Accès au contenu
Stratégie

Le Petit monétéron, histoire d'une transformation

Les deux jeunes associés ont procédé en un temps record aux transformations de la ferme qu'ils ont reprise pour pouvoir miser sur l'avenir en tant que producteurs laitiers.
Le Petit monétéron, histoire d'une transformation

Lové entre la route et la voie ferrée, à l'entrée de Monestier-de-Clermont, face à la gendarmerie, Le Petit monétéron, ex-ferme des Clarines, a su tirer parti de chacune de ses contraintes. Il fallait pour cela l'extrême jeunesse et la détermination sans faille de ses repreneurs, d'abord Jérémy Turi, puis Mélanie Longo. Les uns après les autres, le jeune couple a relevé tous les paris pour remettre à plat cette exploitation.

Transformation de l'étable

Son BTS ACSE en poche, Jérémy Turi recherchait en 2014 une ferme qui ne soit pas trop éloignée des Hautes-Alpes dont il est originaire. Hors-cadre familial, il découvre l'offre de la ferme des Clarines au RDI (1). « Cette structure me plaisait. Suite au remembrement, il y a un bon parcellaire et elle est située à proximité de Grenoble, ce qui facilite la vente directe. C'est un atout important », explique Jérémy Turi. Suit son stage de reprise pendant un an et demi et l'installation en 2016. « Seul, ce n'est pas évident », ajoute-t-il. La ferme se compose de 40 vaches laitières de race abondance à l'attache et de 125 ha de SAU. Le troupeau ne compte quasiment pas de génisse de remplacement et il n'y a pas de stock de maïs ensilage. « La première année, j'ai acheté trois génisses et j'ai commencé à changer quelques trucs dans le bâtiment. Il y avait des problèmes de cellules ». Le premier hiver, la traite se fait avec une salle de traite mobile et peu à peu l'étable est transformée en stabulation libre avec des logettes et des cornadis. Même l'hiver, les bêtes peuvent sortir sur la dalle à l'extérieur.

Un laboratoire pour faire des glaces

En 2017, Mélanie Longo rejoint Jérémy Turi après avoir obtenu son BPREA. La Gaec du Petit monétéron est créé au mois d'octobre de cette année-là. L'objectif des deux associés est de trouver de la valeur ajoutée. La priorité est donc donnée à la création d'un laboratoire pour transformer des glaces. Parallèlement, le bâtiment reste en travaux pour aménager une vraie salle de traite et ainsi gagner quatre heures de travail par jour. « C'est un confort pour nous et pour les animaux. Depuis, nous n'avons plus de problème de cellules ».

Les veaux sont logés dans des boxes aménagés dans une grange au-dessus du bâtiment principal. « C'est leur troisième hiver en box, précise Mélanie Longo. Depuis, nous n'avons plus de soucis ni de diarrhée, ni pulmonaires car avant, l'étable était trop humide. »

L'investissement total s'élève à 200 000 euros (50 000 pour la salle de traite et 150 000 pour le laboratoire qui a bénéficié d'un PCAE), financé par un emprunt. Pour ne pas se mettre dans le rouge, le jeune couple a eu recours à l'autoconstruction et n'a pas compté ses heures. « Le bâtiment et les terres sont en location. Nous n'avons pas eu à faire de gros investissements pour la reprise d'exploitation », explique Jérémy qui a seulement acquis le troupeau et le matériel (travail du sol et fenaison). Il s'est en outre équipé d'un DAC d'occasion et d'une mélangeuse surbaissée pour passer dans l'étable.

Des abondances et deux normandes

En deux ans, l'exploitation a été profilée pour permettre aux deux associés de se développer. Une apprentie est venue les épauler depuis septembre 2019. La production laitière s'élève à 220 000 litres dont 25 000 sont transformés. Le lait est livré à Sodiaal. « L'objectif en 2020 est d'accroître la production laitière par vache et de transformer 10 000 litres de lait supplémentaires », indique Jérémy Turi.

La production moyenne des vaches est de 6 000 litres (évolution de 6% selon le Contrôle laitier). Le TP s'établit à 32,5 et le TB à 37,5. Les vaches de race abondance appartiennent au schéma de sélection de l'OS. Toutes les génisses sont génotypées et certaines seront vendues prêtes. Les objectifs de la sélection sont le corps, le lait et les mamelles, l'éleveur appréciant les grandes vaches. Le curieux pourra déceler dans le troupeau deux prim'holstein qui cohabitent sans souci avec les abondances et surtout deux normandes dont la présence dans les Alpes est peu habituelle.

