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Saint-Marcellin

Le petit fromage voit grand

Cinq ans après l’obtention de son IGP, le saint-marcellin affiche une nouvelle image, veut séduire les familles et accueille les producteurs fermiers tout en travaillant sur la qualité.
Le petit fromage voit grand

L'IGP saint-marcellin a fêté ses cinq ans en novembre dernier. Pour cette jeune appellation, l'année 2018 aura aussi marqué un tournant en matière de communication. Si l'identité du fromage ne fait aucun doute, il lui faut encore s'ancrer dans son territoire et « que tous les membres de la filière se sentent impliqués, a insisté Bruno Neyroud, le président du comité pour le saint-marcellin, lors de l'assemblée générale qui s'est déroulée le 26 mars à Saint-Marcellin. 2019 est l'année du démarrage du sentiment d'appartenance. »

Autre geste phare, le changement de système de cotisation devrait permettre à des producteurs fermiers d'intégrer l'IGP saint-marcellin. Si la collecte de lait et les ventes stagnent, en revanche, l'arrivée de nouveaux producteurs comble tout juste les départs. Le comité peut ainsi s'enorgueillir de l'arrivée de la ferme du lycée de La Côte-Saint-André, un signe important pour la filière et pour l'enseignement agricole. Mais ce sont surtout les producteurs de bleu du Vercors-Sassenage, qui ont aussi une production fermière de réplique de saint-marcellin, que le comité souhaite intégrer dans l'IGP en proposant un système de cotisation incitatif. Il faut dire que le saint-marcellin travaille en étroite collaboration sur le volet qualité avec l'autre fromage sous label isérois, le bleu du Vercors-Sassenage. Ils partagent la même zone de production, le même organisme certificateur depuis trois ans ainsi que les mêmes exigences techniques. Le saint-marcellin est désormais présent à la Fête du bleu.

Sec ou moelleux ?

Depuis 2018, le comité s'est lancé dans un plan d'actions à trois ans, avec l'appui de partenaires : chambre d'agriculture, départements, Région et un programme européen Leader. L'objectif est de redynamiser la filière, de travailler sur la qualité du produit ainsi que sa notriété et de créer de la valeur pour les producteurs et les transformateurs.

Un diagnostic de la filière réalisé en 2018 a fait apparaître un déficit de notoriété et donné quelques clés quant au positionnement marketing du fromage. Il devrait encore mieux séduire une clientèle jeune et familiale dans son berceau, c'est-à-dire le triangle Valence-Lyon-Grenoble. De sorte que l'année 2019 se poursuivra les actions sur la qualité, « qui est un moyen d'augmenter le prix payé au producteur », a souligné Bruno Neyroud. Pour accompagner les producteurs dans cette démarche, une commission ad hoc sera créée qui se penchera en premier lieu sur la qualité sanitaire des fromages au lait cru. De son côté, la commission organoleptique proposera de nouvelles séances de formation pour renforcer la professionnalisation du jury. « Ce travail sur la variabilité organoleptique du saint-marcellin, c'est-à-dire sa couleur, sa forme, sa fermeté et son goût, permettra de définir une échelle de variabilité pour un meilleur retour aux fabricants », a détaillé Sylvie Colombier-Marion, chargée de mission au Cism.

L'autre pépite

Reste encore « à expliquer au consommateur ce qu'est le saint-marcellin », a repris Sylvie Colombier-Marion. D'où une campagne de communication porteuse de ce message : « Il existe plusieurs saint-marcellin, il faut faire une force de cette diversité ». Elle a été confiée à l'agence Digimiam qui a fait naître un nouveau logo, plus moderne, et une nouvelle signature : « Sec ou moelleux ? Nature ou cuisiné ? A chacun son saint-marcellin ! » Un film promotionnel, réalisé avec les producteurs locaux, appuie le message. Le comité s'est aussi équipé de nombreux outils pour améliorer sa visibilité dans les manifestations et sa présence sur les réseaux sociaux. 

A l'issue de l'assemblée générale, Bruno Neyroud a rappelé aux élus, notamment à ceux de la communauté de communes, « qu'il n'y avait pas que la noix dans le secteur ». André Roux, le maire de Chatte en a convenu avec le souhait de « rééquilibrer les choses » entre les  « deux pépites » que sont la noix et les saint-marcellin. Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture, a félicité les professionnels « pour le travail conduit sur la qualité du lait et du fromage », rappelant qu'un signe de qualité est une force pour un produit, d'un point de vue commercial, pour sa reconnaissance et pour sa valorisation.

Isabelle Doucet

 

L'IGP saint-marcellin en chiffres en 2018

274 communes (Isère, Drôme, Savoie)

134 producteurs laitiers (5 de plus de 30 t et 10 de moins de 30 t)

Collecte de lait IGP saint-marcellin  : 41 millions de litres

Ventes de saint-marcellin 2 600 tonnes.

 

 

Stratégie / Sébastien Poncet reprend le troupeau familial de laitières et s'inscrit dans l'IGP saint-marcellin.

De la viande au lait

« Je reprends l'exploitation de mon père à l'été 2019 et je vais passer en IGP saint-marcellin », déclare Sébastien Poncet, éleveur à La Bâtie-Montgascon. Le président des JA Isère, réoriente totalement l'activité de son exploitation. Le contrat avec la laiterie Sodiaal tombera du fait du départ à la retraite de son père et l'éleveur a conclu un nouveau contrat avec la fromagerie Sainte-Colombe à Saint-Genix-sur-Guiers (73), qui produit du saint-marcellin et a été rachetée en 2013 par le groupe agroalimentaire italien Granarolo.
« Je souhaite valoriser le pâturage par le biais de l'IGP », explique l'éleveur dont le nouveau profil de l'exploitation présentera une SAU de 100 ha dont 60 ha en pâturages. « C'est une prairie naturelle qui ne peut pas être labourée. C'est une façon de valoriser l'herbe de l'exploitaiton et de garder le lait sur le territoire », ajoute-t-il.
L'exploitation compte 40 vaches laitières de race prim'holstein et produit 400 000 litres. L'objectif est de passer le troupeau laitier à 50 productrices et de réduire le troupeau de limousines. « Le seul changement dans le fonctionnement de l'exploitaiton sera de rajouter de l'herbe dans la ration afin de correspondre au cahier des charges de l'IGP », reprend Sébastien Poncet. Une orientation stratégique qui correspond au repositionnement de cette exploitation vers la recherche de l'autonomie alimentaire. « Les génisses sont déjà au parc, détaille l'éleveur. Les vaches sortent de début mars à novembre, mais le parcellaire autour de l'explotiation est limité et nous devons enfourrager pour l'été. »
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