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Filère bois

Le PPRDF s'éteint sur fond d'embellie économique

Pendant six ans, le Plan pluriannuel régional de développement forestier a permis d'accélérer la mobilisation de la ressource et de développer le réseau de dessertes forestières.
Le PPRDF s'éteint sur fond d'embellie économique

Lancé en 2011 pour améliorer la production et la valorisation économique du bois, le Plan pluriannuel de développement forestier (PPRDF) a pris fin au 31 décembre. Globalement, le dispositif régional a permis de mettre en place de nombreuses actions destinées à améliorer la mobilisation des bois dans les massifs forestiers insuffisamment exploités. En Isère, l'accent a été mis sur la massification des chantiers et sur la création de dessertes forestières. Le travail a été réalisé par les différents acteurs de la filière, à savoir le Service interdépartemental de la forêt (SIF), les propriétaires forestiers, les professsionnels et les communes forestières.

Le SIF, qui regroupe depuis 2016 douze Equivalents temps plein répartis entre les chambres d'agriculture de l'Ardèche, de l'Isère et des Savoie, a concentré ses efforts sur des actions dites « structurantes ». A ce titre, il a développé le conseil aux propriétaires forestiers privés (212 entre 2016 et 2017), les chantiers d'exploitation groupés (55 pour la même période), la mobilisation de la ressource pour l'approvisionnement des chaufferies et industries locales en bois énergie (sept chantiers) et la création de dessertes forestières. Depuis 2015, une dizaine de projets de desserte ont ainsi vu le jour, ce qui représente plus de 8 kilomètres de route forestière pour le passage des grumiers, plus de 10 kilomètres de piste réalisés et l'aménagement de 13 places de dépôt. En termes d'animation, il a fallu contacter les propriétaires pour les inciter à adhérer à la démarche, délivrer des autorisations de passage et participer symboliquement au financement des travaux (environ 300 euros/hectare), généralement soutenus à hauteur de 40 à 80% par l'Etat, les collectivités et l'Europe, précise David Billaut, conseiller forestier à la chambre d'agriculture de l'Isère.

Stratégie de massification

Pour valoriser au mieux les bois et rentabiliser les chantiers, le SIF s'est également lancé dans une stratégie de massification. « Notre travail consiste à regrouper les propriétaires pour rendre l'exploitation viable et cohérente de façon à l'ancrer dans une gestion durable, indique David Billaut. La massification permet une sélection plus fine et de valoriser au mieux ce qui peut être tiré de la forêt. A partir du moment où les propriétaires sont regroupés, nous les dirigeons vers des acheteurs, de type Coforêt ou autres, qui sont intéressés par la cohérence du lot. » L'objectif est de mobiliser 15 000 mètres cubes par an. On y est presque. En tout cas, la dynamique est lancée. Dans le seul secteur de Belledonne, le service Forêt était parvenu à intéresser 48 propriétaires pour la période 2015-2016, soit 88 parcelles, 33 hectares et 4 000 mètres cubes mobilisés, dont 315 de bois énergie. En 2017, on est passé à 62 propriétaires, 114 parcelles, 78 hectares  et 4 455 mètres cubes mobilisés.

On constate une progression semblable sur tout le territoire, que ce soit en Oisans, dans le secteur Trièves-Beaumont-Matheysine-Valbonnais ou en Chartreuse. « Ça monte en pression », se félicite David Billaut. Parallèlement, le technicien note une hausse de la demande en bois énergie, notamment dans la métropole grenobloise. A cela s'ajoute, depuis trois mois, une reprise économique, qui tire les prix du bois vers le haut. « Depuis septembre, on perçoit un début d'embellie à l'échelle internationale qui se répercute au niveau national, confie Bruno Bletton, responsable du Service interdépartemental de la forêt. Localement, le PPRDF s'arrête, mais un autre dispositif va prendre la suite. C'est le moment de profiter du décollage de l'activité économique et de surfer sur la dynamique. » 2018 s'annonce belle pour les tronçonneuses.

Marianne Boilève
Trièves / Une douzaine d'hectares regroupant une soixantaine de parcelles pourraient être valorisés dans la commune de Sainte-Luce.

Une valorisation en bois massif

C'est un coup de téléphone qui a tout déclenché. Il y a quelques semaines, Eric Charles, qui possède deux petites parcelles dans la commune de Sainte-Luce, contacte Rémy Mallein. Le propriétaire demande au conseiller forestier de la chambre d'agriculture son avis concernant la valorisation de ses bois. « Ils se trouvent dans une futaie régulière, constituée de hêtres de gros diamètre, décrit le technicien. Sur ces deux parcelles seules, il n'y avait rien à faire. Mais je me suis intéressé à toute la zone : si les propriétaires jouent le jeu, on peut réunir une soixantaine de lots et mobiliser 12 hectares pour produire du bois de chauffe. » Une opération dite de massification qui, d'un coup, prend tout son sens.
Très vite, Rémy Mallein fait des recherches au cadastre, retrouve le nom des 47 propriétaires concernés et leur envoie un courrier précisant la démarche. Certains habitent sur place, d'autres dans les environs de Grenoble ou de Gap, à Paris ou dans le Jura. Il y en a même qui ignorent être propriétaire de parcelles... Une vingtaine d'entre eux se sont déjà dits intéressés. « Ils le sont parce qu'ils ont les mêmes problèmes que tout le monde : ils ne savent pas toujours où sont leurs parcelles et se doutent que, seuls, ils ne peuvent pas en faire grand chose », explique le conseiller forestier. « La massification, c'est un super truc, ajoute Eric Charles. Ça nous permet d'exploiter nos forêts de façon rentable, parce qu'envoyer un bûcheron pour 10 m3, ça ne vaut pas le coup. »
Si les propriétaires se disent majoritairement favorables au projet, l'opération de massification pourrait être réalisée dès l'an prochain. Un chemin forestier, aujourd'hui perdu dans la broussaille, traverse toute la zone. « Il suffirait d'un bon coup de pelle pour le remettre en état et assurer la desserte à peu de frais afin d'exploiter les bois », fait valoir Rémy Mallein. Qui s'apprête à relancer tous les propriétaires d'ici la fin du mois.
MB