Le modèle Cuma, « une possibilité » pour le Burkina-Faso
Ce n'est pas la première fois qu'une délégation du Burkina-Faso se rend en Isère. Depuis 2010, la chambre d'agriculture de l'Isère travaille avec la région des Hauts Bassins. Lors des derniers échanges, c'est la gestion du matériel qui avait été soulevée. « Le conseil régional des Hauts Bassins a acheté 30 tracteurs. Mais si on les distribue directement, il y aura des problèmes », explique Patrick Bondé, vice-président du conseil régional des Hauts Bassins, en charge de l'agriculture. Venus une semaine en octobre dernier, Patrick Bondé, Moussa Traoré, président la chambre régionale d'agriculture, et René Ouattara, son secrétaire général, se sont rendus à la Cuma de Chasselay pour découvrir ce modèle de gestion particulier. « On veut voir en direct comment fonctionne une Cuma car cela serait une possibilité », confirme René Ouattara. Avec 120 Cumas en Isère, ils ont frappé à la bonne porte.
Pour créer une Cuma, il faut que des agriculteurs se regroupent pour mutualiser du matériel. « Dans notre Cuma, c'est la ramasseuse à noix qui fédère le plus les agriculteurs », illustre Raphaël Gaillard, président de la Cuma. Au Burkina-Faso, le matériel est déjà financé et livré par le conseil régional. Comment associer les agriculteurs ? « Il faut un engagement monétaire à un moment », suggère Didier Allibe, ancien président de la Cuma. Dans cette structure, les agriculteurs achètent des parts sociales et paient ensuite l'utilisation du matériel emprunté. « Chez nous, c'est très difficile. Les agriculteurs pourraient peut-être avoir des parts dans la structure et rembourser petit à petit les tracteurs », propose Patrick Bondé. Il est aussi possible de différencier les services offerts aux adhérents de la future Cuma et les non-adhérents qui en auraient besoin pour une utilisation ponctuelle. « Tout cela se décide par les statuts et le règlement intérieur », explique Jay Jivan-Kessaodjee, animateur du réseau Cuma Isère-Savoie.
Des tracteurs abordables
Dans l'organisation d'une Cuma, il faut aussi gérer l'emploi du temps et les chauffeurs. « Tous les matériels ont un responsable qui sait si un matériel est disponible ou pas, explique Didier Allibe, et selon les machines, un chauffeur est inféodé au matériel ». Pour la délégation, le système adopté tendrait vers ce fonctionnement : « Pour chaque tracteur, il y aurait une Cuma, un chauffeur et un responsable », envisage Patrick Bondé.
A condition que cela soit intéressant pour les agriculteurs. « Chez nous, tout le travail est encore manuel pour ramasser les anacardes », explique Moussa Traoré. « Les cultures ne sont pas conduites pour être mécanisées », confirme Yves François, élu à la chambre d'agriculture de l'Isère, qui s'est déjà rendu au Burkina-Faso dans le cadre d'un échange. Si le tracteur permettrait un travail plus rapide, toutes les cultures n'y sont pas préparées. « En Isère, la mécanisation a changé notre façon de cultiver. On plante en ligne, on libére les abord de parcelles... Je ne sais pas si on ramassera un jour de nouveau les noix à la main », raconte Raphaël Gaillard. Un premier critère de sélection des futurs agriculteurs adhérents pourrait être des parcelles plus ou moins adaptées à la mécanisation.
Travailler ensemble
Le second frein serait le coût. « A l'hectare, un tracteur coûte 25 000 à 30 000 francs CFA. L'utilisation d'une charrue avec des bœufs coûte 10 000 francs CFA. On doit réussir à faire baisser le coût du labour pour un tracteur », explique Moussa Traoré. Une Cuma peut diminuer les coûts par adhérent mais ce n'est pas forcément l'objectif : « Parfois c'est plus cher en Cuma, mais le matériel est de meilleure qualité que ce qu'on pourrait acheter seul », explique Yves François. Il faut aussi louer des bâtiments pour entreposer le matériel, à l'instar de la Cuma de Chasselay. Si les points logistiques semblent avoir été longuement réfléchi par la délégation, les deux représentants de la Cuma iséroise mettent en garde contre l'entente d'un groupe. «Les producteurs se connaissent déjà », rassure Patrick Bondé. Pour Didier Allibe, ce ne sera pas aussi simple : « Il faut un animateur de réseau formé pour avoir un accompagnement et appuyer le travail du comité de direction. Il ne suffit pas d'être autour de la table ».