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Débat et citoyenneté

Le Parlement européen prend ses marques

Cinq députés européens ont débattu de l'évolution des pouvoirs du Parlement qui siège alternativement à Bruxelles et à Strasbourg. Un rôle renforcé depuis le traité de Lisbonne.
Le Parlement européen prend ses marques

Le Pacte civique et l'Université populaire de l'Isère ont proposé, et ce n'est pas un hasard du calendrier, un débat à Grenoble axé sur « L'Europe, pour quoi faire ? ». Cinq députés européens sortant avaient répondu à l'invitation et ont commenté plusieurs sujets.

Médiatisation faible

D'abord celui du pouvoir du Parlement européen. Celui-ci de l'avis de tous les participants à la table-ronde est important, surtout depuis le traité de Lisbonne. « Mais nous sommes suivis par trop peu de chaînes de télévision et par peu de médias, regrette Jean-Luc Bénhamias, de la liste Modem. La compréhension citoyenne de ce que nous faisons est inexistante ou trop légère. » Déficit de communication renforcé par la nécessité « pour les parlementaires d'être au boulot, au Parlement, confirme Michel Dantin, UMP, donc forcément moins sur le terrain au contact des citoyens. Cela nous rend peu lisibles, peu visibles auprès d'eux. »

Mais cela n'enlève rien au rôle quotidien de l'institution. « Le Parlement correspond à l'Assemblée Nationale en France, tandis que la Commission Barroso, organe composé de 28 commissaires, a les pouvoirs d'un Premier Ministre, explique Michel Dantin, tandis que le Conseil européen ou des ministres représente les états, un peu comme le Sénat français donne la voix au territoire. »

Le pouvoir de dire non

Le rôle du Parlement a augmenté avec le dernier traité. Il possède désormais « un pouvoir co-législatif avec le Conseil des ministres, l'initiative relevant toujours de propositions de la Commission », selon Michèle Rivasi, député écologiste. « Désormais les députés ont le pouvoir de dire non », estime Sylvie Guillaume, du Parti socialiste, sous-entendant ainsi que le Parlement n'est plus une chambre d'enregistrement. La plupart des intervenants ont regretté l'absence de blocage de sa part au sujet du budget européen voté à la baisse, mais tous ont conscience que l'institution va affirmer de plus en plus ses positions. Cela leur paraît souhaitable car le Parlement émane du vote des citoyens européens et possède donc une légitimité supérieure à celle de la Commission. Mais les 757 députés proviennent de 28 pays, ce qui nécessite des alliances. Michel Dantin fait d'ailleurs remarquer qu'en matière de questions sociales, « l'ensemble des élus Français se trouvent plutôt à gauche de leur groupe politique respectif. » Car l'opposition Nord-Sud à l'intérieur de l'Europe est bien ressentie par les représentants européens, tous les membres à la tribune estimant que ceux du Nord avaient une vision ultra libérale des dossiers. Mais les plus grands pays et, donc les plus nombreux en termes de députés, se trouvant au sud, des alliances entre les députés, au-delà des clivages des partis (les groupes en langage européen) sont tout à fait envisageables et même nécessaires. Mais la Commission ne voit évidemment pas cette évolution d'un bon oeil et « tout son travail a été de développer le travail intergouvernemental plutôt que le fédéralisme », souligne Marie-Christine Vergias, du Front de gauche. « Emmanuel Barroso a été nommé pour ne surtout pas faire vivre le Parlement », confirme Jean-Luc Benhamias. Les alliances « sont excellentes car elles nécessitent de travailler sur le fond des dossiers pour aboutir », confirme d'une même voix Michel Dantin et J.L. Benhamias.

Des ressources propres favoriseraient la solidarité

Un « détail » reste encore à faire évoluer, celui des ressources financières de l'Europe. Le budget est « minime » estime Marie-Christine Vergias, mais il faudrait surtout qu'il soit propre. Il est alimenté actuellement, depuis la disparition des droits de douane, par des contributions volontaires des pays. En tant de crise, chacun essaie de récupérer au moins sa mise, entraînant « peu de solidarité entre tous », constate l'ensemble des intervenants à la table-ronde. Une taxe spécifique imposée dans tous les pays en lieu et place de ces contributions nationales renforcerait cette entraide par-delà les frontières. L'Europe retrouverait ainsi l'esprit que voulait lui assigner ses fondateurs. 

 

Jean-Marc Emprin