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Territoire

Le maillon communicant

Les comités de territoire agricoles et ruraux apportent du lien dans les communes en maintenant un dialogue permanent entre agriculture et société civile. Terraval'd en est un exemple.
Le maillon communicant

Tranquilles, sereins et convaincus. Les acteurs impliqués désormais dans Terraval'd, le comité de territoire agricole et rural des Vals du Dauphiné répondent à tous ces critères. Sinon, les projets qu'ils portent ne tiendraient pas autant de temps. L'assemblée générale tenue le 11 mars à Virieu a permis d'en prendre toute la dimension.
Depuis les Assises de la ruralité en 2015, une continuité inventive s'est installée dans ce bout d'Isère qui regroupe quand même 37 communes et 62 000 habitants. Le gros travail d'élaboration de ces Assises a porté ses fruits sur le long terme puisque l'événement organisé à Chimilin en 2016, « Sur les pas de la ruralité », en découlait directement. L'objectif ? Faire se rencontrer des populations qui vivent souvent côte-à-côte, qui au mieux s'ignorent, au pire se cherchent querelles parce qu'elles ne se comprennent pas.

Haltes explicatives

« Il y a quelquefois des problèmes de communication et on ne sait pas trop comment faire par rapport à des gens qui se comportent un peu comme en terrain conquis », souligne Didier Villard, président du comité de territoire et élu local confronté aux problèmes de voisinage. C'est pour mieux régler ces mésententes que sont organisées ces opérations de découverte. Durant huit kilomètres, les haltes pour découvrir le territoire sous plusieurs angles, agricole bien sûr, mais aussi historique, environnemental avec une zone humide, économique, ont été multipliées. Le succès aidant, une nouvelle édition est prévue en 2017, cette fois à La Chapelle-de-la-Tour.

Toujours dans l'optique d'insérer ou de rappeler l'importance de la place du secteur agricole et alimentaire dans l'économie locale, Terraval'd a tenu des stands lors de forums des métiers locaux. A Pont-de-Beauvoisin, Virieu-sur-Bourbre ou bien aux Abrets, « l'occasion d'expliquer le métier, ses réalités au grand public » a été saisie.
Cette sensibilisation va de pair avec l'engouement pour les produits locaux. On n'est plus dans un effet de mode, mais réellement dans l'émergence d'une demande forte. Tant et si bien que les projets individuels ou collectifs explosent. Le dernier en date est un futur magasin de producteurs fermiers en cours de création. Mais on n'en saura pas plus. Une stagiaire en fin d'études va revenir au sein du comité de territoire pour travailler sur ce dossier, mais également pour « faire le lien avec les projets agro-alimentaires dans le département, Pôle alimentaire, la marque Isère et la veille sur les points de vente collectifs existants. »

Projet de société

« Toutes ces actions sont importantes car elles permettent de faire travailler ensemble des gens qui n'en ont pas forcément l'habitude », se réjouit Didier Villard. En termes de prospectives, le comité de territoire, fortement soutenu par la communauté de communes des Vals du Dauphiné et les mairies, s'est investi dans la collecte de vieux pneus (530 tonnes évacuées) ou le projet de métahiseur Aoste Méthaterre. Le projet n'a pas pu aboutir dans sa dimension initiale. Il est en train d'être redimensionné pour mailler le territoire d'unités plus petites mais plus proches des sources de déchets. L'enjeu est de trouver le bon équilibre entre répartition géographique et la rentabilité économique. « Les collectivités doivent soutenir ces nouveaux projets, souligne Roger Marcel, maire d'Aoste et vice-président l'intercommunalité. Ils sont dans l'intérêt des agriculteurs en raison de la solution qu'ils apportent en termes d'effluents d'exploitation, mais aussi dans l'intérêt de la société et de l'environnement puisque c'est une énergie renouvelable. » La porosité du discours entre agriculture et société est en train de porter ses fruits. « L'agriculture vit une transition, estime Didier Villard. Le modèle reste encore à inventer, mais on entrevoit des évolutions dans les exploitations qui transforment leurs productions, s'impliquent dans des projets énergétiques ou réfléchissent différemment avec les opérateurs techniques. »

Jean-Marc Emprin

Rationalité économique

La visite du Gaec du Haut-Virieu a suivi la tenue de l'assemblée générale de Terraval'd à Virieu-sur-Bourbre. Ce Gaec regroupe quatre associés et produit un million de litres de lait avec un troupeau de 110 vaches laitières, le tout sur 190 hectares. La ferme appartient à la famille de Virieu qui loue pour une durée de 25 ans en bail à long terme. Le Gaec va prochainement évoluer avec l'arrivée d'Hervé Annequin, nouvel associé et ses 80 hectares d'apport de terre. L'objectif ne sera pas de faire davantage de lait, les bâtiments étant déjà occupés à plein par les vaches en production, celles pleines ou les taries. De toute façon, la conjoncture laitière n'incite pas à investir dans des bâtiments. « Nous avons investi régulièrement et depuis longtemps, nous n'avons donc pas de crédit et c'est pour cela que nous arrivons à tenir avec les niveaux de prix actuels du lait », explique Philippe Poncet, un des associés du Gaec.  Coup de chance, assez récemment, le Gaec a répondu à un marché de maïs humide pour un fournisseur d'aliment. Récolté à 35% d'humidité, le grain est conservé en silo et mis en big bag selon les commandes. Le Gaec vise les 1 000 tonnes en produisant une partie des volumes et en achetant dans le secteur un complément.
JME