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Pierre Mayot, technicien à l'ONCFS

Le faisan, un gibier à réimplanter durablement

Technicien à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), Pierre Mayot était en Isère début octobre, à l'invitation de la fédération départementale des chasseurs de l'Isère, pour animer un colloque sur le faisan commun. Au cours de cette visite, il s'est rendu sur le terrain pour évaluer si le département correspond à une évolution durable du faisan.
Le faisan, un gibier à réimplanter durablement
Qu'avez-vous observé lors de vos visites sur le terrain isérois ?
J'ai trente ans d'expérience sur le petit gibier et le faisan commun. J'ai été invité par la fédération départementale des chasseurs de l'Isère pour donner un colloque - ou plutôt animer une réunion - sur le faisan commun. Au cours de cette visite, je suis allé sur le terrain pour réaliser une expertise, regarder si la région correspond à une évolution durable de la population de faisan. Dans cette zone, il y a peu de lâcher de faisans. Est-ce que le milieu correspond, ou non, à une implantation durable de ce gibier ? C'est la question à laquelle j'ai essayé d'apporter une réponse.

Quels seraient les endroits les plus favorables pour réimplanter le faisan ?
Nous avons parcouru en voiture une zone de 10 000 hectares. Cela m'a permis d'observer trois biotopes différents. En premier lieu, il y a des espaces de grands boisements supérieurs à 1 000 hectares. Ce n'est pas très bon pour les faisans sauf s'ils sont jeunes. Ce n'est pas un environnement très favorable pour eux. Il y a aussi énormément de grandes plaines. Il reste quelques haies et des parcelles de céréales à paille, ce qu'aime beaucoup ce type de gibier. Cela peut être une bonne zone de nidification. Enfin, dernier biotope observé, les coteaux. Le plus souvent, ce sont des endroits favorables aux faisans car il y a une alternance de cultures et de friches.

Pourquoi est-ce important de réimplanter des faisans ? Combien sont-ils en Isère ?
Dans votre département, je n'ai pas réalisé de comptage précis, mais il est important de garder des faisans en pleine nature – plutôt que de faire des lâchers à chaque fois – car les gens veulent chasser du gibier naturel. Le repeuplement permet de créer une nouvelle population de ces volatiles, qui vont se reproduire. Les petits naîtront en pleine nature, se reproduiront à leur tour et créeront ce que l'on appelle une souche. Ce sont des animaux nés et habitués à vivre à l'état sauvage. Cela permet de créer une dynamique, de revenir vers une chasse plus "naturelle". C'est la méthode la plus pure, même si parfois nous sommes obligés de rajouter quelques oiseaux par an. Cet apport est ponctuel et pas systématique. Mais, cela coûte cher. Par exemple, pour 10 000 hectares, on lâche 4 000 faisans sur trois ans. En général, ce sont de jeunes volatiles. Ils valent alors 8 euros chacun. Ce qui nous donne un total de 32 000 euros pour trois ans… Avant de se lancer dans une telle démarche, il faut donc bien prendre en considération l'aspect financier.
Lucile Ageron