Le sous-préfet reçoit une délégation agricole
C’est une entrée en fonction très marquée par l’actualité agricole pour Thomas Michaud, le nouveau sous-préfet de La Tour-du-Pin. A l’initiative de Jean-Luc Annequin, maire de Blandin et producteur laitier, une délégation accompagnée par Olivier Marcant (conseiller de gestion à Cerfrance Isère) avait rendez-vous avec le représentant de l’Etat pour une explication très concrète, chiffres à l’appui, de la situation économique agricole. Et pas seulement de celle des éleveurs, car participaient également à cette rencontre des fournisseurs pour attester de l’impact de la crise sur l’amont de la filière.
170%
Les quelques chiffres présentés au sous-préfet sont alarmants. Denis Boiton, éleveur à Biol, démontre avec sa comptabilité, que l’ensemble des charges de productions (fuel, azote etc.) a augmenté de 170% en 20 ans. « Si le prix du lait avait simplement suivi la même courbe, notre chiffre d’affaires annuel de vente de lait aurait augmenté de 130 000 euros ! Alors que depuis 20 ans, il est quasiment au même niveau. » Ce constat est sans appel. Même situation pour Bruno Giroud, également installé dans la commune de Biol. Comment les exploitations peuvent-elles résister dans ce contexte ? « Et comment des jeunes peuvent-ils investir et s’endetter avec un avenir aussi flou ? », questionne Guillaume de Crozans, jeune agriculteur installé depuis tout juste un an. Pour renforcer cette analyse, Olivier Marcant présente une projection des résultats comptables 2015, puisque toutes les comptabilités ne sont pas encore définitivement clôturées. Mais là encore, les résultats attendus font froid dans le dos. « La marge d’orientation est l’excédent de trésorerie qui reste à l’éleveur en fin d’exercice une fois qu’il a payé tous ses fournisseurs et qu’il s’est rémunéré à hauteur d’environ 1 500 euros par mois. En 2014, avec un prix moyen de 38 centimes du litre, il restait à l’éleveur un centime de marge, soit 3,6% seulement du prix payé. En 2015, avec un prix moyen de 33 centimes, la marge d’orientation devient négative. En d’autres termes, la marge d’orientation qui était de + 2 300 euros par exploitant en 2014, tombe à - 3 600 euros en 2015. Et en ce qui concerne la production de viande, la marge d’orientation est négative depuis 2011. »
Marge négative
Cette marge négative engendre donc une impossibilité de se rémunérer pour l’éleveur. Et des problèmes de trésoreries insupportables. Elle rend impossible tout investissement donc tout développement de l’exploitation. Cette situation proche de la faillite de la filière est confirmée par Jean-Marc Lapierre du groupe Dauphinoise. « Depuis 2012, le niveau des dettes de nos adhérents se dégrade. Il a été multiplié par cinq au cours de la période ». Mais outre les difficultés financières des éleveurs, ce sont aussi les choix techniques qui préoccupent la coopérative. « Les éleveurs sont contraints, pour limiter les coûts, de faire des impasses techniques au niveau sanitaire et au niveau des amendements des sols ce qui hypothèque les potentiels de production et de rendements ». Philippe Gros de la société Alpifeed constate la même dégradation de la situation avec des incidents de paiement en forte augmentation. Devant ce constat, que peut faire le sous-préfet ? C’est clairement la question posée par Jean-Luc Annequin. Quelque peu embarrassé par la situation, Thomas Michaud considère que la question est d’abord politique. « La profession agricole a besoin de prises de positions politiques fortes quant à son avenir. Et si les orientations politiques doivent conduire à diminuer encore le nombre d’exploitations, alors il faudra le dire très clairement. » Concernant les contraintes environnementales imposées aux agriculteurs et dénoncées par la délégation comme une entrave à la compétitivité, le sous-préfet plaide pour une prise en compte par le consommateur qui devra accepter de payer plus cher une alimentation de qualité et sécurisée. Le représentant de l’État a ainsi assuré la délégation qu’il ferait remonter au préfet l’ensemble des éléments transmis. Un élément de plus pour étayer une nécessaire prise en compte des conséquences à moyen terme d’une crise profonde.