Le sarrasin, une culture couteau-suisse
Blé noir ou sarrasin, qu'importe le nom, cette céréale a plus d'un tour dans son grain. C'est pour faire découvrir cette culture que la chambre d'agriculture de l'Isère a organisé une présentation d'une parcelle à Saint-Georges-d'Espéranche. « Pour limiter les usages des intrants, elle peut être une solution », explique Ophélie Boulanger, de la chambre d'agriculture de l'Isère. Elle est ainsi proposée dans les zones de captage d'eau, en même temps que d'autres pratiques comme la remise en herbe ou l'allongement des rotations. En pratique, « ça vit tout seul et demande peu de travail », explique l'animatrice. En effet, le sarrasin forme un couvert rapide, au stade 2 feuilles, qui étouffe les mauvaises herbes et il n'a que très peu de ravageurs et de maladies. La céréale demande aussi peu d'azote, « 25-30 unités maximum, sinon elle verse, et n'a plus d'intérêt ». Le sarrasin a donc peu de coût de production tout en structurant le sol.
Récolter au bon moment
Même si c'est une plante facile à vivre, il faut bien préparer son sol, et le moment du semis. « Il est conseillé de faire un faux-semis et c'est ensuite la levée rapide qui va faire la réussite de la culture », explique Ophélie Boulanger. Elle déconseille l'utilisation d'une herse étrille qui « ferait plus de mal que de bien ». La quantité à semer avoisine les 40 kg/hectare voire 50 kg/hectare.
Certains agriculteurs ont déjà commencé la culture du sarrasin. « Moi je l'utilise en culture dérobée, et je la sème en direct dans les chaumes », raconte Adrien Raballand, responsable de l'exploitation du lycée agricole de la Côte-Saint-André. En dérobée ou en culture principale, le semis s'étale entre juin et août. Mais pas au-delà pour ne pas décaler la récolte. « Elle est tolérante au sec mais à la première gelée, les cosses gèleront », confirme l'animatrice.
C'est à la récolte que ça se complique. « C'est une plante dont les grains mûrissent étage par étage. Il faut récolter lorsque les trois quarts des grains sont mûrs sinon ils égrainent ».
La récolte se fait donc entre mi-septembre et mi-octobre. Mais il faut éviter de le semer plusieurs années sur la même parcelle. Les stocks de grain dans la parcelle, après égrainage, peuvent être difficile à gérer.
Le sarrasin a un faible rendement, environ 20 quintaux, « entre 12 et 15 quintaux, en dérobé », précise Adrien Raballand. Et s'il n'y a pas de récolte, le sarrasin reste quand même un engrais vert.
Trouver des débouchés
Pour la Coopérative Dauphinoise, l'intérêt réside dans la récolte. « Actuellement, la farine de sarrasin vient d'Allemagne. Or, le consommateur veut moins de gluten et connaître l'origine de sa farine, donc si elle vient de près, c'est mieux. Nous voulons développer la filière », explique Jean-Loïc Toquet, directeur régional de la Coopérative Dauphinoise. Mais pas n'importe quelle variété. « La variété harpe est celle qui passe le mieux à la décortiqueuse pour extraire le grain ». Et pas n'importe quelle culture. « Dans nos échanges industriels, on nous demande de développer une filière certifiée haute valeur environnementale (HVE). Le sarrasin coûte environ 450 euros la tonne en conventionnel et il faut ajouter une prime HVE, si votre culture est certifiée »
Si cela demande un peu d'adaptation aux agriculteurs, c'est aussi le cas de la coopérative. « L'an passé, on a eu 50 hectares récoltés de sarrasin, soit environ 50 tonnes, mais nos silos sont souvent calibrés pour de plus gros volumes, autour de 2 500 tonnes ». Il faut aussi s'assurer qu'il n'y a pas de mycotoxine, car la culture peut y être sujette.
Au milieu de ce champs de sarrasin toujours en fleurs fin septembre, il reste encore l'option mellifère : avec des ruches à côté, il procurerait, paraît-il, de bonnes provisions d'hiver pour les abeilles.