Centres de planification et d'éducation familiale
Le maillage du département presque finalisé
La sexualité relève de l'intime, mais les élus locaux s'y intéressent de près, car les besoins en matière de planification et d'éducation familiale sont importants, voire criants quand le service manque, comme c'est encore le cas dans l'Oisans, même si le conseil général a inauguré trois centres de planification depuis un an et demi.
Faire part de ses problèmes de couple, trouver le mode de contraception le plus adapté à sa sexualité ou mettre un terme à une grossesse non désirée... Voilà quelques unes des choses que l'on peut faire, gratuitement et à tout âge, dans un centre de planification familiale. Officiellement créés en 1973, suite à la loi Neuwirth de 1967 légalisant la contraception, les centres de planification et d'éducation familiale (CPEF) relèvent, depuis les lois de décentralisation, des conseils généraux, qui ont fort à faire pour les rendre accessibles à l'ensemble de la population, y compris rurale.
Un service public
« Notre objectif est de couvrir l'ensemble du territoire isérois. En vertu du sacro-saint principe d'égalité, il ne doit pas y avoir de zone blanche, témoigne Brigitte Périllié, vice-présidente du conseil général chargée de l'enfance, de la famille et de l'égalité homme-femme. Suite à l'ouverture récente d'un CPEF à Crolles, à mi-chemin de ceux de Pontcharra et de Meylan, au lancement d'un CPEF itinérant dans la Bièvre il y a environ un an, et à l'inauguration du centre de Roussillon fin 2009, nous n'en sommes pas loin. Il nous reste à couvrir le secteur de l'Oisans, où un projet est en cours de préparation, mais risque de ne pas voir le jour avant l'an prochain pour des raisons budgétaires. Les crédits consacrés à la planification familiale n'ont pas baissé dans le nouveau budget. Avec près de quatre millions d'euros (correspondant au financement de la vingtaine de CPEF isérois à hauteur de 80 %, l'Etat ne prenant en charge que les actes médicaux), cette ligne budgétaire commence d'ailleurs à prendre de l'importance. Mais nous sommes contraints de ralentir le rythme auquel nous avons développé la planification familiale jusqu'à présent ».
Par ailleurs, « le conseil général assure le maillage territorial de la planification et de l'éducation familiale avec le concours des élus locaux », signale l'élue du canton de Vif. Si ces thèmes sont des missions des conseils généraux, le code de la santé publique souligne en effet que les CPEF peuvent relever d'autres collectivités publiques. En fait, en Isère, trois types d'acteurs gèrent des centres de planification :
- des collectivités territoriales (le conseil général à Grenoble, mais aussi les communes et les intercommunalités à Bourgoin-Jallieu, Crolles, Eybens, Fontaine, Grenoble, La Tour-du-Pin, Le Pont-de-Claix, Le Pont-de-Chéruy, Meylan, Roussillon, Saint-Egrève, Saint-Martin-d'Hères, Villefontaine et Voiron),
- des hôpitaux (à Grenoble, La Mure, La Tronche, Le Pont-de-Beauvoisin, Saint-Marcellin et Vienne),
- des associations, à commencer par le mouvement français pour le planning familial, à qui de nombreuses collectivités délèguent la gestion de leurs CPEF (à Grenoble, Pontcharra et dans la Bièvre -permanences des conseillères conjugales et familiales à Beaurepaire, La Côte-Saint-André et Le Grand Lemps, et consultations médicales dans les cabinets d'un douzaine de médecins, en nombre insuffisant pour qu'ils puissent les assurer au centre de planification).
Les zones rurales « difficiles à couvrir »
On le voit, seule la commune de Grenoble est couverte par ces trois types de centres. « Les zones rurales sont toujours les plus difficiles à couvrir », reconnaît Brigitte Périllié, qui souligne qu'un CPEF « ne se fait pas en un mois, ni en un an. Les conseillères conjugales et familiales doivent commencer par créer un réseau de partenaires », les établissements scolaires dans lesquels elles interviennent, mais aussi les professionnels de santé, les centres sociaux et les associations qui pourront leur adresser des personnes en difficulté ou à la recherche d'informations.
