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Agronomie

Le non labour et le semis direct : tout un travail... de groupe

Convaincus de l'intérêt du non labour et du semis direct, des agriculteurs issus des quatre coins du département se sont rassemblés au sein du groupe " Isère sols vivants " . L'initiative a été récompensée par le prix de l'innovation agronomique dans le cadre du Prix de l'excellence agricole et rurale organisé par Terre Dauphinoise.
Le non labour et le semis direct : tout un travail... de groupe

Cultiver ses terres en non labour et/ou semis direct, c'est un cheminement personnel ainsi qu'un effort de longue haleine. C'est aussi un travail de groupe. En témoigne le groupe « Isère sols vivants », créé par la chambre d'agriculture de l'Isère en 2015, pour accompagner les agriculteurs dans la mise en place de différentes pratiques ayant pour but l'amélioration de la fertilité des sols. « Il peut s'agir de non labour, de couverture des sols toute l'année avec des doubles couverts, d'association ou de diversité de cultures, d'implantation de légumineuses, de réduction des doses de produits... Les possibilités sont variées », explique Laetitia Masson, conseillère agronomie-environnement à la chambre d'agriculture, en charge de l'animation du groupe. Son objectif est de rassembler les personnes engagées dans cette démarche pour leur permettre d'échanger sur leurs pratiques. Roland Badin, agriculteur à Maubec, n'est pas novice en la matière. Il a arrêté le labour en 2003 et travaille depuis en semis direct. « Ma démarche a été progressive. J'ai commencé à m'y intéresser quand je me suis rendu compte que le taux de matière organique présent dans le sol ne cessait de diminuer et qu'il fallait toujours augmenter les apports d'engrais. Les essais que j'ai commencé à réaliser se révélant intéressants, j'ai continué. Je me documentais grâce à la revue TCS (Techniques culturales simplifiées) et aux ouvrages de Claude Bourguignon », se rappelle-t-il. Pour autant, travailler de façon isolée sur un sujet comme celui-ci s'avère compliqué et peu encourageant. Il a donc intégré le réseau Base (Biodiversité, Agriculture, Sol et Environnement), mais il ressentait toujours le besoin d'un groupe départemental « pour collecter des références locales, plus proches de mes conditions pédo-climatiques », détaille-t-il. La création du groupe « Isère sols vivants » a donc répondu à ses attentes. « En partageant nos essais, nous gagnons du temps sur le retour d'expériences. On se sert des expérimentations des uns et des autres pour reproduire les réussites et éviter les erreurs. Il y a aussi une émulation collective qui est très motivante. Enfin, le travail de recensement et de compilation de données que réalise Laetitia Masson nous apporte beaucoup », précise l'agriculteur. 

Groupe 30 000 Ecophyto

Guillaume Revol, agriculteur à Virieu au sein du Gaec Terralait, pratique aussi le non labour depuis longtemps. L'idée lui est venue grâce au stage pré-installation, qu'il a effectué en Normandie. « Au départ, c'est le gain de temps que je pouvais tirer de cette pratique qui m'a amené à la mettre en place dans l'exploitation. Mais j'ai très vite constaté le bénéfice qu'elle apportait sur le plan agronome. En plus, je considère que c'est bien plus intéressant d'étudier le sol avec sa bêche avant d'intervenir que de le labourer systématiquement. Pour moi, le non labour a fait ses preuves. Tant que je n'ai pas de perte de rendement, que les cultures continuent de pousser et qu'elles résistent aux aléas climatiques de plus en plus présents, je continue », explique-t-il. Mais, comme Roland Badin, il avait envie d'intégrer un réseau permettant d'avancer plus facilement sur le sujet, de faire des tests et de pouvoir les comparer. « Le groupe nous permet d'échanger sur nos pratiques, de progresser mais nous aide aussi à communiquer. Car, dans ce domaine aussi, il y a du travail à faire », avance l'agriculteur, las des procès d'intention sans cesse dirigés contre l'agriculture.

Roland Badin et Guillaume Revol abordent également la question de l'utilisation des produits phytosanitaires, et notamment du glyphosate. Tous deux reconnaissent qu'ils aimeraient pouvoir s'en passer, qu' « ils ne l'utilisent pas par plaisir ». Mais, pour l'instant, ils ne savent pas faire sans. « Nous n'en utilisons pas forcément beaucoup. Nous ne l'utilisons pas tout le temps, mais  c'est un outil dont nous avons besoin », assurent-ils. Circonspect, Roland Badin a voulu savoir ce qu'il en était dans ses parcelles. Il a donc fait faire des analyses de sol et de farine de blé issue de sa production. Elles n'ont pas révélées de trace de produit. Mais au regard des attentes de la société sur le sujet, le groupe réalise des essais pour trouver des alternatives. Fortement engagé en ce sens, il a été labellisé, en juin 2018, groupe 30 000 Ecophyto sur le thème « Réussir le non labour en réduisant l'utilisation des phytos et notamment le glyphosate ».

Isabelle Brenguier