Système herbager

L'exploitation est basée sur un système herbager. Les vaches sortent le matin et sont rentrées le soir. Les habitants de la commune sont habitués à les voir traverser la route ou la voie ferrée deux fois par jour. « Ce qui nous oblige à être à deux », souligne Jérémy Turi. Sorties très tôt après l'hiver, les bêtes apportent un engrais naturel aux prairies. Les exploitants pratiquent le pâturage tournant avec une fauche des refus après la pâture et le passage de la herse étrille pour écarter les bouses. « J'achète le minimum de concentré. Pour limiter cet achat, je pratique l'ensilage précoce, autour du 15 mai, pour avoir un maximum d'azote dans la ration. J'ai fait quatre coupes cette année », explique l'éleveur. 

Il y a également 10 ha d'alpages à Gresse-en-Vercors pour les génisses. « Mais elles étaient un peu ensauvagées cette année, sans doute à cause du loup. J'y mets plutôt les plus âgées », explique l'éleveur. Enfin, la ferme dispose de 10 hectares de cultures pour la consommation des bêtes. Les rotations alternent trois années de céréales et trois à quatre années de prairies temporaires. « Je ne laboure plus, je passe déchaumeur, fumier et déchaumeur combiné », précise encore Jérémy Turi.

 

(1) Répertoire départemental pour l'installation

Isabelle Doucet

 

Transformation

Des glaces pour les marges

« Pour le moment, la transformation laitière ne dégage pas de marge mais permet de payer l'emprunt », explique Mélanie Longo qui s'occupe plus particulièrement de cet atelier. Le Petit monétéron propose onze parfums de glace, mais aussi du beurre et des bûches pour les fêtes, des crèmes dessert, de la crème et du lait, écrémé ou cru. La productrice est associée au magasin de producteur la Ferme d'ici à La Mure et vend ses produits aux points de vente collectifs de Claix, Saint-Ismier, Uriage ainsi qu'au petit magasin du Col du Fau où est installé le laboratoire et à Sinard. « Nous avons toujours voulu faire de la vente directe », insistent les éleveurs qui savent que c'est une condition de rentabilité pour l'exploitation.

 

 

Contrôle laitier / Dans le Trièves, l'assemblée générale de secteur a été l'occasion de faire le point sur l'autonomie fourragère.

Aller vers l'optimisation fourragère

L'assemblée générale d'Adice, qui s'est déroulée mi-novembre dans le Trièves, a été l'occcasion, comme dans l'ensemble des secteurs du Contrôle laitier (Adice), de présenter la nouvelle offre de service et l'harmonisation des prix. Conséquence : les factures augmenteront pour un tiers des adhérents et baisseront pour deux tiers, le point de bascule étant à environ 45 bêtes. Les petits troupeaux payeront un peu plus.
Durant cette réunion, le technicien d'Adice, Patrick Pellegrin, est intervenu sur l'adaptation des systèmes fourragers au changement climatique. « Il est bien important d'exploiter ce que l'on a avant d'essayer d'autres cultures », a-t-il lancé en introduction. Il conseille surtout d'optimiser les points forts d'une exploitation. Ses critères d'optimisation ou de cohérence de système sont d'abord le nombre d'UGB par hectare, puis la production laitière par hectare. « Il ne faut pas hésiter à vendre des vaches quand il n'y a pas de foin ». Il rappelle quelques règles de bon sens : plus l'herbe est récoltée tard et plus la MS est faible et moins les vaches font de lait. Plus l'herbe est jeune et plus les vaches produisent. Autre conseil : privilégier les UGB efficaces. Rien ne sert de s'encombrer de vaches à cellule ou de vaches taries trop longtemps car leur présence se traduit en termes de jours improductifs. Ils sont de l'ordre de 15 à 16% du temps de présence de la vache dans une exploitation. D'où l'intérêt de faire vêler les vaches suffisamment jeunes également. En agissant sur ces deux leviers, le renouvellement et l'âge du vêlage, la production peut varier de 6 400 litres à 8 400 litres par an et par vache.
Eviter le surpâturage
Avec le réchaufffement climatique, la gestion de l'herbe sera sûrement à reconsidérer. Certes, la pâture d'automne durera plus tard, mais il conviendra d'être vigilant pour les mois de juin, juillet et août où l'herbe ne poussera pas ou peu. Ce seront des périodes à considérer comme l'hiver avec un besoin de complémenter les animaux et un risque de surpâturage.
Deux éléments sont déterminants pour tirer le meilleur rendement des pâturages : respecter et protéger la hauteur de l'herbe à sa sortie avant de mettre des bêtes dessus et observer un temps de repousse qui ne pourra pas être inférieur à 21 jours. « Faire pâturer quatre fois 5 ha est plus efficace qu'une fois 20 ha », insiste le conseiller. Il préconise aussi d'alterner fauche et pâture, de faire du topping (pâture après la fauche) et au mois de mai, de faucher les refus à 15 cm. Fertilisation organique et chaulage sont les bienvenus suivant l'acidité des sols. Le test à l'acide sulfurique indique le taux de calcaire dès lors qu'il y a un bouillonnement. En l'absence de réaction, il convient d'apporter de la chaux.
ID