Accès au contenu
Evenèment

Le lycée moteur de l'évolution du métier d'agriculteur

Le lycée d'enseignement général technologique et agricole de La Côte-Saint-André a fêté ses 50 ans, en s’interrogeant sur un demi-siècle d’innovations.
Le lycée moteur de l'évolution du métier d'agriculteur

Ceux qui sont passés par « La Côte » parlent de ce lycée agricole avec une pointe d'émotion et un bonheur non feint. C'est entre les murs de cet établissement à la pédagogie progressiste que s'est décidé leur avenir. Cela dure depuis 50 ans. Alors pour fêter ce demi-siècle, le proviseur, Franck Capdeville, a proposé de revisiter « l'histoire du métier d'agriculteur dans la région à travers l'innovation ». Lors de la table ronde organisée le vendredi 7 juillet à l'occasion de cet anniversaire, le lycée agricole a accueilli un aréopage de grands témoins, parmi lesquels Richard Didier, « qui a accompagné l'agriculture depuis 1945 » a souligné Marianne Boilève, journaliste de Terre dauphinoise et animatrice du débat.

Groupes de vulgarisation agricole

« Après guerre, en 1946, j'ai fait un stage de six mois aux Etats-Unis dans cadre du plan Marshall avec 40 jeunes Français. L'objectif était d'améliorer le standard des familles agricoles françaises. » C'est le choc. « La France était très en retard par rapport aux Etat-Unis. Nous avons trouvé en agriculture un niveau de vie dont nous n'avions aucune idée ». Tracteurs dans la cour, téléphones dans les fermes, rendements vertigineux : tout semble démesuré et nouveau pour les jeunes agriculteurs. Le groupe rentre en France gonflé à bloc. « Nous étions ouverts au progrès avec une volonté d'avancer », raconte encore le doyen. Il est d'ailleurs à l'origine de la création des premiers groupes de vulgarisation agricole « pour accompagner le progrès, ouvrir, développer ». Puis apparaissent les premiers CETA(1) et les CIVAM(2). La profession se structure, d'un point de vue syndical et grâce à la mise à disposition, par les chambres d'agriculture, de techniciens dans chaque canton. « Terre dauphinoise passait des articles de vulgarisation technique », se souvient Richard Didier.
Cette envie d'apprendre portée par les jeunes agriculteurs et leur famille trouve un écho dans la construction du lycée agricole de La Côte-Saint-André en 1966. D'abord collège, il est rapidement devenu lycée. « Il y avait un manque évident de formation, explique encore le nonagénaire. A la création des MFR et du réseau des lycées agricoles, il n'y pas eu de problème de recrutement ! » Quand il considère les 30 années d'après guerre, il estime qu'une telle période résulte de la réunion de conditions c'est-à-dire « une marge de progrès possible et une volonté des organisations de couvrir cette marge de progrès. »

