on pense que 13 environ sont originaires de l'Isère. Il a ensuite recherché de vieilles parcelles qui pouvaient contenir d'anciennes souches. Il a fallu identifier clairement ces souches, puis lancer un processus de micro-vinification sur ces produits (réalisée à la maison des vins d'Apremont) tout en effectuant un suivi de maturité. Malheureusement, à cause du faible nombre de pieds retrouvés, Taran n'a pu obtenir que de petits volumes. Les vins ont finalement pu être dégustés et analysés par les membres du bureau d'ampélographie alpine, et par les élèves du master DNO (diplôme national d'œnologie) de Montpellier.

Le chercheur espère maintenant une réintrodution de ces cépages en Isère (comme l'a été le mècle de Bourgoin à Saint-Chef, en 2012), et une modification du cahier des charges.

 

Recherche identitaire

Ce qui nous amène à cette question, explicitement posée par Stéphanie Loup, présidente du syndicat des vins de l'Isère, ce vendredi matin. Faut-il ou non introduire des vins sans IP s'ils sont contingentés ? Et là dessus, les viticulteurs sont partagés. Certains évoquent la nécéssité de faire vivre son exploitation en ouvrant les marchés à des vins plus accessibles, et surtout en utilisant des souches plus résistantes. D'autres en appellent au patrimoine et à l'écologie. Ces partisans du contre rappellent le besoin de conserver les cépages isérois afin de créer une identité et un terroir. « Il y a suffisamment de choses en place, on n'a pas besoin de plus. Il faut exploiter ce que l'on a, car il y a du potentiel », avance un vigneron. « Ce n'est pas le rôle du syndicat d'interdire aux autres de planter » tente difficilement de conclure la présidente, avant de revenir au programme de la matinée.

Et effet, même si ce débat a fait de l'ombre à une bonne partie des autres sujets au programme, les membres du syndicat ont tout de même évoqué la réalisation en cours d'un site internet et la création potentielle d'une nouvelle appellation, les Côteaux alpins.

Reste que les viticulteurs sont toujours partagés, et qu'à la fin de l'assemblée, aucun accord n'avait été trouvé.

 

Marion Pical
 
 

Des cépages retrouvés

Les travaux de Taran Limousin ont donc permit de retrouver quelques uns des cépages anciens de l'Isère.
L'onchette, par exemple, est originaire du Trièves, et est en cours de replacement. Ce cépage noir, entre le chatus et le gouais, donne un vin frais, aux arômes poivrés et de fruits rouges. Malgré une couleur faible, il a une bonne acidité et un potentiel en alcool moyen (9,5%).
Le savanin, quant à lui, est un cépage très cultivé en Isère, qui fait déjà parti du catalogue national. En lien avec la mondeuse noire et le salagnin, il a un bon potentiel en alcool (11,5%), et une bonne acidité.
Enfin, celui qui s'attire tous les compliments est le bia blanc. Principalement cultivé dans le nord Isère, c'est un descendant de la mondeuse blanche. Il est lui aussi inscrit dns le catalogue national. Il produit un vin qui a un bon potentiel en alcool (14,5%) avec une rondeur en bouche et des arômes de muscat, de fleur d'oranger et d'abricot.
L'étudiant suggère finalement que c'est une expérience à répéter sur un plus grand nombre de parcelles, afin d'obtenir de plus larges volumes, mais également sur des parcelles plus locales.