Accès au contenu
Projet de parc naturel régional

Le soutien unanime des élus du massif de Belledonne

A force d'en entendre parler sans rien voir venir, on commençait à se dire que le projet de parc naturel régional dans le massif de Belledonne relevait plus du mirage que du projet de territoire. C'était sans compter la détermination du président de l'Espace Belledonne, Jean Picchioni, qui est parvenu à réunir l'ensemble des élus du massif et à dégager un consensus pour la poursuite de la réflexion sur un projet de développement propre à la chaîne. Le premier pas d'un parcours qui s'annonce particulièrement long.
Le soutien unanime des élus du massif de Belledonne
Depuis 1998, l'Espace Belledonne regroupe différents acteurs du massif : les collectivités d'abord, puis également les agriculteurs, les sylviculteurs, les associations socio-culturelles, les offices de tourisme, les chasseurs, les pêcheurs... L'association a mis en oeuvre un premier projet Leader (du nom du programme européen de développement des zones rurales) centré sur la valorisation des ressources naturelles et culturelles entre 2002 et 2008. Un second a démarré dans la foulée sur un périmètre élargi aux quatorze communes de la communauté de La Rochette-Val Gelon, en Savoie. L'Espace Belledonne compte donc maintenant quarante communes, dont 33 bénéficient du programme Leader.
Des chiffres encore insuffisants pour Jean Picchioni, le président de l'association, qui a rencontré les conseils municipaux d'une cinquantaine de communes depuis le mois de février dernier. Afin de leur présenter l'Espace Belledonne, la vision du massif portée par la structure, mais aussi pour leur demander s'ils pensaient qu'un projet de territoire cohérent pouvait voir le jour à l'échelle de Belledonne.
L'Espace Belledonne en première ligne
C'est que l'idée d'un parc naturel régional est dans l'air depuis longtemps ! Mais, tel un serpent de mer, le projet peinait à se concrétiser. C'est pourquoi le groupe d'action locale portant le programme Leader a décidé de s'emparer du dossier voilà un an et demi. « Nous n'avons pas rendu cette décision publique, car nous ne voulions pas contraindre les élus à se positionner après que des habitants de leurs communes se soient déjà exprimés sur le sujet, raconte Jean Picchioni. Mais, samedi 11 décembre, en assemblée pleinière, les élus des 54 communes du massif ont exprimé leur volonté collective de poursuivre la réflexion autour de l'outil « parc naturel régional » en amorçant l'ébauche d'un projet de territoire. Nous allons maintenant associer les autres secteurs, qui sont très demandeurs : toutes les semaines, je reçois des lettres qui demandent ce qu'on fait pour faire émerger le parc ! Bien sûr, il y a aussi des « parcosceptiques ». Mais il ne peuvent pas dire que l'idée vient d'en haut. Notre démarche n'a pas été impulsée par un député, ni par un sénateur. Elle est portée par des élus de base. Et nous allons maintenant décider ensemble ce que nous voulons faire ».
Détenant l'initiative de créer des parcs naturels régionaux, la Région Rhône-Alpes a déjà lancé une étude préalable à la création d'un PNR dans le massif de Belledonne. Dite de « capacité environnementale », elle vise à vérifier que le secteur est « un territoire à dominante rurale dont les paysages, les milieux naturels et le patrimoine culturel sont de grande qualité », comme le veut la loi. Jean Picchioni n'est pas inquiet du résultat : « Nous avons la première réserve naturelle de France : le lac du Luitel, de nombreuses tourbières d'altitude, et surtout un paysage à préserver ».
« Une biodiversité très intéressante »
« Au stade où nous en sommes, les documents scientifiques semblent conforter l'hypothèse selon laquelle le massif recèle une biodiversité très intéressante, indique Eliane Giraud, la conseillère régionale déléguée aux parcs naturels régionaux. Mais le comité de pilotage de cette étude doit se réunir une troisième fois en janvier et une restitution en sera faite au territoire à l'issue de ce travail, dont les élus locaux doivent s'emparer. Car deux conditions doivent être réunies en Rhône-Alpes pour que la Région mette un projet de parc à l'étude : un capital environnemental d'envergure au moins nationale, mais aussi des élus motivés, car les PNR combinent environnement et développement économique. Une fois le périmètre défini par les collectivités locales, le conseil national de protection de la nature rend un avis d'opportunité. Ces démarches peuvent prendre du temps. Dans le cas des Baronnies provençales, cet avis vient d'être rendu alors que le projet a été lancé en 2003. Cela montre que les projets de parcs doivent prendre le temps de mûrir. Créer un parc, c'est un travail de haute couture, un long cheminement, car il faut rassembler des gens divers. Et il y a un élément qui risque de compliquer l'émergence de nouveaux parcs, c'est la réforme des collectivités territoriales. Les Départements et les Régions vont voir leurs attributions complètement modifiées. Ceci dans un contexte de finances bloquées. Or, la création d'un parc n'est pas anodine en termes budgétaires, puisque la Région apporte 60 % du budget d'une telle structure ».
Une communauté de valeurs
La décision de constituer un syndicat de préfiguration d'un parc naturel régional revient par contre aux élus locaux. Même si la réflexion se poursuivra au sein de l'Espace Belledonne en 2011, une nouvelle structure pourrait donc voir le jour prochainement afin d'attester de la motivation des élus du massif. « On va critiquer l'empilement, prévoit Jean Picchioni. Et c'est vrai que nous allons ajouter une couche. Mais si nous voulons mener un projet de territoire à bien, nous avons besoin d'animateurs. Belledonne a aussi besoin d'une structure qui lui soit propre, car nous avons parfois peur de perdre notre âme dans des organisations comme la communauté de communes du Grésivaudan, qui correspond aux nouveaux bassins de vie constitués depuis 50 ans, mais ne reflète pas forcément des valeurs communes. Dans un parc, nous avons la possibilité de nous associer pour défendre des valeurs, plutôt que pour assurer des services comme la collecte des déchets. Forte de son identité, la chaîne de Belledonne doit effectuer ce travail pour être mieux reconnue, car elle est pénalisée par sa configuration toute en longueur ».
Cécile Fandos