le principe du ver de terre
Qui sont ces papillons ? Que font les abeilles ? Quels invertébrés sont utiles à l'agriculture ? L'observatoire agricole de la biodiversité a été mis en place en 2009 sur l'initiative du ministère de l'Agriculture pour mieux connaître la biodiversité ordinaire en milieu agricole. En fonction des régions, il est piloté par des acteurs ou groupes d'acteurs sous l'égide des chambres d'agriculture. La coordination scientifique est confiée au Muséum national d'histoire naturelle et à l'université de Rennes. En Isère, où il a été lancé en 2012, il est piloté par la Frapna. Une quinzaine d'agriculteurs sont impliqués dans le dispositif.
« Nous avons commencé par le Trièves il y a trois ans, où nous réunissons beaucoup d'agriculteurs bio, avance Hélène Foglar, de la Frapna. Cette année, nous bénéficions du soutien de la Métro. » L'observatoire a lancé une études sur cinq exploitations et six parcelles de l'agglomération grenobloise afin de réaliser un échantillonnage de la plaine. « Dans le cadre du contrat herbe-eau passé avec la Région, et avec le soutien du Département, nous menons une réflexion sur la trame verte et bleue et plus particulièrement sur les invertébrés, détaille Thierry Loeb, chargé de mission agriculture à la Métro. C'est une façon d'approcher l'agriculture sur le volet biodiversité, qui doit se traduire en retombées économiques. »
Lors d'une journée de découverte et d'échanges organisée début novembre au lycée horticole de Saint-Ismier, les spécialistes ont porté l'accent sur les principales espèces dont l'observation sert d'indicateur à l'évolution de la biodiversité.
Ingénieurs de l'écosystème
Lætitia Masson, de la chambre d'agriculture, est intervenue sur la vie du sol « vue comme un milieu vivant ». Elle a rappelé que « 20 à 40% de la matière organique contenue dans le sol est composée d'organismes vivants ». Même si cette matière organique ne représente pas plus de 10% du sol, cela fait déjà du monde, depuis les micro organismes, c'est-à-dire les bactéries, jusqu'à la méga faune avec ses vertébrés. « Chacun a son rôle et agit en fonction des sols », relève la conseillère. Parmi les généralistes, on retient les vers de terre, les fourmis ou les termites. On rencontre aussi des détrivores comme les cloportes, les diplopodes ou les collemboles. Ce sont aussi des prédateurs ou régulateurs : protozoaires et nématodes dans la microfaune ou carabes, araignées, acarien et myriapodes dans la macrofaune. Sans oublier les ingénieurs chimistes, champignons et bactéries, et enfin, les parasites. La spécialiste du sol s'est penchée sur les « ingénieurs de l'écosystème dont les plus connus sont les vers de terre ». Ils aiment les sols riches, limoneux, le semis direct, les rotations les couverts végétaux et l'irrigation. Ils le rendent bien en favorisant le macro brassage, l'aération des sols, le drainage et la formation d'agrégats organo-minéraux. Ils sont aussi acteurs de la décomposition de la matière organique et facilitent le développement racinaire.
Texture du sol
« Le calcul du taux de matière organique (MO) donne une idée de la nature du sol, reprend Lætitia Masson. Cependant un taux faible ne veut pas dire que le sol fonctionne mal car il peut s'agir d'un sol sablonneux avec une minéralisation forte. » De la même façon, un fort taux de MO peut être révélateur de problèmes de fonctionnement. Les différentes analyses de sol portent sur le calcul du pH (compris entre 6 et 7 au mieux) et la granulométrie qui informe sur la texture du sol et sa capacité de minéralisation. L'Ismo, indice de stabilité de matière organique, mesure l'évolution de la minéralisation des sols. Enfin, la teneur en biomasse microbienne s'évalue en calculant la quantité de carbone par kg de terre. En agriculture, elle diffère beaucoup en fonction de la nature du sol, de son occupation, des conditions climatiques et du moment du prélèvement. Sans oublier la mesure de la présence des vers microscopiques que sont les nématodes. Lætitia Masson a rappelé que des analyses complètent représentent un coût, en raison du passage en laboratoire (jusqu'à plus de 1 000 euros pour un kit complet). Restent les observations terrain, comme le litter bag, à travers lequel on observe la dégradation de la matière végétale, ou le bon vieux test à la bêche.
Isabelle Doucet
Abeille et carabes
Les pollinisateurs sauvages sont un des grands domaines d'observation de la biodiversité. « Il y a presque 1 000 espèces en France », indique Hugues Mouret de l'association lyonnaise Arthropologia. Ces insectes sortent tout au long de l'année selon plusieurs modes de récoltes. Les bourdons ne sont que 50 espèces et les abeilles mellifères, une seule. Le spécialiste souligne une possible concurrence entre les abeilles sauvages, meilleures pollinisatrices, et les abeilles domestiques, plus fortes, plus nombreuses, mais moins efficaces dans le processus de pollinisation. Il rappelle les causes du déclin des pollinisatrices : artificialisation des milieux, raréfaction des habitats, pesticides, pollutions, introduction de pathogènes etc. Pour favoriser leur présence dans la nature, les abeilles ont besoin de zones refuge comme les espaces en friche, les talus, les haies ou les bosquets.L'autre grande famille témoin de la biodiversité des sols est celle des carabes. Ils sont environ un millier en France. Ces coléoptères sont capables de vivre un à trois ans, « ce qui est énorme pour un insecte », précise Yann Vasseur du bureau d'étude FFE. En Auvergne-Rhône-Alpes, c'est le carabe doré qui domine. Il est carnivore et cannibale. On trouve aussi le carabe bijou dans les prairies de fauche, et l'harpale à pattes rousses dans les zones cultivées. L'intérêt des carabes en agriculture est pluriel : ils fournissent la nourriture aux autres animaux ; font un travail de fouissage du sol, sont prédateurs de nombreux ravageurs et consomment les graines d'adventices. Mais ils sont aussi en danger du fait de la mécanisation, des pesticides, de la disparition des haies, de la déprise agricole et de l'évolution climatique. Les remèdes sont ceux des maux.ID