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Le désherbage mécanique, une bonne pratique

Surfant sur le débat du glyphosate, une vingtaine d'agriculteurs étaient présents à la démonstration des outils de désherbage mécanique organisée au Mottier par la chambre d'agriculture de l'Isère.
Le désherbage mécanique, une bonne pratique

« C'est agressif quand même ! » Le groupe d'agriculteurs présents examine le sol après le premier passage de la herse étrille. Devant eux, les adventices malmenés vont grise mine et quelques plants de la céréale ont également été arrachés. « Ce sont souvent les plants rachitiques qui sont enlevés, rien ne dit qu'ils auraient survécu à la fin de la saison. » rassure Thierry Barbier, propriétaire de l'engin et exploitant en agriculture biologique depuis le début de l'année au Mottier.

C'est que cet alignement de longues dents est un vrai jeu d'équilibriste : il faut savoir trouver la bonne vitesse, entre 4 et 8 km/h, et la bonne inclinaison des tiges pour s'enfoncer dans le sol sans abimer la culture en place. Mais une fois réglée, la herse est une bonne alternative au désherbage chimique. Elle est efficace contre les adventices et aère le sol. « Elle permet aussi de retarder la date des semis et donc de limiter l'arrivée des pucerons, sans traitement », explique l'exploitant. Il conseille d'effectuer un premier passage à l'automne et un ou deux au printemps.

Une utilisation parfois contraignante

Pour avoir un bon résultat, il faut tout de même respecter quelques conditions plus ou moins contraignantes. « Il faut augmenter la densité des semis de 10 à 15% afin de pallier les pertes. » précise ainsi Alexis Verniau, conseiller de la chambre d'agriculture. La herse étrille s'adresse aux parcelles assez plates, afin que le travail soit homogène mais peut se faire sur un sol caillouteux. Enfin, la principale difficulté réside dans la météo : 2-3 jours sans pluie sont nécessaires après chaque passage afin de faire sécher les adventices. Thierry Barbier confirme : « Ici, dans les Terres Froides, il y a du beau temps mais du gel le matin. Cela m'empêche parfois de passer la herse. » En effet, selon Alexis Verniau, « les dents de la herse restent assez souples et ne peuvent pas s'enfoncer dans le sol lorsqu'il y a du gel. »
La houe, elle, sert plutôt à casser la croute sur un sol dur. « Je l'utilise régulièrement sur le maïs avant le semis de printemps », explique Adrien Ballant, conducteur de l'engin. Moins complexe que la herse, la houe dépend uniquement de la vitesse, qui oscille entre 10 et 15km/h.

Choisir le meilleur outil pour sa parcelle

Rien ne sert pourtant d'opposer chimique et mécanique. Adrien Ballant effectue le désherbage à la houe mais le binage avec des produits phytosanitaires « Je mets seulement le quart de la dose prescrite et sur une largeur de 20 centimètres sur chaque rang » raconte-t-il. Thierry Barbier, quant à lui, utilisait la herse étrille depuis six ans en complétant par des produits chimiques avant de passer à l'agriculture biologique en début d'année. « Il fallait franchir le pas pour la santé et pour l'environnement. On laisse davantage faire la nature, on réfléchit plus sur notre exploitation », confirme ce dernier.

Ce changement en douceur permet aussi d'adoucir la facture. « Vu que j'avais acheté la herse il y a plusieurs années, j'ai pu diminuer petit à petit les herbicides. Quand je suis passé au tout mécanique, la herse était déjà payée », raconte l'exploitant en agriculture biologique. Certains exploitants préfèrent à l'inverse passer très rapidement d'un système à l'autre lors de leur conversion au bio. Dans ce cas, la herse n'est pas forcément moins coûteuse que l'utilisation des herbicides en raison de l'investissement initial. Certaines aides pour s'équiper ou la mutualisation des coûts peuvent faciliter l'achat de ce type de matériel.

Au-delà des questions de financements ou de la familiarisation des deux engins, c'est d'abord la conception de son exploitation qui est en question. « Il est difficile de se passer d'engrais. Tout le monde n'est pas prêt à franchir le pas », estime Thierry Barbier. Alexis Verniau semble plus confiant : « On se rend compte que l'utilisation de ces outils mécaniques n'est pas encore généralisée et, vu que c'est dans l'air du temps, on en profite pour favoriser la rencontrer entre les exploitants conventionnels et ceux en agriculture biologique sur le travail du sol. »

Virginie Montmartin