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Bio

Le plan régional bio sous surveillance

Le comité bio de la chambre d’agriculture s’est réuni le 15 novembre dernier à la maison des agriculteurs. Si la filière séduit toujours autant, les investissements annoncés se font attendre.
Le plan régional bio sous surveillance

72, c'est le nombre de fermes passées en bio, toute filières confondues, en 2018 en Isère. Avec 600 producteurs estimés en bio ou en conversion début octobre dans le département, le bio séduit toujours autant. « On est au-delà des objectifs fixés au niveau régional », se félicite Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère. Au niveau régional, le plan de développement de l'agriculture biologique, lancé en 2017, a plutôt bien fonctionné. « La bio connaît une croissance de 11% au niveau de Rhône-Alpes. 32% de la part de la SAU certifiée en conversion est dans le secteur grandes cultures », explique Olwen Thibaud, conseillère à la chambre d'agriculture.
Le plan de développement comprend des actions de sensibilisation à l'agriculture biologique et un primo accueil pour les agriculteurs. « On a eu 45 sollicitations en 2017, dont 14 de la part d'éleveurs de bovins allaitants. Souvent, leurs élevages extensifs sont déjà proches de la réglementation en bio mais ils ne se convertissent pas en raison de la vente de broutards qui n'est pas une filière structurée », argumente Olwen Thibaud. En 2018, la chambre d'agriculture a répondu à 37 sollicitations.

Objectif légumes

Le plan prévoit aussi une aide pour les agriculteurs en conversion, à travers une prise en charge de la certification à 50% pendant trois ans maximum. « Il n'y a pas eu de paiement depuis 2015... » précisent les intervenants autour de la table. Claude Aurias, conseiller délégué à l'économie de proximité au conseil régional, venu faire le point sur l'avancée du plan régional bio, rassure : « ça se décante ». Il y a aussi une aide aux investissements des producteurs bio et en conversion pour le matériel spécifique agricole. « Tous les dossiers sont acceptés mais les instructions sont décalées dans le temps », explique Olwen Thibaud. « Il faudrait que les commissions soient plus régulières ou que les agriculteurs reçoivent une assurance de paiement pour rassurer les banques », suggère Jean-Claude Darlet.
Le secteur qui pose le plus questions semble être celui des légumes. Sur les 72 nouveaux engagements en bio du département, 24 sont en maraîchage, 12 en légumes, 12 en fruits. « Les légumes provenant de l'agriculture conventionnelle manquent cruellement dans le département. Pourtant la demande est là en restauration collective », explique Adrien Petit, directeur du développement du Cluster bio. Les engagements en bio ne signifient pas non plus que la filière est parfaitement alimentée. « Les magasins bio sont au cœur de notre système et on a beaucoup de mal à trouver des produits bio locaux adaptés sur des petits volumes », explique Adrien Petit. « On est un gros marché de consommateurs et la demande va vers la vente directe », explique Vincent Gay, vice-président d'Adabio Isère. « Il manque une petite carotte pour aller dans les GMS », confirme Adrien Petit.

Accompagner pour investir

Si « l'agriculture est une économie de proximité » pour Claude Aurias, l'accompagnement semble faire défaut pour les intervenants autour de la table. Entre les différentes aides et le fond de soutien aux entreprises, les possibilités de financements sont nombreuses et appréciées par chacun, mais il manquerait un maillon de la chaîne. « Le temps de réflexion d'une entreprise avant l'investissement n'est pas pris en compte dans les financements. Or, une petite entreprise n'a pas le budget pour mener une étude d'impact », déplore Thibaut Péclet, chargé de mission en agriculture biologique chez Coop de France. « Lorsqu'on finançait le temps de réflexion, seulement 20 à 30% des projets aboutissaient », précise Claude Aurias. « C'est mieux que de mener un gros investissement pour déposer le bilan ensuite, explique Sophie Guillon, élue à la chambre d'agriculture, il faut accompagner la personne dans ses investissements, il faut un accompagnement humain ». Claire Heinisch, animatrice chez Adabio, a aussi rappelé l'importance d'accompagner les agriculteurs directement pour les rassurer et répondre à leurs interrogations.

Virginie Montmartin