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Journée nationale du don agricole

Le Min de Grenoble milite pour la promotion du don agricole solidaire

Le 17 septembre, l'association Solaal organise la première journée nationale du don agricole solidaire. En Isère, seul le Marché d'intérêt national de Grenoble participe à l'opération. Car donner, c'est bien, encore faut-il en avoir les moyens.
Le Min de Grenoble milite pour la promotion du don agricole solidaire

Fruits, légumes, produits laitiers, œufs, pâtes, viande, jus de fruits : le 17 septembre, tous les dons alimentaires sont les bienvenus. Organisée à l'initiative de l'association Solaal, la première journée nationale du don agricole invite les agriculteurs qui le peuvent à manifester leur soutien aux personnes en difficulté. Ce jour-là, dans chaque département, les agriculteurs, les coopératives et tous les acteurs du secteur peuvent faire des dons aux associations ou s'engager à donner plus tard, en fonction de la saisonnalité de leur production.

Récupérer les invendus

En Isère, seul le Marché d'intérêt national (Min) de Grenoble s'est pour l'instant porté volontaire pour participer à la première édition de cette action solidaire. Communication, distribution de flyers, récupération d'invendus ou de produits consommables mais pas vendables : l'ambition est de faire connaître le principe et d'initier le réflexe de donner. « Nous participons à la journée nationale, mais cela fait plusieurs mois que nous sommes dans cette démarche, indique Bernard Colonel-Bertrand, le directeur de la régie du MIN de Grenoble. Tous les matins, nous récupérons des produits pour les donner aux associations. Début avril, nous avons d'ailleurs signé une convention avec La Remise, la structure porteuse du projet Episol, pour le don de marchandises qui seront proposées aux clients de l'épicerie solidaire de Grenoble. Nous avons également un contrat moral avec la Banque alimentaire et les Restos du cœur. »

Le Min de Grenoble milite pour la promotion du don agricole solidaire.

Eviter le gaspillage

Pour le Min, cette démarche solidaire présente un double intérêt. Elle permet d'écouler les invendus et donc de limiter le gaspillage de marchandises, mais aussi d'éviter d'avoir à gérer et à traiter des tonnes de déchets. Sans compter les retombées en termes d'image. Reste à convaincre les adhérents du Min. Chez les grossistes, la démarche est plutôt bien acceptée. Durant tout l'été, des quantités importantes d'abricots, de melons, de pastèques ont ainsi été récupérées, à la grande satisfaction des associations. « Concrètement, si un grossiste commande une palette d'abricots et s'aperçoit qu'il y a des fruits abîmés dans une cagette, il envoie toute la cagette à la benne, explique François-Xavier Lapierre, le directeur de l'association La Remise. C'est là que nos équipes interviennent pour récupérer la cagette et trier ce qui est propre à la consommation de ce qui ne l'est pas, afin de vendre les fruits à des prix raisonnables aux adhérents d'Episol. »

Qui paie la main-d'œuvre ?

Pour Michel Guillerme, maraîcher à Tullins, le don peut se faire, mais au champs. Encore faut-il trouver des gens pour ramasser… (Crédit photo : Min de Grenoble)

Du côté des producteurs en revanche, l'affaire est plus délicate. Et le directeur du Min a beau faire valoir qu'il dispose de toute la logistique pour stocker et redistribuer la marchandise, et qu'une partie des dons peut être défiscalisée, il rencontre de sérieuses résistances, notamment chez les maraîchers et les producteurs de fruits. Ces derniers seraient-il moins généreux que leurs collègues ? Pas du tout. Mais, contrairement à certaines idées reçues, il ne suffit pas, quand on est maraîcher ou arboriculteur, de mettre en colis ce qui est hors calibre ou « pas trop joli » : il faut aussi payer la main-d'œuvre qui effectue le travail. Et c'est là que ça coince. « Ce qui est sûr, c'est que vous ne trouverez pas un maraîcher qui laisse de la marchandise sur le Min : comme les produits sont tout frais, ce qui pas vendu le jour même est vendu le lendemain, assure Michel Guillerme, maraîcher et président du Syndicat des producteurs de la ceinture verte grenobloise. Mais au-delà de ça, dans nos exploitations, tout ce qui est hors standard n'est pas ramassé. Nous ne pouvons pas payer des gens à ramasser des choses que nous ne vendrons pas. Cet été, certains producteurs d'abricots ont laissé les fruits tomber à terre tellement les cours étaient bas : ils ne payaient pas la main-d'œuvre. Ce qui reste, ça reste. Mais personne ne veut venir ramasser et charger les cagettes. Faisons-nous un métier de chien pour que personne ne veuille le faire ? » Le melon à terre est dans le camp des associations solidaires.

Marianne Boilève