Le Pôle vise 10% du marché alimentaire isérois
Lancé en novembre dernier, le Pôle agroalimentaire isérois a tenu sa première assemblée générale le 20 mai dans les locaux de la chambre d'agriculture. Dans la salle, une quarantaine de professionnels, des producteurs et des transformateurs bien sûr, mais aussi des élus, des réprésentants des chambres consulaires, des distributeurs, des restaurateurs, bref, l'ensemble des composantes du tout nouveau bras armé de la production locale iséroise. « On ne réalise pas quelque chose de novateur si on n'associe pas tout le monde », a rappelé en introduction le président du Pôle, Pascal Denolly.
Massifier l'offre
Au menu des discussions ce jour-là, trois chantiers : étoffer l'offre, travailler sur les questions de logistique et surtout sécuriser la relation entre fournisseur et distributeur, via la contractualisation. A présent que la marque Is(h)ere est entrée dans les écrans radars des consommateurs et des enseignes, l'enjeu, pour le Pôle, est en effet de massifier l'offre de produits (438 ont été agréés à ce jour), de fluidifier les mises en relation et de garantir à chacun un partenariat gagnant. « Nous avons un trésor qui s'appelle la marque Is(h)ere, a insisté Pascal Denolly. Il faut s'en servir pour parvenir à faire du business. »
En se basant sur les dépenses annuelles des ménages en produits alimentaires (panel Kantar 2017), il apparaît que le panier moyen isérois de produits agréés marque Is(h)ere (viande, charcuterie, produits laitiers, œufs, fruits, légumes) pourrait atteindre 1 222 euros par an. Si l'on multiplie cette somme par le nombre de foyers (550 000 en Isère), en théorie, le marché est évalué à 670 millions d'euros. De quoi faire rêver les plus sceptiques.
Les objectifs à court terme du Pôle agroalimentaire n'en demeurent pas moins prudents. Les projections font ressortir que si 5% de la population iséroise réalisait 10% de ses achats annuels en grandes surfaces (1) sous la marque Is(h)ere ou sous signes d'origine et de qualité (noix de Grenoble, bleu du Vercors, saint-marcellin...), cela pourrait représenter un chiffre d'affaires de 2,4 millions d'euros d'ici l'an prochain. Avec 20% d'Isérois réalisant 5% de ces mêmes achats, le chiffre s'élèverait à 5 millions en 2024. « Mais si c'est pour en rester là, ce n'est pas la peine se lever : l'objectif, c'est de faire dix fois plus », affirme le président du Pôle, qui entend bien peser 5 à 10% d'un marché estimé à près de 600 millions d'euros.
Les responsables des grandes surfaces lui apportent un soutien sans faille, tout en soulignant l'importance de la visibilité. « La finalité, c'est que tous les produits portent l'autocollant de la marque. Mais c'est vrai que ça a un coût », reconnaît Louis Simone, gérant de deux Intermarché et membre du conseil d'administration du Pôle. De leurs côtés, les restaurateurs demandent à avoir les moyens d'indiquer, sur leurs vitrines ou leurs menus, que les produits qu'ils travaillent sont agréés Is(h)ere.
Cercle vertueux
La machine est donc bien en route. Pour qu'elle monte en puissance, il faut étoffer l'offre et placer les relations entre producteurs et distributeurs sous le signe de la confiance. Tout cela est en train de se mettre en place, mais il reste de grosses résistances dans certains secteurs. « A nous de battre en brèche les a priori hérités des décennies passées et de construire un cercle vertueux, propose Pascal Denolly. Il faut qu'on parvienne à se dire : "J'ai une offre, vous avez un besoin, comment fait-on ? " Chacun doit bouger. »
Pour avancer sur ces dossiers, deux groupes de travail ont été constitués. L'un sur la logistique, l'autre sur la contractualisation. Le premier vise à travailler sur l'acheminement de la marchandise, les coûts de transport et la possibilité de « tisser une toile d'araignée logistique » qui permette de mailler au mieux le territoire, selon Bernard Colonel-Bertrand, le directeur du Min de Grenoble. Quant au chantier de la contractualisation, il s'agit de « restaurer la confiance cassée par des années de guerre des prix très forte », mais aussi de créer les conditions pour « remplacer la carotte ou la mâche nantaises par des productions locales ». L'idée de rédiger une sorte de contrat-type fait son chemin, mais on est encore loin d'une rédaction qui fasse consensus, car il reste de nombreux obstacles, juridiques notamment.
Marianne Boilève
(1) Les grandes surfaces représentent 73 % des ventes en valeur.