Le prix : un combat en marche avant
Ça progresse, mais ce n'est pas encore tout à fait ça. Tel est en substance le message qu'a fait passer Christiane Lambert à Monique Limon, députée En marche de la 7e circonscription, lors du débat sur l'impact des Etats généraux qui a ouvert la session publique du congrès de la FDSEA de l'Isère, jeudi 12 avril. Alors que le texte du projet de loi sur l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire est en cours d'examen à l'Assemblée nationale, Pascal Denolly et Christiane Lambert ont relevé les avancées du texte, mais en ont également pointé les limites.
Le syndicaliste isérois a commencé par évoquer la problématique du prix. « La construction du prix en marche avant, prenant en compte les coûts de production, c'est le cœur de la machine, a-t-il rappelé. Elle s'est concrétisée avec les Etats généraux, mais nous la portons depuis longtemps. Souvenez-vous du bloquage des plateformes régionales de distribution en février 2016. A la suite de notre mobilisation, Michel Joux était allé négocier avec les patrons des centrales d'achat, qui avaient accepté le principe d'un prix partant des coûts de production. Pour moi, c'est le point de départ des Etats généraux. La loi en prépararion va exiger de se référer au coût de production pour construire le prix. Oui, mais quel coût de production ? Où est-ce qu'on le fixe ? Dans les filières ? Au sein de l'Observatoire des prix et des marges ? Expliquez-nous, madame Limon... »
Compétences
Rôdée à l'exercice, la députée se montre pédagogue. « Nous souhaitons pouvoir inscrire le coût de production dans la loi, confirme-t-elle. Cela se fera en deux étapes. La première sera confiée aux filières et aux interprofessions, la seconde se fera entre le transformateur et le client, autrement dit le distributeur. Pour les indicateurs, nous ne souhaitons pas revenir à une économie administrée. Nous voulons considérer la profession dans ses compétences et lui donner les meilleurs outils possibles, pas prendre sa place. Cela dit, nous renforcerons le rôle de l'Observatoire pour qu'il puisse réguler les choses. » Ce décryptage, aussi clair soit-il, a laissé sceptiques les syndicalistes. « Le monde est à la bagarre plus qu'à la bienveillance : il faut des outils coercitifs », insiste Pascal Denolly.
De son côté, Christiane Lambert rappelle le « travail de titan » qu'ont généré les Etats généraux et salue, au travers du projet de loi, de réelles améliorations. « Avant il était question de "faire référence" aux coûts de production, aujourd'hui il s'agit de les prendre en compte. C'est bien. Mais un bout de phrase me gêne. C'est quand il est écrit dans le projet de loi que « les parties peuvent utiliser tous indicateurs disponibles ou spécialement construits par elles ». Cela veut dire qu'Intermarché ou Leclerc peuvent aussi contruire leurs indicateurs. Nous demandons que les interprofessions définissent les coûts de production et que l'Observatoire décide des indicateurs. » La syndicaliste prend soin de préciser que les agriculteurs ont tout un « travail d'organisation à faire », pour qu'ils soient plus structurés, donc plus efficaces. « Si on veut peser plus, il faut être capable de se rassembler plus », argue-t-elle en citant l'exemple de la filière oléoprotéagineuse.
Plus vert, plus cher
Concernant l'encadrement des promotions, la FNSEA aimerait également que le législateur aille plus loin. « Que les promotions soient plafonnées à 34 % de la valeur et à 25 % du volume annuel, c'est très bien, concède Christiane Lambert. Mais proposer d'expérimenter le dispositif sur deux ans, c'est un peu mou. Il faut que ce soit décrété par ordonnance pour que ça aille vite et que tous les produits alimentaires soient concernés, y compris les marques de distributeurs et les pet food. » Cohérente et pugnace, la présidente fait remarquer au passage que les consommateurs sont en train de changer leurs comportements d'achat et que la profession gagnerait à surfer sur cette attention nouvelle portée à l'origine et à la qualité des produits. « On voit des gens changer d'enseigne pour aller acheter du lait C'est qui le patron?!. La qualité, on sait faire. Mais attention aux associations de consommateurs qui veulent plus pour moins cher. Rappelons-leur que si c'est plus vert, c'est plus cher ! »
Marianne Boilève
Les débats ont également porté sur les phytos et la séparation entre le conseil et la vente. Voir le dossier en pages 6 et 7.