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Economie

Le gasoil non routier au coeur des débats

Lors de la dernière assemblée générale des entrepreneurs des territoires de l'Isère, le gasoil non routier a alimenté la majorité des débats. Nouvelle contrainte pour les eux, difficulté à mettre en place pour d'autres... Un distributeur de fioul a fait le point sur ce nouveau carburant.
Le gasoil non routier au coeur des débats
L'arrivée prochaine du gasoil non routier (GNR) est un des changements majeurs, en matière de carburant, pour l'année 2011. Une nouveauté qui a été au centre des débats de l'assemblée générale des entrepreneurs des territoires de l'Isère, début février, à La Côte-Saint-André. « C'est un sujet brûlant et compliqué », annonce d'emblée Bernard Bièche, représentant la marque BP Streichenberger. Pour la plupart des agriculteurs et conducteurs d'engins, cette nouvelle disposition reste encore un peu floue. Première certitude : la date d'utilisation. « Pour tous les engins qui ne sont pas des tracteurs, le GNR devra être utilisé comme carburant au 1er mai. Et, pour les tracteurs agricoles et forestiers, il faudra être en conformité au 1er novembre », précise-t-il.

Ce nouveau carburant - qui, selon les agriculteurs présents à l'assemblée générale, fait peser de nouvelles contraintes sur leur pratique - est la résultante d'une directive européenne, mais pas seulement. « C'est aussi une exigence des constructeurs de matériel qui ont conçu des moteurs fonctionnant avec du gasoil et non du fioul domestique. Cette évolution va induire un meilleur fonctionnement des machines et répondre aux exigences environnementales : avec le GNR, il y aura une meilleure combustion et les rejets de gaz à effet de serre seront diminués », explique Bernard Bièche.

Des contraintes techniques
De la même couleur que celle du fioul de chauffage - rouge - le GNR fait grincer des dents du côté de la profession agricole. « Comment être sûrs de ce qu'on nous livre ? », s'interrogent certains. « Vous prêchez un convaincu en disant qu'il aurait fallu distinguer les deux par des couleurs différentes. La seule solution sera de faire une analyse de la teneur en soufre car il est impossible de faire la distinction à l'oeil nu », leur répond le représentant des distributeurs.
D'autres contraintes ont été pointées du doigt, comme celle de commander en quantité raisonnée le produit. La raison ? Il en existe deux : un pour l'été résistant au gel jusqu'à 0 degré, et un pour l'hiver, avec une teneur au froid à moins 15 degrés.
Une nécessité, d'autant plus que le GNR contient 7% d'agro carburants, appelés Emag (esters méthyliques d'acide gras), qui entraînent une durée de vie du carburant d'à peine six mois. « Si vous avez des engins agricoles non utilisés pendant sept ou huit mois, avec du GNR dans le réservoir, vous aurez intérêt à le vidanger avant de le réutiliser. Rassurez-vous, il existera des produits labellisés qui allongeront la stabilité du produit et sa résistance au froid pour vous évitez ces problèmes », suggère le professionnel. Ce dernier a également rappelé l'importance de nettoyer les cuves avant les livraisons, pour éviter que les sédiments déposés sur les parois des cuves ne se mêlent au produit et ne finissent par boucher les filtres, au niveau de l'injection.

Le prix du carburant encore en hausse
Autre point sur lequel il a tenu à alerter les entrepreneurs des territoires : la teneur en soufre du GNR. « Il doit avoir une teneur de 10 ppm (particules par million). C'est très important car si vous avez un problème sur une machine, c'est cet élément qui sera contrôlé en premier. Une tolérance sera accordée jusqu'à 20 ppm, mais au-delà, votre assurance ne prendra pas le sinistre en charge car elle dira que votre produit n'était pas conforme », explique Bernard Bièche.

La question du prix a naturellement fait partie des débats, à l'heure où le prix au baril ne cesse d'augmenter, « le carburant est une grosse dépense d'argent. Les prix augmentent souvent et peuvent mettre nos entreprises en difficulté. Je crains que cela ne s'accentue, notamment avec l'arrivée du GNR », note Martine Perrin, présidente des entrepreneurs des territoires de l'Isère. Et d'ajouter, à l'attention des élus présents, notamment Georges Colombier, député de la 7eme circonscription : « La TIPP n'a pas été reconduite pour 2010. Et nous aimerions en bénéficier en 2011 pour nous aider un peu ». Dans la même veine, Michel Gabillon, vice-président national de l'association a appuyé cette demande : « Il semblerait qu'elle ne sera pas reconduite et nous n'avons aucune garantie du contraire ». Ce à quoi le député a eu l'honnêteté de répondre : « Je ne suis pas au courant de tout ça, mais je vais alerter mes collègues parlementaires et demander à ce que la TIPP soit effective pour adoucir vos efforts ».
Lucile Ageron