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Economie

Le saint-marcellin cherche sa voie

L'assemblée générale du comité pour le saint-marcellin a fait état des difficultés de la filière et de sa volonté de gagner en notoriété.
Le saint-marcellin cherche sa voie

Trois ans après l'obtention de son IGP, le saint-marcellin peine encore à asseoir son développement. Le petit fromage soufre de déséquilibres touchant plusieurs niveaux de la filière. Il est également pénalisé par une conjoncture laitière défavorable. Une étude réalisée par la chambre d'agriculture de l'Isère, pointe « le besoin d'appropriation du saint-marcellin par la filière » et la nécessité d'agir sur le développement des ventes. Et il y a urgence. Bruno Neyroud, le président du comité pour le saint-marcellin (CISM) fait les comptes. Sur 150 producteurs qui livrent leur lait pour la fabrication du fromage auprès des huit entreprises de transformation, dix sont en arrêt de collecte et deux grosses exploitations ont annoncé leur cessation d'activité pour 2017. « Des raisons économiques, pas de repreneur, pas de rémunération », commente le président avant de lancer avec sarcasme « avec la baisse du prix du lait, la prime IGP est de plus en plus importante ! ». Entre la Fromagerie Alpine et l'Etoile du Vercors, le prix de base varie de 285 euros les 1 000 litres pour la première à 259 euros pour la seconde. « Sachant que seul 50% du volume est transformé, reprend Bruno Neyroud. De plus, les personnes que l'on côtoie ne sont pas celles qui gèrent les prix et les volumes. »

Plan d'action

Lors de l'assemblée générale du CISM qui s'est tenue mi-juin à Saint-Marcellin, les producteurs présents ont ainsi fait part de leur « malaise » depuis la reprise de l'Etoile du Vercors - l'entreprise représente 50% de la production de saint-marcellin - par le groupe Lactalis, en 2011. « Avant, on était un peu considéré, mais on a été écarté », explique Denis Boiton, qui livre depuis 30 ans à l'Etoile du Vercors. Sa remarque résume à elle seule toute la problématique du saint-marcellin : « On est payé 300 au lieu de 400. Pourquoi ne peut-on pas payer le lait plus cher ? » Présent dans la salle, Pierre Jacquet, le responsable du site de Saint-Just-de-Claix, a rappelé que l'entreprise négociait directement avec l'OP. Pour sa part, il s'en tient à faire tourner l'outil de production et souligne que le marché du saint-marcellin n'est pas aujourd'hui vraiment porteur. « Il y a de la concurrence entre les entreprises », constate Bruno Neyroud. On est loin des 3 500 tonnes produites dans les années 2000, puisque la production a chuté de près de 1 000 tonnes. « Une des clés serait de faire du stockage long afin de réguler la production et réagir aux prix du marché. »
Le CISM a déroulé tout un plan d'action pour parvenir à redresser la barre. Il porte d'abord sur la qualité organoleptique du lait, afin de définir les critères qui respectent au mieux les canons du saint-marcellin, au plus près des besoins des fromagers et des attentes de la clientèle. Les petits transformateurs bénéficieront d'un appui technique pour satisfaire aux critères de conformité. L'autre axe de travail est celui de la promotion. Une étude est en cours en vue de mettre en place un plan de communication pour développer les ventes et améliorer à terme les revenus à tous les niveaux de la filière. Enfin, les producteurs espèrent aussi que le dossier de l'IGP saint-félicien connaisse une issue favorable qui permettrait une revalorisation plus massive du lait.

Les clés du succès

Invité à l'assemblée générale, Paul Faure, le président de Vercors lait, a livré quelques pistes qui ont permis au lait du bleu du Vercors de s'affranchir du prix de base. La route a été longue et le travail a porté sur plusieurs points. A commencer par la diversité des clients (400) et des produits (14), de sorte que sur les 600 tonnes qui sortent de l'usine de Villard-de-Lans, le bleu ne représente que 300 tonnes. « La pâte cuite nous a sortis de l'ornière », reconnaît Paul Faure. La maîtrise de l'outil de production, du rythme de fabrication, de la mise en marché sont des éléments déterminants. La coopérative dispose également de trois magasins lui permettant de peser sur les ventes. « Nous avons de la chance car les élus nous ont aidés, insiste Paul Faure. Ils ont envie que les paysans du Vercors restent sur place ». A bon, entendeur. Résultat : « Aujourd'hui des jeunes ont envie de revenir, il faut donner de l'espoir ». En cinq ans, le lait transformé est passé de 35% de la collecte à 71%.

Isabelle Doucet
Clause de régularité

Livrer ou ne pas livrer, mais toujours pénalisé

Il n'en revient pas Max Gros-Balthazard : qu'il livre ou qu'il ne livre pas à l'Etoile du Vercors, il est pénalisé. « Essaie-t-on d'éliminer les producteurs fermiers ? » s'interroge-t-il. Le producteur de Rives tombe sous le coup d'une clause de régularité mise en place par Lactalis, qui intéresse les producteurs fermiers de saint-marcellin qui livrent aussi à l'Etoile du Vercors. La clause est appliquée lorsque l'écart de livraison varie de 15%. Mais avec 171 000 litres de lait produits et la possibilité d'en transformer 40 000 litres, le Gaec est très sensible aux variations. S'il tarit des vaches ou qu'il a déjà atteint son niveau de production, il fait l'objet d'une pénalité. « Je suis conscient de la nécessité d'avoir une production régulière, mais on ne peut pas me taxer pour des choses qui n'ont rien à voir avec la transformation ! Il faut revoir ce système de pénalités », plaide le producteur qui y voit de la discrimination et un abus de position dominante. L'OP saint-marcellin travaille sur ce cas et « pour que les petits producteurs fermiers soient sortis de ce système », explique Jean-Michel Bouchard, responsable de l'OP. Le médiateur de la République peut également être sollicité pour apaiser ce genre de situation.
ID