L'arrivée des hosltein

Autre grand témoin, Pierre Morel est « né avec l'insémination » et parti à la retraite au moment du transfert embryonnaire et des biotech. « J'ai commencé dans le métier en 1967, à l'apogée de l'insémination. », raconte-t-il. C'est à ce moment-là que les premières holstein arrivent en France, à la ferme de Beaulieu, 800 têtes de bétail bien avant la ferme des 1 000 vaches. « C'était innovant pour l'Isère », raconte l'ancien inséminateur. Il mesure le progrès dans l'amélioration des performances des troupeaux à partir des années 60. « Beaucoup de choses ont évolué, à commencer par la création d'Umotest, qui a rassemblé tous les centres d'insémination de la race montbéliarde et permis la progression de cette race, boostée par l'arrivée de la hosltein. » Sélection, planning d'accouplement, l'inséminateur travaille main dans la main avec le Contrôle laitier et son ami et complice André Brochud. Ce dernier énumère les avancées en matière de contrôle pour évaluer la qualité du lait, d'abord en analysant le taux de matière grasse puis celui de de protéine. Il raconte comment la sècheresse de l'année 76 a révélé le potentiel nutritif de l'ensilage maïs. L'herbe était grillée, les éleveurs avaient puisé dans leurs réserves d'hiver. « Il a fallu trouver un aliment riche en énergie, le corriger avec du tourteau », explique le contrôleur laitier. Le progrès technique en agriculture tient souvent à la capacité d'adaptation des agriculteurs confrontés aux aléas de toute sorte. Francis Annequin, éleveur qui a été président du Cerfrance et de la SDAE, le confirme. Dans la ferme familiale, les vaches sont passées d'une production 2 500 litres en 1958 à 8 000 litres dans les années 2000.
« C'est la même révolution dans le végétal », indique à son tour Roland Primat, qui a été président de La Dauphinoise pendant 20 ans et a étudié au lycée de La Côte-Saint-André. « Le maïs hybride est arrivé en France à la fin des années 50 », rappelle-t-il. Il insiste sur « l'avancée exceptionnelle permise par l'irrigation dans une région comme la nôtre où les sols sont séchants, mais aussi par le remembrement dans les années 70. » Si le maïs est devenu prépondérant, on assiste dans ces années-là à l'arrivée d'autres cultures comme le tournesol et le soja ou encore le tabac, symbole d'une diversification à forte valeur ajoutée. Il y en aura d'autres comme les semences, les fruits ou les plantes aromatiques. « Les innovations ont été portées par des gens qui y croyaient », insiste l'ex-président de la coopérative Dauphinoise.

La ferme expérimentale

C'est la raison pour laquelle les participants à la table ronde ont noté l'importance, pour un établissement comme le lycée de La Côte, de disposer d'un outil comme l'a été la ferme expérimentale. Même si aujourd'hui, l'Inra et l'Institut de l'élevage ne sont plus présents, elle reste « un outil à dimension pédagogique », comme le souligne Adrien Raballand, le directeur d'exploitation.
Roland Primat pense que « la prochaine révolution se fera autour du numérique. L'agriculture ne peut pas rester en marge. Et cela représente un apport colossal, dans la production. » Mais Pierre-Jean Dye, des JA38, souligne la difficulté à se tourner vers l'innovation quand le quotidien ne permet pas « de porter sur l'avenir un regard rassurant ». Ce à quoi Didier Villard, éleveur, réagit en déclarant : « Les aînés ne se sont pas adaptés par plaisir mais parce que la société bougeait. C'est encore plus vrai aujourd'hui. » Et c'est justement cette capacité « à écouter ce qui se passe dans la société et dans le monde », qui a caractérisé l'enseignement dispensé au lycée agricole. L'innovation est polymorphe et opportuniste. En Isère, au-delà de l'élevage et des grandes cultures, elle s'inscrit dans tout l'accompagnement du geste agricole, depuis la vente directe jusqu'au pôle agro-alimentaire. « Le seul vrai progrès qui compte est celui qui permet à un groupe humain de progresser », a conclu Pascal Denolly, le président de la FDSEA Isère.

Isabelle Doucet
Anniversaire

Une expérience de 50 ans

« L'agriculture est une force de développement local, la première industrie de notre territoire, avec 1 000 emplois et plus de 650 exploitations », a déclaré Yannick Neuder, le président du Conseil d'administration du LEGTA de La Côte-Saint-André, à l'occasion des 50 ans de l'établissement. « Au cœur plaine agricole, on retrouve des valeurs et une ruralité qui véhiculent encore plein de choses », a ajouté Jean-Pierre Barbier, le président du Conseil départemental, invitant le monde agricole « grâce à son expérience de 50 ans, à se tourner avec confiance vers l'avenir. » Ajoutant : « Le département aura toujours vis-à-vis de l'agriculture, de la bienveillance. »
 

 

(1) Centre d'études techniques agricoles
(2) Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture en milieu rural