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Cultures

Le houblon à la conquête de l’Isère

Il n’y avait pas une seule parcelle de houblon en Isère. Maxime Bocquentin développe depuis 2017, la houblonnière de la start-up Une petite mousse pour brasser des bières 100% locales.
Le houblon à la conquête de l’Isère

La région Rhône-Alpes compte le plus grand nombre de brasseries artisanales en France. Mais pas un pied de houblon, élément essentiel à la production de bière, à l'horizon. Ce dernier est souvent commandé depuis l'Alsace et les Hauts-de-France quand il ne vient pas de l'Allemagne, de l'Angleterre ou des Etats-Unis. Seulement 21% du houblon consommé en France est français. Mais depuis 2017, la région compte quelques parcelles de houblon, dont celle de Maxime Bocquentin. Le projet a été lancé par l'entreprise grenobloise Une petite mousse qui a remporté un prix pour l'une de ses bières au Concours général. Elle voulait lancer sa propre brasserie, mais l'approvisionnement en houblon a rapidement posé problème.
Salarié de l'entreprise, l'agriculteur est chargé de développer une houblonnière. Ancien ouvrier agricole dans le maraîchage et technicien à l'Institut national de recherche agronomique (Inra), il souhaitait revenir vers le terrain agricole. « Je ne voulais pas m'installer tout de suite. Le statut de salarié est une sécurité mais j'ai carte blanche pour la partie agricole. C'est un challenge, une niche agricole ! » En avril dernier, il a planté six variétés de houblon aromatique bio sur deux hectares, à quelques kilomètres de Saint-Martin-d'Uriage. Ils rejoignent le premier hectare planté l'an passé sur une autre parcelle à proximité. Le terrain, propriété de la métropole grenobloise, n'était pas cultivé avant son installation mais ses plants ne seront officiellement en agriculture biologique que dans trois ans.

Une culture particulière

La culture du houblon est encore peu connue. Les fleurs de la plante femelle du houblon contiennent la lupuline, la résine jaune qui apporte les fameux arômes de la bière. Mais avant d'être brassées, elles doivent être ramassées. Maxime Bocquentin a commandé une récolteuse de quatre tonnes venue tout droit d'Allemagne. « A la main, il faut entre une demi-heure et une heure pour récolter un plant. Avec la récolteuse, il faut une minute par plant ». Une fois triées, elles sont envoyées au séchoir. C'est Maxime Bocquentin qui a construit le sien. Fait de bois et d'acier, il souffle de l'air chaud à 50 degrés. Le taux d'humidité final ne doit pas dépasser 11% afin d'éviter la moisissure. « Les fleurs sont délicates. Entre le séchage, l'emballage et la mise en chambre froide, il ne doit pas y avoir plus de six ou huit heures d'écart », explique-t-il.
Ses plants sont jeunes et ne fourniront dans leur première année que 10% de la production finale. Pourtant, ils mesurent déjà 3,50 mètres... Les plants seront à leur production maximale dans trois ans et mesureront alors plus de sept mètres de haut. Mais la culture du houblon demande un certain équipement. « Actuellement j'enroule les plantes autour des fils car je ne pouvais pas financer l'équipement, mais dès l'année prochaine je vais acheter la structure avec des tuteurs métalliques adéquats », ajoute l'agriculteur. Pour financer ses premiers investissements, il était déjà passé par une campagne de financement participatif.

Adapter la culture au territoire

En Isère, l'agriculteur doit faire face à des maladies que ne rencontrent pas forcément les plants alsaciens. « Les alsaciens ont plus de mildiou en raison de l'humidité. Avec la sécheresse de l'été, j'ai davanatge de problèmes avec les acariens ». Maxime Bocquentin a fait venir ses plants d'une pépinière anglaise ne travaillant en agriculture biologique. Afin de faciliter la tâche aux autres agriculteurs qui souhaiteraient se lancer dans la culture du houblon bio, il teste une douzaine de variétés de houblons différents et construit sa pépinière au fur et à mesure.
Le changement de houblon signifie pour les brasseries la production de nouvelles bières. « Comme toute plante, elle dépend beaucoup du terrain dans lequel elle est plantée. Les brasseries vont développer de nouvelles bières car c'est une nouvelle matière première. Mais elles sont très demandeuses », explique-t-il. Selon lui, le besoin des brasseries régionales en houblon s'élèverait à 20 hectares à cultiver. Avec ses trois hectares, il approvisionnera 12% des besoins. Une demande d'autant plus pressante que la filière rencontre une pénurie d'approvisionnement au niveau national.

Virginie Montmartin