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Innovation

Le nouveau départ de la filière soja

L'évolution variétale a rendu la culture du soja en Rhône-Alpes de nouveau intéressante. D'autant que les marchés du soja non OGM sont demandeurs, à commencer par les filières de proximité.
Le nouveau départ de la filière soja

Depuis quelques années, le soja effectue son grand retour parmi les productions françaises*. En Rhône-Alpes, la réintroduction de la légumineuse est portée par la démarche régionale pour l'autonomie alimentaire et relayée par certains acteurs, notamment par la Coopérative Dauphinoise. La plante a su s'affranchir des contraintes liées aux adventices et ses nouvelles variétés lui permettent de s'adapter aux différents terroirs. La France a fourni de gros effort de sélection variétale pour proposer des espèces performantes et remonter une filière qui n'a plus à rougir face aux importations. La valorisation du soja a ainsi fait l'objet d'une intervention conjointe de La Dauphinoise, du Pep Bovins lait et du Centre d'élevage de Poisy, où de nombreux essais ont été menés ces deux dernières années. Jean-Philippe Goron, d'Isère conseil élevage, rappelle les solides avantages de cette culture : elle représente un très bon précédent en raison de son système racinaire de qualité et de sa précocité de récolte. Peu d'intrants, pas de matériel spécifique : le soja est une plante économe. Le contrôle des adventices s'améliore, notamment avec l'arrivée de nouvelles solutions herbicides de post-levée (produits à base d'imazamox mis en marché en 2009) et l'évolution du désherbage mécanique. Le soja est idéal pour la rotation des cultures de maïs, d'autant qu'au titre de la diversification des assolements, il est encouragé par la nouvelle Pac car éligible aux aides couplées et, utilisable comme surface d'intérêt écologique (SIE). Enfin, le marché du soja non OGM est aujourd'hui porteur, à l'échelle locale comme européenne.

Variétés 00

Le grand changement comparé aux années 90 est sans nul doute la diversité variétale, avec des recherches soutenues par le Cetiom, devenu Terres Inovia. On y apprend que dans le secteur, les variétés recommandées pour la région sont codées 00 (plus il y a de 0 et plus elles sont précoces). Les rendements moyens sont de 32 qtx/ha. Les semis s'effectuent en mai pour les espèces les plus précoces et avril si elles sont plus tardives. Seule condition : « que le sol soit suffisamment réchauffé, autour de 10°, insiste Jean-Philippe Goron. Il ne faut pas non plus semer trop tard si l'on veut récolter en septembre. » Après, tout est question d'équilibre entre rendement, précocité et teneur en protéines. Des variétés comme OAC Erin, ES Mentor, Sigalia ou Proteix peuvent être mentionnées. La Dauphinoise s'est d'ailleurs engagée dans une filière semence avec 1 000 hectares cette année consacrant des investissements importants en recherche et développement.

En 2015, le centre d'élevage de Poisy a conduit avec le Cetiom une série d'essais variétaux, avec 13 variétés en lice et 39 bandes. Dominique Dubonnet, responsable des cultures, constate avec surprise des différences entre les taux de teneur en protéines qui vont jusqu'à 8 points. Pour le responsable : « Es Mentor est une valeur sûre ». Il cite également les variétés Opaline, Sigalia et Soprana. Ces tests permettent de dresser de multiples constats : les premières gousses étant placées assez bas sur la plante, il peut en rester au moment de la récolte, ce qui joue sur les rendements. Plusieurs solutions à cela : choisir des variétés hautes, maîtriser la préparation du sol et notamment le roulage, ou utiliser des becs flexibles qui épousent mieux le sol au moment de la récolte.

 

Pour les rendements, l'inoculation des parcelles est indispensable au développement des nodosités. Quant au semis, ce sera le semoir monograine : « Y'a pas photo ». La densité oscillera entre 570 et 690 000 graines en sol sec, à partir de 500 000 en sol irrigué. Pour la fertilisation, l'azote est inutile puisque cette légumineuse a la capacité de le prélever dans l'air. L'apport en phosphore et potasse dépend de l'analyse du sol. Enfin, la plante se développera d'autant mieux qu'elle bénéficiera de pluie en fin de cycle.

Pour les éleveurs laitiers, plusieurs possibilités s'offrent autour de la filière soja. Pour celui qui cultive et utilise sa graine, l'impact sur la recette laitière sera limité, mais positif (+4,4 euros les 1 000 litres). Un producteur qui ne cultive pas de soja et achète son tourteau expeller pourra contractualiser ses achats sur deux ans avec La Dauphinoise, avec un niveau de prix déterminé, de façon à ne pas subir la volatilité du marché. Enfin, le producteur de soja en filière expeller, à condition d'obtenir un rendement supérieur à 25 qtx/ha, pourra valoriser son tourterau et son huile selon le même principe de contractualisation.

Isabelle Doucet

 

Expérimentations

Des effets sur la production laitière

Le centre d'élevage de Poisy a mené une série d'expérimentations, en 2013 et 2015, sur la partie animale. Le troupeau, composé d'environ 80 vaches laitières de race abondance et montbéliarde, sous cahier des charges de l'IGP tomme de Savoie, a été divisé en lots pour tester d'une part la graine crue de soja dans la ration alimentaire et d'autre part, le tourteau de soja expeller. La graine crue aplatie a été dispensée dans la ration hivernale, de Noël à mars. Il apparaît que l'apport idéal s'établit à 2 kg par ration avec une incidence positive sur la production laitière. L'effet sur le TP est aussi légèrement positif, quel que soit le niveau de graines. L'apport en graines est également limité par le taux maximum de 5% de graisse dans la ration animale, les graines étant très chargées en huile.
D'où l'intérêt d'extraire l'huile avec le tourteau expeller. Il s'agit d'un mode de trituration particulier, sans solvant. Une seule usine assure cette prestation en grande région. « C'est une matière première unique en Europe, qui donne de très bons résultats », affirme Grégory Pinçon, de La Dauphinoise. Les expériences menées à Poisy avec ce tourteau en 2012 et 2013 montrent un effet significatif sur la production laitière (+1,9 litre), mais un petit effet dépressif sur le TB et le TP. « La matière utile progresse globalement » estiment les experts. « Nous avons pour objectif de construire une usine à moyen terme et d'avoir ainsi le tourteau expeller le plus économique possible », affirme Grégory Pinçon.
Pour les éleveurs laitiers, plusieurs possibilités s'offrent autour de la filière soja. Pour celui qui cultive et utilise sa graine, l'impact sur la recette laitière sera limité, mais positif (+4,4 euros les 1 000 litres). Un producteur qui ne cultive pas de soja et achète son tourteau expeller pourra contractualiser ses achats sur deux ans avec La Dauphinoise, avec un niveau de prix déterminé, de façon à ne pas subir la volatilité du marché. Enfin, le producteur de soja en filière expeller, à condition d'obtenir un rendement supérieur à 25qtx/ha, pourra valoriser son tourteau et son huile selon le même principe de contractualisation.

 

Coûts et revenus

Le coût de production à l'hectare est de 735 euros pour la production de soja (970 euros pour le maïs). Pour un rendement de 30 quintaux/ha, le coût de production à la tonne est de 246 euros pour un prix de vente de 350 euros. La marge brute s'établit à 315 euros la tonne (elle est de 210 euros en maïs grain). Les spécialistes estiment le point d'équilibre avec un rendement de 27 qtx/ha sans compter les aides.

 

*En France en 2014 : production : 76 000 hectares, récolte : 230 000 tonnes, rendement moyen 30 qtx (source Agreste juillet 2015)