Le maraichage bio, en désherbage
Laurent Naselli a repris l'exploitation de son père en 2015 à Sassenage. Après une conversion en agriculture biologique, il a modifié sa stratégie de production. Il dispose aujourd'hui de sept hectares de légumes plein champs et 1,5 hectares sous tunnels. Ils sont cinq à six personnes en moyenne à travailler dans l'exploitation. Bien rôdé, le système de production passe par les techniques de désherbage manuel. L'occultation est une des solutions choisies par le maraicher sous les tunnels. Elle consiste à recouvrir le sol d'une toile hors-sol pour priver les adventices de lumière durant environ un mois, voire plus. « Elle ne détruit pas tout mais on arrive à contrôler les adventices que l'on a. On retire la toile posée qu'au moment de planter », explique Laurent Naselli. Il occulte ainsi les radis, les aubergines et les tomates.
Il utilise également la solarisation en plein-champs. Elle consiste à recouvrir le sol d'une bâche pour créer une accumulation de chaleur durant six à sept semaines pour brûler les adventices piégées en dessous. « Le papier est micro-perforé pour permettre à l'eau de passer. Elle transmet la chaleur sur 15 centimètres d'épaisseur et cela détruit mieux les adventices. Cela permet d'avoir des pics de température vers les 60 degrés », explique-t-il. Il l'utilise cette année pour ses carottes et ses navets. Mais avant la pose de la bâche, le maraicher bine ses allées, « quatre à six binages » et réalise un faux semis préventif. Pour tenir la toile, il pose parfois des agrafes ou de la terre pour limiter la prise au vent.
Météo et bâche
La météo est le premier facteur que doit gérer le maraicher pour réaliser un bon désherbage manuel. « Le printemps, c'est toujours compliqué. Le sol se tasse, il y a de la prise au vent pour les bâches... et on a besoin de trois jours de soleil avant de poser les bâches pour avoir une bonne solarisation ». Il faut donc jongler avec l'instabilité des saisons actuelles et adopter une bonne organisation logistique. « Le désherbage manuel, c'est aussi important qu'un arrosage ou qu'une plantation. S'il y a un créneau, on doit le faire », confirme le maraicher. Si la technique fonctionne bien pour son exploitation, il pousse ses exigences en raison de sa conversion en agriculture biologique. « J'utilise un paillage biodégradable mais dans sa composition, on trouve encore 5% de composants inconnus. Ça ne me va pas. Quand c'est possible de ne pas l'utiliser, on évite. » Et sinon, il en prend un le plus fin possible.
Et le désherbage manuel demande de la main d'œuvre. Il travaille avec plusieurs salariés mais essaie d'aménager les tâches pour « éviter les pointes de travail. J'essaie de garder des horaires réguliers pour chacun », explique Laurent Naselli. « On peut s'inspirer des techniques des exploitations en agriculture biologique. Pour une petite surface, ça peut se tenter », analyse Luc Veron, président de la station d'expérimentation Rhône-Alpes information légumes (Serail).
Virginie Montmartin