Le Pôle viande loin d'être abattu
Pour son premier anniversaire, le Pôle viande coopératif de Grenoble a le triomphe modeste. L'embellie de 2013 (2 700 tonnes de carcasses abattues en 2013, soit 579 tonnes supplémentaires, correspondant à une progression d'activité de 28%) représente une jolie performance à l'heure où la plupart des abattoirs de France baissent en tonnage. Mais, face à la petite cinquantaine d'usagers venus souffler cette première bougie, Eric Rochas, éleveur à Méaudre et responsable du Pôle, ne tient pas à crier victoire trop vite. « Ce ne sera pas tous les ans comme ça, prévient-il. Ces résultats s'expliquent par le fait que les clients continuent à nous faire confiance et que d'autres nous ont rejoints. C'est d'autant plus encourageant que nous revenons de loin. On a passé une bataille, mais la guerre n'est pas encore gagnée. »
Mutation
Chacun sait qu'il reste encore beaucoup à faire pour que l'abattoir de Grenoble atteigne l'équilibre. Et plus encore pour qu'il devienne rentable. Entamée l'an dernier, la mutation est en cours. La nouvelle équipe a mis en place une nouvelle organisation du travail, en concertation avec les salariés du Pôle, et entrepris quelques petits travaux (réfection de la triperie, des parcs à porcs, création d'un parc ovin, amélioration de l'éclairage...). Le gros du chantier doit démarrer en septembre. Initialement prévu pour une capacité d'abattage de 10 000 tonnes par an, l'abattoir va en effet être redimensionné en fonction de son potentiel actuel, estimé entre 2 000 et 2 500 tonnes. L'idée est de baisser drastiquement les charges de fonctionnement, et notamment les coûts énergétiques, véritable gouffre financier, et de simplifier le travail, tant pour les éleveurs que pour les salariés.
Concrètement, il est prévu de réduire d'un tiers la surface totale de l'abattoir et de mettre en location les espaces ainsi libérés. Le pôle viande proprement dit va être réagencé et remis aux normes. S'il n'est pas question de toucher à la chaîne d'abattage porcine, déjà performante, la chaîne bovine fera l'objet d'une simple remise aux normes. Quant à la chaine ovine, « elle va être reprise à 100% », annonce Eric Rochas. La part la plus importante des investissements se situe au niveau des frigos. « Le froid, c'est le nerf de la guerre, estime le responsable du Pôle. Nous allons optimiser les capacités et dimensionner les volumes de froid en fonction du nombre d'animaux que nous traitons par jour ». Dans les faits, cela va se traduire par l'aménagement d'un nouveau tunnel de ressuyage au sein du hall d'abattage, la reconversion de l'actuelle salle de ressuyage en stockage et la mise en sommeil de plusieurs frigos. A noter également, le réaménagement des vestiaires et des sanitaires pour les salariés, ainsi que la création de « locaux sociaux » pour les clients.
Augmentation de la redevance
Montant total des travaux : 2 millions d'euros. L'enveloppe est financée par le Symaa (1), propriétaire de l'abattoir, avec une aide de 400 000 euros promise par la région Rhône-Alpes. Mais Eric Rochas ne tient pas à ce qu'on reproche au Pôle viande coopératif de vivre des subsides publics : « Nous allons rendre euros pour euros, prend-il le soin de préciser. Le Pôle va rembourser les investissements du Symaa au travers de la redevance d'usage payée par les usagers. » Autrement dit par le tonnage. Ce qui ne va pas empêcher une augmentation de ladite redevance.
L'autre grand changement au sein du Pôle concerne le personnel. En 2013, l'équipe d'abattage s'est étoffée de trois personnes (dont l'une pour remplacer un départ à la retraite). A la découpe, le travail a été réorganisé et un chef de produit embauché. Responsable de la sortie des abats et des carcasses, celui-ci est donc tenu de contrôler la qualité du travail effectué en salle de découpe. Les clients sont nombreux à attendre des améliorations dans ce domaine. « Il faudrait être plus professionnel, notamment pour le travail de piéçage, relève un éleveur. Ce n'est pas régulier. Il y a des jours où ça va, d'autres où c'est moins bien. » Un producteur bio ajoute : « Les prestations se sont améliorées, mais il y a encore du travail. Par exemple, pour nous, en bio, la machine n'est pas équipée pour que le logo AB apparaisse. » Chacun y va de sa remarque... « Pour la chaîne ovine, il faut bien faire attention à certains détails, prévient un éleveur de La Côte-Saint-André. J'ai déjà récupéré des carcasses souillées par de la laine. » Un autre se plaint des délais d'attente. « Nous vous demandons d'annoncer vos abattages le plus tôt possible, répond Eric Rochas. Si les délais sont trop importants, on embauchera des tâcherons à la semaine. »
Pour l'équipe du Pôle viande, ces retours critiques ont du bon. Ils sont le signe d'un regain d'intérêt, d'une confiance en train de se réinstaller. « Le bouche à oreille fonctionne, se félicite Bénédicte Meyer, chevillarde et membre du comité du direction. Beaucoup de clients reviennent, d'autres sont nouveaux. On sent aussi une meilleure motivation du personnel qui s'implique beaucoup. L'ambiance est meilleure. Ça commence à se savoir. » Prudente, l'équipe ne compte pas cette année sur une progression aussi fulgurante que celle de 2013. Mais 2014 s'annonce tout de même plutôt bien.
(1) Le Symaa (Syndicat mixte Alpes abattage) est détenu à 51% par le conseil général de l'Isère et à 49% par la ville de Grenoble.