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Coopération internationale

Le Maroc se tourne vers l’élevage français

Une délégation marocaine, invitée par la chambre d’agriculture de l’Isère, s’est rendue au Sommet de l’Elevage de Cournon en octobre dernier. Elle est à la recherche de veaux allaitants pour de l’importation.
Le Maroc se tourne vers l’élevage français

Depuis 2014, la chambre d'agriculture de l'Isère, en partenariat avec l'Afdi (Agriculteurs français et développement international) échange avec la chambre d'agriculture régionale de Rabat Salé Kenitra. Plusieurs projets sont en cours de développement dans la filière maraichère, des points de vente collectifs ou du marketing territorial. Depuis peu, les intérêts se tournent aussi vers l'élevage. En octobre dernier, Oumama Chaouki, cheffe de l'annexe de la chambre régionale à Rabat, et deux éleveurs se sont rendus au sommet de l'élevage de Cournon avec Valérie Morier-Genoud, animatrice de l'Afdi. « On souhaite rencontrer des sociétés qui font le transport de bovins jusqu'au Maroc », explique Oumama Chaouki. « Actuellement le Maroc passe par l'Espagne pour le transport des bovins mais ce serait mieux d'échanger en direct pour tout le monde », explique Valérie Morier-Genoud.
Le Maroc boycotte l'importation de veaux laitiers afin de favoriser l'élevage local, mais la demande en veaux allaitants, à l'engraissement, est présente. Après plusieurs tours dans le salon, les races convoitées sont les limousines et les charolaises. « On s'est mis d'accord avec une entreprise pour la signature d'un premier arrivage. Il devrait comprendre environ 120 têtes, des veaux sevrés entre 320 et 380 kg », raconte-t-elle. La délégation en a profité pour regarder les équipements proposés, notamment en termes d'enclos et les prix proposés. Seule ombre au tableau : « On n'a pas trouvé de caprins... On a une demande d'éleveurs pour faire du fromage de chèvre. On trouvera des adresses pour de l'importation une prochaine fois ».

Rapport qualité/prix

Actuellement, le Maroc hésite sur l'achat des veaux en Espagne. « Il y a une rude concurrence entre la France et l'Espagne, explique Oumama Chaouki, le prix espagnol est inférieur mais la France est une référence en rapport qualité/prix ».
Si les limousines et les charolaises intéressent la délégation, c'est parce qu'elles sont éloignées des races marocaines. « Nos races locales sont rustiques. Elles consomment peu mais grandissent peu », explique Oumama Chaouki. Yunass El Mokhlisse, agriculteur présent lors du voyage et plus jeune élu de la chambre régionale, souhaite se lancer dans l'élevage de bovin allaitant. « Il y a un manque de viande au Maroc. Il y a un marché de distribution de viande en grande surface », explique-t-il. « C'est là que la convention entre nos régions est importante. On doit proposer des races de qualité qu'ils ne vont pas trouver ailleurs, avec une société renommée et en sécurité », ajoute Oumama Chaouki. Outre la signature d'un contrat, la chambre d'agriculture de l'Isère est aussi engagée dans un accompagnement technique, notamment sur les questions d'alimentation.

Jouer collectif

Si les échanges concernant la filière allaitante n'en sont qu'à leurs débuts, la filière maraichère est déjà bien avancée. « Sur le volet économique, on cherche un échange gagnant-gagnant. On exporte en France des haricots, des poivrons et des avocats et on importe des poires et des pommes », explique la cheffe de l'annexe de la chambre à Rabat. La chambre d'agriculture de l'Isère travaille également avec des jeunes agriculteurs dans la région de Shoule qui ont mis en place la vente de paniers et aspirent à la création d'un point de vente collectif. L'import-export des fruits, légumes et bovins ainsi que le travail autour d'un point de vente collectif ont été inscrits dans le plan d'action 2018-2019 élaborés entre les différents partenaires des deux pays.

Virginie Montmartin

L’élevage laitier marocain, de Danone au paysan

En juillet dernier, une délégation française s’est rendue au Maroc pour visiter plusieurs exploitations laitières et maraichères.
«  Leurs élevages sont à l’opposé les uns des autres ». Didier Bréchet, président du Cerfrance Synergie Sud Est et éleveur laitier, revient surpris des quelques jours en visite au Maroc. « Cela va de la ferme Danone avec ses 3 200 vaches à une multitude de petites fermes qui ont six vaches laitières en moyenne ». Le plan Maroc vert soutient le développement de l’agriculture depuis 10 ans et se découpe selon ces écarts de structure. Le premier pilier s’adresse aux agro-industriels tandis que le second est davantage tourné vers les exploitations de petite taille.
Durant le voyage, la délégation a rencontré de petites exploitations gérées par des retraités qui possèdent moins d’une dizaine de vaches laitières, des exploitations en polyculture d’une centaine de vaches laitières ainsi qu’une coopérative de collecte de lait qui travaille avec 134 éleveurs pour environ 1 200 vaches laitières. 
Usine laitière
Le plus marquant pour la délégation reste la visite de la ferme des 3 200 vaches de Danone. L’entreprise en possède trois dans le monde. « On peut parler d’usine laitière. Ils font la traite en 3/8, ils n’arrêtent jamais », raconte Jérôme Crozat, président de la FDSEA de l’Isère. Côté alimentation, les 700 hectares permettent d’enchaîner, à l’année, un ensilage de maïs et un de blé, le tout « irrigué en pivot ». La majorité en prim’holstein et quelques montbéliardes fournissent en moyenne 8 000 litres de lait au printemps et 2 000 litres en été. Chez Danone, le prix du lait avoisine les 47 centimes le litre. « Il y a quelques mois, un boycott de Danone par les réseaux sociaux a permis aux coopératives de retrouver un marché. Danone a perdu 30% de sa production », raconte Jérôme Crozat. Dans les coopératives, le prix du lait oscille entre 0,26 cts/l et 0,35 cts/l. « Sur une échelle de 1 à 10 en termes de rentabilité, je dirais que les petites exploitations laitières de moins de 10 vaches sont à 2, Danone à 10. C’est plutôt les fermes en maraichage qu’on a visité qui sont vers 5 ou 6 grâce aux paniers et aux marchés mis en place », analyse Didier Bréchet.
VM