Le tournant de Mangez bio Isère
Quatorze ans après sa création et alors qu'elle observe une croissance soutenue, la plateforme d'approvisionnement Mangez Bio Isère négocie un tournant important. Son président historique, Vincent Rozé, a cédé la place à Franck Rousset et la structure mène une réflexion sur son projet stratégique. « Dans le cadre de la généralisation du bio, nous nous demandons comment nous différencier, interroge Vincent Rozé. Quels sont les moyens de faire certifier ce que nous faisons de différent des autres ? »
Manger bio Isère (MBI) affiche un chiffre d'affaires de près de 4 millions d'euros en augmentation de 33% l'an passé. Une croissance qui requiert la plus haute vigilance de la part de l'équipe des salariés et admnistrateurs de la coopérative, soigneusement analysée lors de l'assemblée générale qui s'est déroulée le 11 avril à Méaudre.
Lisser l'activité
Les cuisines mutualisées des collèges restent le client moteur de MBI avec 24% du chiffre d'affaires. Elles sont suivies par les cuisines mutualisées des villes (20% du CA) et notamment la ville de Grenoble. Le secteur de la petite enfance, avec toute sa spécificité, a fait son entrée discrète parmi les clients de la plateforme. Il fait partie des nouveaux marchés abordés en 2018 par Mangez bio Isère, au même titre que les magasins indépendants ou la restauration commerciale. L'enjeu était de capter une nouvelle typologie de clients afin de lisser l'activité de MBI qui rencontrait de forts creux en période de vacances scolaires.
Un déménagement
L'objectif pour 2019 est d'atteindre les 4,7 millions de chiffre d'affaires et 6 millions d'euros en 2021, avec des axes majeurs d'intervention : l'amélioration de la marge, la réduction de la non qualité et une meilleure actualisation tarifaire.
Pour acompagner son développement, MBI a fait le choix d'investir, notamment dans le recrutement. Et de s'agrandir puisque l'ensemble de la structure déménage au Marché d'intérêt national d'ici l'été. « Même si les entrepôts sont deux fois plus grands, il est nécessaire d'augmenter la fréquence des réapprovisonnements et des livraisons », indique Martin Charbonneau, le logisticien de MBI. Ceci, pour répondre à la demande des nouveaux clients.
Côté producteurs, « l'enjeu est d'assurer la croissance sur toutes les familles de produits », comme le souligne Tangy Le Maître, responsable appro. Il énumère les spécificités. En viande, il convient de respecter l'équilibre matière. Dans les produits laitiers, il s'interroge sur la marge de manœuvre alors que la plateforme vient de perdre un appel d'offre. La filière fruits et légumes mérite d'être « travaillée plus en amont » etc.
La réflexion lancée par MBI sur sa différenciation a conduit les administrateurs à s'interroger sur les valeurs de la coopérative et l'opportunité de se rapprocher d'un label. Une étude menée auprès des clients met en exergue l'éthique, la dimension locale, la démarche collective et humaine. La diversité de l'offre et la fiabilité font partie des valeurs mises en avant par les clients. Les pistes de labellisation sont le commerce équitable origine France et/ou la RSE*, cette dernière étant plus proche de MBI. Reste à la coopérative de producteurs à formaliser ses pratiques et à se fixer des objectifs concrets pour obtenir le label RSE Bio entreprise durable, plus approprié aux PME.
Isabelle Doucet
* La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) se définit selon les critères de gouvernance, droits de l'homme, condition de travail, environnement, loyauté des pratiques, relation au consomateur, développement local.
Gouvernance / Vincent Rozé quitte la présidence de la coopérative qu'il avait créée.
Franck Rousset, nouveau pilote de Mangez bio Isère
Interview croisée de Vincent Rozé, le président sortant de Mangez bio Isère et Franck Rousset, le nouveau président.Mangez bio Isère a 14 ans, pourquoi changer de président maintenant ?VR : Je suis président depuis le début. Or, j'essaie depuis longtemps de faire passer le message qu'il faut que les gens tournent. C'est important dans une structure collective qu'elle ne soit pas sclérosée, ni verrouillée par les mêmes personnes.C'est un tournant pour la structure ?VR : Oui, parce qu'un nouveau président apporte sa touche. Non, car Franck Rousset est un administrateur actif qui participe à tous les conseils coopératifs et partage la même vision et le même intérêt pour l'outil MBI. Il y a une continuité dans l'approche.FR : J'ai un passé de responsable. J'ai participé à la vie de structures syndicales, même si cela n'a rien à voir avec la coopération. A MBI, l'acte commercial est important. Il y a un réseau de producteurs, une équipe de salariés. C'est une autre responsabilité que de défendre des intérêts agricoles. Je suis dans la structure depuis huit ans et je vais poursuivre le développement de MBI. C'est quelque chose qui s'inscrit dans le temps comme le développement de nouvelles activités et des outils de travail qui sont mis en place pour approcher de nouveaux marchés.VR : Pour obtenir un retour positif de la part de nos clients, il faut s'inscrire dans le temps, avoir une longueur d'avance sur l'offre et ancrer l'équitabilité dans la filière, du producteur jusqu'au consommateur.Imaginiez-vous une telle évolution pour la plateforme ?VR : Nous avons toujours été pour une politique de petits pas. Il faut scruter l'horizon pour savoir où aller. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas étonné d'en être arrivé là. C'est un mouvement que l'on sentait venir depuis un bout de temps. Notamment sur la rélfexion de la structuration d'une offre collective en bio. Et lorsqu'on mène un collectif, on sait qu'on peut aller loin.Comment se passe la transition ?FR : Vincent reste au conseil coopératif. Nous nous répartissons les tâches. Je prends mes marques et intégre la vie de l'équipe de l'intérieur. C'est aussi se faire connaître des clients et des donneurs d'ordre.Quelle est la priorité de ce mandat ?FR : C'est maintenir la rémunération des producteurs qui fournissent MBI. Il ne faut pas s'écarter de cet objectif premier. Nous devons aussi continuer à peser dans le développement du marché alimentaire bio. Plus on grossit et plus on entre en concurrence avec d'autres acteurs. Nous nous retrouvons ainsi face à des structures nationales sur des appels d'offre départementaux. C'est pourquoi MBI veut être moteur dans la structuration de filières spécialisées bio et locales. Il est donc important que les producteurs soient impliqués dans la vie de la coopérative. Nous organisons des réunions thématiques de filières où les commerciaux de MBI échangent avec les producteurs. Nous menons un important travail en interne pour nourrir le catalogue.Propos recueillis par Isabelle Doucet