Ce délai d'émergence, c'est ce qui préoccupe Laurence Chopard, vice-présidente de la communauté de communes de l'Oisans en charge de la santé et de la solidarité. « Nous sommes prêts à accueillir un centre de planification et d'éducation familiale. Le collectif santé réunissant les élus, les associations de prévention et les professionnels de santé a démontré la nécessité d'un tel lieu en établissant un diagnostic du territoire. Nous sommes entrés en contact avec les centres de La Mure et du Pont-de-Claix, les CPEF les plus proches de l'Oisans, mais ils sont trop éloignés pour que l'on puisse imaginer des antennes comme il en existe à Vizille. La collectivité est donc prête à prendre sa part du financement d'un centre de planification et un local peut être mis à disposition au sein de la maison médicale de l'Oisans. Nous sommes parfaitement dans les clous, mais nous risquons de ne pas être opérationnels avant fin 2012 si le conseil général ne vote pas ce budget en 2011. Quand on sait que nous sommes loin de tout, qu'il faut déjà faire 80 kilomètres pour trouver un service d'urgence, c'est quand même inadmissible. Nous sommes déjà les plus pauvres : il n'y a pas un seul médecin en intersaison, contre sept pendant la saison, mais qui s'occupent plus des jambes cassées que de prévenir les grossesses non désirées ou les infections sexuellement transmissibles parmi les quelques 3 000 saisonniers qui travaillent sur le territoire. On ne parle pas de contraception en dehors des journées de dépistage du VIH et des hépatites organisées par le collectif santé, alors qu'il faudrait rabâcher ce sujet. Et cela bénéficierait aussi aux habitants du territoire, quel que soit leur âge ».
Un accès facile et discret
« Il est important de disposer d'un espace de dialogue confidentiel sur les questions de sexualité, de maîtrise de la fécondité, de violences conjugales, familiales et sexistes, car elles concernent tout le monde, confirme François Brottes, le président de la communauté de communes de l'Oisans à l'initiative du CPEF de Crolles. Pourtant, on n'a pas le réflexe de pousser la porte d'un centre de planification. C'est pourquoi nous avons veillé à ce que celui de Crolles soit facilement accessible, y compris depuis le plateau de Chartreuse, et que l'on ne soit pas obligé de se faire remarquer pour y aller, grâce à l'implantation au sein du centre médical Belle étoile ».
L'équipement contribuera peut-être à réduire les inégalités sociales persistantes dans le domaine de la prévention des infections sexuellement transmissibles (en progression régulière depuis le début des années 2000) ou le nombre d'interruptions volontaires de grossesses (210 000 Françaises concernées tous les ans, soit un taux de 14,5 IVG pour 1 000 femmes, l'un des plus élevés d'Europe occidentale). Le rapport sur la santé des femmes en France publié en 2009 souligne aussi la surexposition des femmes aux violences sexuelles. Elle sont aussi « plus exposées que les hommes à des violences physiques ou sexuelles émanant de personnes qui vivent sous leur propre toit ».
Cécile Fandos
Un service public
« Notre objectif est de couvrir l'ensemble du territoire isérois. En vertu du sacro-saint principe d'égalité, il ne doit pas y avoir de zone blanche, témoigne Brigitte Périllié, vice-présidente du conseil général chargée de l'enfance, de la famille et de l'égalité homme-femme. Suite à l'ouverture récente d'un CPEF à Crolles, à mi-chemin de ceux de Pontcharra et de Meylan, au lancement d'un CPEF itinérant dans la Bièvre il y a environ un an, et à l'inauguration du centre de Roussillon fin 2009, nous n'en sommes pas loin. Il nous reste à couvrir le secteur de l'Oisans, où un projet est en cours de préparation, mais risque de ne pas voir le jour avant l'an prochain pour des raisons budgétaires. Les crédits consacrés à la planification familiale n'ont pas baissé dans le nouveau budget. Avec près de quatre millions d'euros (correspondant au financement de la vingtaine de CPEF isérois à hauteur de 80 %, l'Etat ne prenant en charge que les actes médicaux), cette ligne budgétaire commence d'ailleurs à prendre de l'importance. Mais nous sommes contraints de ralentir le rythme auquel nous avons développé la planification familiale jusqu'à présent ».
