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Bien-être animal

Le film leur a fait du bien

La journée sanitaire du GDS 38 a revêtu la forme d'un film documentaire sur le quotidien des éleveurs et la gestion de la douleur animale. Une forme originale de traitement qui a donné lieu à un débat sur l'approche que chacun pouvait avoir de sa relation avec l'animal.
Le film leur a fait du bien

La formule était originale, innovante et fort réussie. La journée technique du groupement de défense sanitaire de l'Isère (GDS 38), traditionnellement organisée mi-décembre, n'a pas été une conférence magistrale comme à l'accoutumée, mais a pris la forme d'un film documentaire : « Même pas mal », de Patrick Morel et Thierry Hetreau. Le premier est un ancien journaliste agricole reconverti dans la production de films et le second, vétérinaire au sein de l'exploitation du centre d'élevage de Poisy. Alors même si la forme était inhabituelle, le fond technique était bien là : la douleur de l'animal et la relation que l'éleveur peut avoir avec lui pour le soulager. 

Stress de l'exploitant

« En la matière, il ne se passe pas un jour sans que la profession ne soit traînée dans la boue, avance Jean-Yves Bouchier, secrétaire général du GDS, en ouverture de l'après-midi. Alors, quand nous avons eu connaissance de l'existence de ce film, nous avons pensé qu'il pouvait redonner leur fierté aux éleveurs ». Réalisé par un fin connaisseur de la profession, le film aborde plusieurs situations potentiellement douloureuse pour l'animal... et stressante pour l'exploitant. Un vêlage expliqué avec force détails et gestes précis, un écornage de veau, le quotidien des éleveurs est transcrit sans détour et sans voile. C'est normal, le film est d'abord réalisé à leur intention, Thierry Hetreau, jouant le rôle d'accoucheur, réel dans la scène du vêlage, et de celui des expériences rencontrées dans les autres témoignages. Mais le documentaire n'aborde pas seulement le vécu des producteurs, il fait intervenir des scientifiques de tous ordres. Un neurobiologiste de l'Inra-Agro Paris tech, une professeur d'école vétérinaire, une maître de conférence de l'Oniris, un philosophe également.

Symbiose homme-animal

Chacun parle avec son regard pointu de la douleur et de sa gestion par l'éleveur. Les uns expliquent scientifiquement les mécanismes engendrant la douleur, les autres exposent les nouvelles possibilités de prévention ou de traitement de cette dernière. Car la douleur chez un animal, n'est pas inéluctable. Sans tomber dans des excès d'antropomorphisme dans lesquels certains voudraient les entraîner, la douleur ne doit pas être ignorée par les éleveurs. Mais de cela, ils en sont déjà persuadés. « Quand plusieurs vaches dans un troupeau boitent, l'éleveur va mal, témoigne Yves Boursier, président du GDS. Un parage permet de rétablir les animaux et le moral de l'éleveur avec ». Les conditions de travail également. Thierry Hetreau le souligne : « Avec l'agrandissement des troupeaux, la relation à l'animal se distend. Vous les approchez finalement presque uniquement quand il y a un problème. Le risque c'est qu'il vous associe uniquement à un mauvais moment pour lui. Que ce soit dans le cadre d'un écornage ou d'une mammite, c'est pareil. Du coup, il peut craindre votre contact et devenir violent ou imprévisible. Il faut éviter d'en arriver là ». « La symbiose entre l'éleveur et son troupeau est fondamentale, estime Pierre-Yves Bonneton. Le bien-être animal, c'est aussi celui de l'homme. Quand l'éleveur est bien dans son bâtiment, cela m'étonnerait que l'animal soit mal ». Traitement préventif de la douleur, mais également prévention des risques d'accident ou tout simplement d'inconfort dans un bâtiment font partie de la panoplie d'outils dont dispose l'éleveur. 

Une majorité silencieuse et bienveillante

Alors les éleveurs méritent-ils la mauvaise image que l'opinion publique peut parfois recevoir au travers des médias ? Non, s'empresse de les rassurer Patrick Morel, producteur du film. « Vous avez un capital de bienveillance du public. Vous vous voyez vous-mêmes, plus négativement que la majorité silencieuse ». Autrement dit, « n'écoutez pas certaines célébrités qui manipulent l'opinion sans connaître la réalité », renchérit un éleveur dans la salle. Max Josserand, célèbre maquignon dans le milieu isérois, analyse : « Il y a 50 ans, le paysan était indispensable, aujourd'hui, il doit le montrer ». « Ce document est là pour vous aider à faire voir qui vous êtes, poursuit Patrick Morel, ce que vous faites et que vous le faites bien. Il montre que vous êtes des professionnels, que vous agissez en connaissance de cause et que vous gardez un rapport très fort avec l'animal ». Et d'enjoindre son auditoire « de ne plus projeter vos propres peurs sur le public » et de reprendre confiance en soi. Les participants à la séance croyaient en la légitimité de leur rôle en repartant.

 

Jean-Marc Emprin

 

Gestes

Les analgésiques, outils efficaces

La douleur chez l'animal peut s'anticiper et souvent largement s'atténuer. Des possibilités existent. Le Film « Même pas mal » le démontre et l'explique grâce à plusieurs témoignages et cas concrets. Celui qui a fait le plus débattre la salle est le sujet de l'écornage. Même si Thierry Hetreau, vétérinaire, l'a comparé en termes de douleurs, à un arrachage de dent chez un humain, il vaut mieux éviter au maximum un ressenti négatif pour l'animal car il met toujours mal à l'aise l'éleveur. Alors, la pâte ou le crayon chimiques encore utilisés, ont de moins en moins les faveurs des paysans car il ne font que déplacer dans le temps la douleur ressentie. Alors, le film nous apprend que l'on peut  utiliser un anesthésique local injectable au moment de l'utilisation de l'écorneur électrique, et un anti-inflammatoire permettant de largement atténuer les sensations post opératoires. Ce geste de prévention reviendrait aux environs de trois euros par écornage. « Il y a moyen de ne pas laisser l'animal seul face à la douleur, indique Delphine Holopherne, professeur à l'école vétérinaire de Nantes. On peut recourir à un analgésique local (coupe la transmission de l'information douloureuse vers le cerveau), un anti-inflammatoire (agit directement sur l'inflammation), de la morphine (diminue le message vers le cerveau) ou un tranquilisant qui calme et aide à mieux supporter la douleur. Dans le cas du renversement de la matrice lors d'un vêlage, on peut panacher ces moyens : un sédatif pour calmer, une anesthésie locale pour insensibiliser la zone et un anti-inflammatoire pour prévenir l'après ».

Confort préventif

Mais une bonne prévention passe également par un bon environnement. Ainsi, le documentaire emmène le spectateur dans des bâtiments dans lesquels les logettes mesurent 1,25m de large, 1,85m de long, trois mètres en tout par rapport au milieu du couloir de distribution. Elles ont une marche de 20 cm de haut et un matelas de 5 cm, une légère pente pour ne jamais être mouillée, des barres latérales souples... Autant de précautions qui ne coûtent pas vraiment plus chers à la construction, mais proposent un environnement parfait à la vache. « Un bovin doit se retourner environ trois fois par nuit. S'il est gêné, il ne le fera pas et restera donc sur le même flanc. Avec des risques de douleurs ultérieures », précise Thierry Hetreau.