Accès au contenu
Approvisionnement

Le local, outil de différenciation

Alors que les consommateurs s'intéressent de plus en plus à la qualité et à l'origine des produits, la grande distribution comprend l'intérêt d'apparaître comme un acteur de l'économie locale.
Le local, outil de différenciation

La menace Amazon, ils en sont tous conscients. Et ils s'y préparent, en mettant le paquet sur la qualité, l'origine des produits et le service (livraison, drive, Clic&Collect...). « Demain, si on doit se démarquer, surtout par rapport à des concurrents comme Amazon, il faut bien que nous proposions des articles autres que les produits standards, explique Nicolas Laubry, gérant du Super U de Biviers. Nous, cela fait des années que nous misons sur la qualité, le local et maintenant le fait-maison. C'est aussi pour cela que nous nous sommes tout de suite investis dans la marque Is(h)ere. »

Même discours chez Carrefour qui, depuis le « plan Carrefour 2022 » engagé l'an dernier par le PDG Alexandre Bompard, a pour ambition de devenir « le leader mondial de la transition alimentaire ». Rien de moins. « Notre culture d'entreprise est fondée sur l'approvisionnement local ou régional, rappelle Bruno Chêne, directeur de Carrefour Meylan. Aujourd'hui, avec la stratégie Act for food, nous allons plus loin en proposant le bien-manger accessible à tous. Du coup, dès qu'on peut entrer dans une gamme comme la marque Is(h)ere, on y va. »

Visibilité

Si la plupart des enseignes jouent la carte de la qualité et du local depuis des années, les démarches ont parfois souffert d'un manque de visibilité. D'où l'intérêt croissant de la grande distribution pour les marques territoriales, et notamment la dernière née en Isère. Chaque enseigne développe sa stratégie propre, en fonction du profil de sa clientèle. « A Biviers, nous n'avons pas la même clientèle que celle du Leclerc de Comboire, relève Nicolas Laubry. Nous pouvons nous permettre de faire venir une carcasse des Eleveurs de saveurs iséroises, qui coûte un peu plus cher, et expliquer notre démarche. Je pense que le client est prêt à dépenser un ou deux euros de plus si on lui démontre que c'est une manière de s'impliquer dans la vie locale. Surtout qu'aujourd'hui, les gens recherchent en plus en plus l'origine des produits. »

Reste à lever quelques écueils techniques : les volumes, l'étiquetage (code barre), la gestion informatique des commandes ou la logistique. Certains producteurs - agriculteurs ou transformateurs - ne sont pas forcément de taille ni équipés pour répondre à une demande conséquente. « Ce sont des producteurs de très bonne qualité, mais qui ne sont pas armés pour faire face à de grosses commandes : ils sont trop artisanaux », constate Nicols Laubry. D'où la politique d'une enseigne comme Carrefour, qui préfère massifier l'offre sur un site, plutôt que de la diluer entre plusieurs magasins. « L'avantage, c'est que ça ne fait qu'un point de livraison pour le producteur », souligne Bruno Chêne.

Marianne Boilève