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Vie locale

Le tourisme, l'affaire de tous

L’association des maires de l'Isère a tenu son 62e congrès à l'Alpe-d'Huez, site prédestiné pour débattre de l'orientation touristique du département.
Le tourisme, l'affaire de tous

« Les agriculteurs sont les premiers acteurs du tourisme », a lancé Chantal Carlioz, vice-présidente du Département de l'Isère en charge du tourisme, lors du 62e congrès de l'Association des maires de l'Isère qui s'est déroulé samedi 12 octobre à l'Alpe d'Huez. Le choix de la station, qui avec les Deux-Alpes est un des moteurs de la destination touristique Isère, était pertinent pour que les élus débattent de ce thème. Pour la maire de Villard-de-Lans, ce sont les habitants des territoires qui au premier rang en assurent la convivialité grâce au « bien boire et bien manger, à la centaine de maîtres-restaurateurs et aux 600 produits de la marque Is(h)ere qui garantissent un revenu décent aux agriculteurs ».

La carte de l'identité

Devant une assemblée de plusieurs centaines de maires et adjoints isérois, la vice-présidente du Département et John Tuppen, professeur à l'Institut d'urbanisme et de géographie alpine de Grenoble, ont donné quelques clés pour inviter les territoires à développer leur attractivité touristique. Car les projets ne manquent pas, à l'image de ceux qui ont été mis en exergue lors du congrès : la future halte fluviale de Vienne, le train de La Mure, la maison Aribert à Uriage ou la reconversion des Caves de Chartreuse à Voiron. Mais pour que ça marche trois conditions doivent être réunies selon Chantal Carlioz : une complémentarité dans l'offre touristique, un esprit collectif et la carte de l'identité. John Tuppen, a essayé de dégager quelques tendances qui émergent des contradictions de la demande touristique, illustrées par l'explosion des transports aériens et la prise de conscience environnementale « où l'on cherche à nous faire honte » d'utiliser l'avion. Les acteurs porteurs de projets touristiques doivent prendre en compte les exigences de pratiques vertueuses, de durabilité, de personnalisation des services et de l'offre. Le professeur estime surtout que « la coopération entre acteurs publics et privés est essentielle » et que tout projet doit être « soutenu par la population locale ».
Le Département dispose pour cela de quelques outils comme les Contrats de performance Alpes Is(h)ere qui concernent aujourd'hui cinq territoires de montagne et cinq de plaine, notamment sur les sujets de la mobilité. En chiffres, cela représente 114 projets en montagne pour un montant de quatre millions d'euros et 40 en plaine pour six millions d'euros, financés à 30% par le Département. Jérôme Merle, premier adjoint au maire de Sassenage et président de la Fédération départementale des offices de tourisme a ajouté une condition : celle de la professionnalisation des acteurs. « Il ne s'agit pas seulement d'aménagement du territoire, mais aussi d'une culture. »

Les mobilités

Lors des débats, il a largement été question des déplacements. En Isère, 74% des touristes viennent en voiture et le transport représente 50% du budget global. « Le réseau routier depuis Grenoble jusqu'aux portes de l'Oisans est déplorable », s'est ému Daniel Poncet, premier adjoint au maire de La Garde. Le Péage-de-Vizille et le feu tricolore de Champ-sur-Drac sont les deux cauchemars des automobilistes, habitants de l'Oisans ou vacanciers qui subissent cette route. Un réseau routier décent, le développement du transport par câble : l'Oisans cherche des solutions pour sortir de l'asphyxie. Bernard Perazio, vice-président du Département, a invoqué le mille-feuille de la décentralisation qui fait que des portions de routes ne relèvent pas toutes de la même collectivité ou de l'Etat. Il a également rappelé que le Département consacre chaque année 100 millions d'euros à l'entretien des routes, dont la RD1091.

« Il n'y a pas que la route comme moyen de déplacement ! », a protesté Jean-François Helly, le maire de Prébois dans le Trièves. Membre du collectif Etoile de Veyne contre la fermeture de la ligne ferroviaire Gap-Grenoble, il explique que des sentiers de grande randonnée sont accessibles depuis les gares et aspire au développement d'engins ferroviaires électriques... « Les navettes électriques sont un mode de transport d'avenir », a souligné John Tuppen. Il a aussi mis l'accent sur « la reconquête de la montagne par le vélo à assistance électrique, cette mobilité qui explose ». Dans certaines stations, les loueurs font désormais chiffre d'affaires égal entre ski l'hiver et VTT l'été. « C'est un phénomène global, qui illustre la diversification de l'offre touristique », a assuré le professeur.