Par ailleurs, « le conseil général assure le maillage territorial de la planification et de l'éducation familiale avec le concours des élus locaux », signale l'élue du canton de Vif. Si ces thèmes sont des missions des conseils généraux, le code de la santé publique souligne en effet que les CPEF peuvent relever d'autres collectivités publiques. En fait, en Isère, trois types d'acteurs gèrent des centres de planification :
- des collectivités territoriales (le conseil général à Grenoble, mais aussi les communes et les intercommunalités à Bourgoin-Jallieu, Crolles, Eybens, Fontaine, Grenoble, La Tour-du-Pin, Le Pont-de-Claix, Le Pont-de-Chéruy, Meylan, Roussillon, Saint-Egrève, Saint-Martin-d'Hères, Villefontaine et Voiron),
- des hôpitaux (à Grenoble, La Mure, La Tronche, Le Pont-de-Beauvoisin, Saint-Marcellin et Vienne),
- des associations, à commencer par le mouvement français pour le planning familial, à qui de nombreuses collectivités délèguent la gestion de leurs CPEF (à Grenoble, Pontcharra et dans la Bièvre -permanences des conseillères conjugales et familiales à Beaurepaire, La Côte-Saint-André et Le Grand Lemps, et consultations médicales dans les cabinets d'un douzaine de médecins, en nombre insuffisant pour qu'ils puissent les assurer au centre de planification).
Les zones rurales « difficiles à couvrir »
On le voit, seule la commune de Grenoble est couverte par ces trois types de centres. « Les zones rurales sont toujours les plus difficiles à couvrir », reconnaît Brigitte Périllié, qui souligne qu'un CPEF « ne se fait pas en un mois, ni en un an. Les conseillères conjugales et familiales doivent commencer par créer un réseau de partenaires », les établissements scolaires dans lesquels elles interviennent, mais aussi les professionnels de santé, les centres sociaux et les associations qui pourront leur adresser des personnes en difficulté ou à la recherche d'informations.
Ce délai d'émergence, c'est ce qui préoccupe Laurence Chopard, vice-présidente de la communauté de communes de l'Oisans en charge de la santé et de la solidarité. « Nous sommes prêts à accueillir un centre de planification et d'éducation familiale. Le collectif santé réunissant les élus, les associations de prévention et les professionnels de santé a démontré la nécessité d'un tel lieu en établissant un diagnostic du territoire. Nous sommes entrés en contact avec les centres de La Mure et du Pont-de-Claix, les CPEF les plus proches de l'Oisans, mais ils sont trop éloignés pour que l'on puisse imaginer des antennes comme il en existe à Vizille. La collectivité est donc prête à prendre sa part du financement d'un centre de planification et un local peut être mis à disposition au sein de la maison médicale de l'Oisans. Nous sommes parfaitement dans les clous, mais nous risquons de ne pas être opérationnels avant fin 2012 si le conseil général ne vote pas ce budget en 2011. Quand on sait que nous sommes loin de tout, qu'il faut déjà faire 80 kilomètres pour trouver un service d'urgence, c'est quand même inadmissible. Nous sommes déjà les plus pauvres : il n'y a pas un seul médecin en intersaison, contre sept pendant la saison, mais qui s'occupent plus des jambes cassées que de prévenir les grossesses non désirées ou les infections sexuellement transmissibles parmi les quelques 3 000 saisonniers qui travaillent sur le territoire. On ne parle pas de contraception en dehors des journées de dépistage du VIH et des hépatites organisées par le collectif santé, alors qu'il faudrait rabâcher ce sujet. Et cela bénéficierait aussi aux habitants du territoire, quel que soit leur âge ».
Un accès facile et discret
« Il est important de disposer d'un espace de dialogue confidentiel sur les questions de sexualité, de maîtrise de la fécondité, de violences conjugales, familiales et sexistes, car elles concernent tout le monde, confirme François Brottes, le président de la communauté de communes de l'Oisans à l'initiative du CPEF de Crolles. Pourtant, on n'a pas le réflexe de pousser la porte d'un centre de planification. C'est pourquoi nous avons veillé à ce que celui de Crolles soit facilement accessible, y compris depuis le plateau de Chartreuse, et que l'on ne soit pas obligé de se faire remarquer pour y aller, grâce à l'implantation au sein du centre médical Belle étoile ».
L'équipement contribuera peut-être à réduire les inégalités sociales persistantes dans le domaine de la prévention des infections sexuellement transmissibles (en progression régulière depuis le début des années 2000) ou le nombre d'interruptions volontaires de grossesses (210 000 Françaises concernées tous les ans, soit un taux de 14,5 IVG pour 1 000 femmes, l'un des plus élevés d'Europe occidentale). Le rapport sur la santé des femmes en France publié en 2009 souligne aussi la surexposition des femmes aux violences sexuelles. Elle sont aussi « plus exposées que les hommes à des violences physiques ou sexuelles émanant de personnes qui vivent sous leur propre toit ».