Le sénateur Gontard propose d'expérimenter les zones test
« Lancer une consultation comme ça sur internet, ça ne va pas résoudre grand chose. » Guillaume Gontard, sénateur de l'Isère, avoue son scepticisme. Pour lui, cette consultation n'a pas grand sens. « Il va y avoir les pro et les anti-loup : ce n'est pas comme cela qu'on va avancer. Si on veut changer les choses, il ne faut pas que chacun campe sur ses positions. Il faut sortir d'un discours facile oppsant les écolos aux autres. Mon rôle d'élu, c'est d'arriver à faire comprendre les enjeux pour chacune des parties de façon à trouver ensemble une voie (une voix?) intermédiaire. Zéro loup ? Jamais on n'y arrivera ! Et même si une décision politique permettait d'exterminer tous les loups, ça ne règlerait pas le problème : il faudrait de toute façon faire avec le loup, en attendant de pouvoir les éradiquer. »
Nouveaux protocoles
La solution est ailleurs, selon Guillaume Gontard. L'élu appelle éleveurs, syndicats et défenseurs du loup à dialoguer pour trouver « une solution d'équilibre » et contruire ensemble « une manière de travailler efficace ». Exercice difficile, mais pas impossible, comme l'a récemment démontré le Parc régional du Vercors en votant à l'unanimité une « motion loup », invitant tous ses partenaires à trouver et expérimenter, ensemble, « de nouveaux protocoles permettant de mieux gérer cette difficile cohabitation loup-pastoralisme » (1).
Dans un courrier adressé en décembre au ministre de la Transition écologique, le sénateur de l'Isère interpelait déjà le gouvernement sur le contenu du Plan loup. « La parole du Gouvernement sur ce sujet était fort attendue dans nos territoires de montagne, où le pastoralisme millénaire, essentiel pour la qualité de nos produits agricoles et pour l'entretien de nos paysages, fait partie intégrante de notre patrimoine », écrit-il, avant de soulever plusieurs questions auxquelles le futur Plan loup n'apporte pas de réponse.
Un mois plus tard, Guillaume Gontard se pose toujours les mêmes questions. Il s'inquiète notamment de la « mesure de population de loup effective », ainsi que de « la répartition de quotas de bêtes abattues entre les départements et entre les massifs ». Car tous les territoires ne subissent pas la pression du prédateur de la même manière. L'élu s'interroge également sur l'efficacité des tirs, problématique récemment pointée par le préfet de l'Isère, et sur les limites des mesures de protection préconisées, notamment la multiplication des patous, « qui n'est pas sans poser quelques inquiétudes, puisque les cas d'agressions de randonneurs se multiplient ».
Soutien financier
Pour « atteindre un équilibre entre la capacité pour les éleveurs à exercer leur métier sereinement et la nécessité de préserver la biodiversité montagnarde », le sénateur suggère d'explorer de nouvelles pistes. Il suggère notamment la création de « zones test », qui permettraient de lancer des expérimentations par secteur, à l'image de ce qui se passe dans le Vercors. « Il n'y a pas de solution miracle, estime Guillaume Gontard. Pour réguler les loups et fonctionner avec, il y a encore beaucoup de choses à comprendre et à savoir. Les zones test permettraient d'apporter cette connaissance. Mais ça demande des moyens. » L'élu propose par ailleurs un soutien financier aux éleveurs pour embaucher de la main-d'œuvre leur permettant de faire face au travail supplémentaire que nécessitent les mesures de protection. Cette dernière solution n'a pas forcément la faveur des éleveurs, reconnaît-il. Mais « pour les éleveurs, se pose une vraie question de financement et d'accompagnement. Ça passe par des moyens. La responsabilité de l'Etat est aussi là ».
MB
(1) Motion Loup adoptée lors du bureau du PNRV le 20 septembre 2017.