Assurance vie

« Nous accueillons des touristes du monde entier et nous voulons sécuriser notre outil de travail », a repris dans un plaidoyer de Pierre Balme, le maire délégué de Venosc-Les Deux-Alpes. Dans son cahier de doléances, il a réclamé plus de souplesse pour réhabiliter et construire afin de maintenir un nombre de lits suffisamment « accueillants ». Mais surtout, il s'est posé en défenseur de la neige de culture « notre assurance vie » dans un territoire où vivent 12 000 habitants. « Nous ne sommes pas inconscients, a-t-il repris, nous privilégions l'eau potable », mais il défend ferme les projets de retenues collinaires, « financées par l'économie, amorties et que nos descendants sauront utiliser ».

« Beaucoup d'efforts sont faits pour les grands centres touristiques alpins, a constaté Jean-Pierre Point adjoint au maire de Mizöens. Il existe par contre dans la basse Isère des trésors culturels et touristiques sur lesquels appuyer un peu plus », a-t-il suggéré. D'autant que John Tuppen a souligné une autre tendance qui est le retour au tourisme de proximité, le « staycation » qui s'appuie sur les infrastructures locales. 

Ce qui fait dire à Chantal Carlioz que « le tourisme est l'affaire de tous : un euro d'investi dans un équipement, c'est un euro pour les Isérois ». Grandes stations ou petits villages, c'est tout le département de l'Isère qui tire avantage de l'augmentation de la fréquentation touristique. Ce marché génère 1,2 milliard de chiffre d'affaires, la croissance de la consommation (+8%) étant supérieure à celle de la fréquentation (+3%).

Isabelle Doucet
Discours

Les élus ruraux au centre de toutes les attentions

Les élus ont été accueillis à l'Alpes-d'Huez par son maire Jean-Yves Noyrey et Christian Pichoud, président de la communauté de communes de l'Oisans. Ils étaient très nombreux pour ce dernier congrès avant les prochaines élections municipales qui se dérouleront les 15 et 22 mars 2020.
Jean-Pierre Barbier, le président du Département, a remercié les maires « pour leur engagement. La fonction de maire n'est pas comme les autres, a-t-il insisté. Leur rôle est d'assurer la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité, qui détermine notre démocratie ». Il a ajouté l'exemplarité et la transparence, pour « retrouver la confiance des concitoyens », ainsi que la laïcité. Il a évoqué la crise des vocations « qui menace particulièrement les territoires ruraux » et estimé que « la fusion des communes n'est pas la solution miracle » si elle ne se base pas sur un projet commun. Reprenant la question du transport ferroviaire il a indiqué sa priorité pour la ligne Lyon-Grenoble, « la plus malade de France ». Le président du Département a insitsé sur l'éducation et la culture, en rappelant que le Plan école représente un budget départemental de 20 millions d'euros dont seulement 5,5 millions ont été consommés par les communes, alors que le Département peut financer jusqu'à 60% des investissements.
Contrats de ruralité
Pour Lionel Beffre, préfet de l'Isère, le département est un territoire à fort potentiel « avec de forts atouts environnementaux », a-t-il expliqué en citant les activités pastorales.
S'adressant aux territoires ruraux, il a rappelé que « la population des campagnes croît plus vite que celle des villes ». L'agenda de la ruralité lancera, au second semestre 2020, une nouvelle génération de contrat de ruralité. La première génération a permis de dégager 17 millions d'euros. Les nouveaux contrats seront plus particulièrement axés sur la culture, la transition écologique et la jeunesse. Le représentat de l'Etat a aussi fait un point sur la fiscalité locale. La suppression de la taxe d'habitation, compensée par la transfert de la TFNB bénéficiera de 340 millions d'euros de financement complémentaire. La loi de finances pour 2020 doit reconduire les dotations des années 2015-2017.
Préfet et président du Département se sont penchés sur la ressource en eau, le réprésentant de l'Etat invitant à « créer des solutions de stockage pour un meilleur partage ».  Enfin, le projet de loi Proximité engagement doit « replacer le maire au cœur de l'action publique locale en lui redonnant des marges de manœuvre », a annoncé le préfet. C'est ainsi que le maire pourra se réapproprier certaines décisions. Son mandat devrait aussi être sécurisé, avec des dispositifs de protection, d'accompagnement et de prise en charge des frais de garde (d'enfants etc.) pour les élus ruraux.
ID