Le pisé, une terre d'avenir
« J'ai un mur en pisé qui s'effondre. Est-ce que je peux prendre la terre et recontruire ? » Franck Charreton sourit. « Absolument, répond l'artisan à la jeune femme un brin inquiète. Il suffit de tamiser la terre, de la mélanger à du sable et d'ajouter de l'eau. Une fois que le mélange est prêt, vous faites ce que vous voulez avec. Allez voir l'atelier d'initiation au fond de la grange. Ils vous expliqueront en détail. »
Spécialiste du pisé, Franck Charreton travaille d'ordinaire sur des chantiers de rénovation des bâtiments anciens. Ce samedi-là, il a troqué sa casquette d'artisan pour celle de pédagogue : avec quelques collègues, il participe au festival Grains d'Isère pour transmettre son savoir et sensibiliser le public à l'intérêt de la construction en terre crue. D'habitude, ce festival porté par l'Ecole d'architecture de Grenoble (Ensag) se déroule aux Grands Ateliers de Villefontaine. Cette année, il s'est délocalisé à Four, un village du Nord Isère qui vit depuis le mois de septembre au rythme d'un étonnant projet : la construction d'une maison pour tous en pisé. Une centaine d'habitants des environs sont venus visiter le chantier et participer aux ateliers pratiques, parfois par simple curiosité, plus souvent parce qu'ils ont un patrimoine en pisé à entretenir.
Réparer un mur en terre
Installés sous l'auvent d'une grange (en pisé bien sûr), les ateliers de découverte cohabitent dans une atmosphère de ruche. Des dizaines de passionnés, experts ou amateurs, échangent, discutent, montrent, démontrent, s'essaient et recommencent, sans se lasser. Au sol, des tas de terre, du matériel, des tamis, des taloches. Mourad, étudiant en architecture, tamise des kilos de terre grossière, tandis que Sébastien Moriset, du laboratoire CRAterre, explique comment faire de petites réparations sur un mur ou une clôture en terre. A l'extérieur, Martin Pointet, de l'association Amaco-Les Grands Ateliers, donne des cours de brique crue…
Venu de Bourgoin-Jallieu, Victor s'essaye aux enduits de terre. Ce fils de maçon a chez lui « un mur en pisé qui s'effiloche » et voudrait le remettre en état. Il sait tenir une truelle, mais ne connaît rien à la terre. Franck Charreton lui montre deux ou trois gestes. « Il faut commencer par humidifier le mur. Pour mouiller, il faut bénir son travail avec le pinceau. Ça gicle un peu, mais c'est efficace. » Victor selance et, très vite, se prend au jeu. Il envoie l'enduit d'un coup sec sur le mur, étale, lisse dans un sens, puis dans l'autre. Quelques minutes plus tard, l'apprenti s'étonne du résultat. « Je ne pensais pas arriver à faire quelque chose d'aussi lisse. Finalement le pisé, ça n'a pas l'air si difficile que ça. Mais il faut attendre huit jours pour être sûr du résultat. » Promis, il va essayer chez lui. Et puis s'il n'y arrive pas, qu'importe ? Il fera appel à l'artisan qui l'a initié : il a pris son numéro de téléphone.