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Comité loup

Le préfet exige des résultats

Lors du Comité réuni le 27 novembre, le préfet s'est dit prêt à dégager les moyens nécessaires pour accentuer la pression sur le prédateur. Il a également appelé ses services à simplifier les démarches administratives pour les éleveurs.
Le préfet exige des résultats

« Le préfet a été d'une autorité toute préfectorale. Nous sommes plutôt contents... » Changement de ton et d'attitude depuis quelques mois en préfecture : le nouveau représentant de l'Etat demande des comptes à tout le monde, aux professionnels comme à son administration. Après la présentation du bilan 2017 par Jérôme Patrouiller, chargé de mission Pastoralisme et grands prédateurs à la DDT, Lionel Beffre a fait part de son étonnement, voire de son agacement. Toujours plus d'attaques déclarées (223 en date du 21 novembre) et de victimes constatées (733 contre 721 en novembre 2016), toujours plus de tirs autorisés (1) et... aucun loup prélevé.

Soulagement des éleveurs

« Je ne comprends pas », a déclaré le préfet. « J'accorde les autorisations nécessaires et il n'y a aucun loup tué en Isère, alors que les Savoyards y parviennent. Avez-vous des explications à me donner ? », a-t-il demandé au représentant des lieutenants de louveterie. Celui-ci a botté en touche. Les tirs de défense renforcée ont bien été « mis en œuvre par les lieutenants de louveterie, avec l’appui des chasseurs formés à l’échelle du département (plus de 1 000) et sous le contrôle de l’ONCFS ». Mais les louvetiers isérois, contrairement à leurs homologues savoyards, ne disposent pas du matériel adéquat et suffisant pour remplir leur mission (tirs de jour et de nuit). De plus, ils sont confrontés à de multiples complications qui vont des questions d’accessibilité (alpage de la Ferrière) aux « difficultés à mobiliser les chasseurs locaux en appui » (à Villard-de-Lans), en passant par les « difficultés liées aux modes de conduite des troupeaux » et la « disponibilité limitée des louvetiers » eux-mêmes. « Si vous manquez de moyens, on va vous en donner », a décrété en substance le préfet qui semble vouloir prendre le problème à bras le corps, au grand soulagement des éleveurs et des élus.

Autre point crucial abordé : les chiffres. Les éleveurs ont demandé combien il fallait de patous pour être considéré comme protégé d'un point de vue légal. Officiellement, il n'existe que des recommandations mais, curieusement, l'administration peut décréter qu'un nombre de chiens est insuffisant. Au regard de quel critère ? Mystère. L'estimation de la population de loups sur le territoire pose également problème. D'après les rencensements effectués par l'ONCFS en 2016, il y avait une petite quarantaine de loups en Isère, et près de 70 en 2017, répartis en une dizaine de meutes dont quatre nouvelles ont été « validées » au cours de l'été 2017 (2). Patrice Marie, berger et membre de l'Association des éleveurs et bergers du Vercors Drôme-Isère, a relevé « l'étrangeté » des chiffres annoncés au regard du nombre d'attaques. « Ce n'est pas cohérent », a-t-il souligné. Après un rapide calcul, Annette Jouvent, membre de la même asssociation, fait remarquer que « ça fait plus de 20 % d'augmentation : soit ils se sont trompés dans les calculs l'an dernier, soit les loups ont fait beaucoup plus de petits... »

Prélèvements

Faisant allusion à la récente étude mettant en évidence l'hybridation des loups sur le territoire national, l'éleveuse à la retraite a également demandé au préfet qu'en cas de loup tué en Isère, trois prélèvements soient effectués : un pour les services de l'Etat, un pour le laboratoire Forgen (à qui le collectif commande ses analyses sur l'hybridation) et un mis sous scellé au cas où les résultats des deux laboratoires ne concorderaient pas. « Je n'y vois pas d'inconvénient », a répondu le préfet.

Suite au témoignage de Julien Van Ee, éleveur dans le Trièves qui s'est plaint du nombre de documents administratifs à fournir pour être indemnisé (documents déjà en possession de l'administration...), le préfet a haussé le ton et rappelé à ses services que le président Macron avait demandé de la simplification... Et d'en profiter pour ajouter qu'il trouvait « inadmissibles » les délais d'indemnisation. « Je veux que les dégâts subis en 2017 soient réglés en 2017 », a-t-il martelé. Une détermination qui satisfait les éleveurs, même si Baptiste Blanc, JA 38 en charge du dossier loup, relève qu'«on est quand même bloqué avec le nouveau Plan loup qui ne nous satisfait pas du tout ». La profession l'a d'ailleurs rappelé au ministre de l'Agriculture en manifestant lundi, rue de Varennes.

Marianne Boilève

(1) 134 tirs de défense simple en vigueur fin 2017 (contre 62 fin 2016), 4 tirs de défense renforcée  (2 à La Ferrière, 1 à St-Maurice-en-Trièves, 1 à Villard-de-Lans) et 2 tirs de prélèvement.

(2) Une dans le secteur Vercors-nord/ Royans (reproduction détectée ; 11 attaques), une dans le secteur Oisans-ouest (reproduction détectée ; 15 attaques), une dans la zone (Taillefer/ Grand-Serre (reproduction détectée ; 21 attaques) et une dans le Belledonne-centre, Haut-Breda (reproduction détectée ; 18 attaques)