Techniques alternatives au labour
Le travail intensif du sol, « un tsunami »
Pionnier des couverts végétaux, Frédéric Thomas était le principal intervenant de la journée d'information sur les techniques alternatives au labour organisée par le pays voironnais et l'Adayg mercredi 24 novembre à Tullins. Il a notamment mis l'accent sur les problèmes causés par le travail intensif du sol, qui constituent sans doute le premier motif d'adaptation des pratiques culturales.
Preuve de l'intérêt croissant pour les techniques alternatives au labour, une centaine de personnes ont participé à la journée d'information organisée mercredi 24 novembre à Tullins sur ce thème. Il est vrai qu'en invitant Frédéric Thomas, le fondateur de la revue TCS* et du site internet Agriculture-de-conservation.com, le pays voironnais et l'Adayg** ont misé sur une valeur sûre. « Ce n'est pas quelqu'un qui débarque d'une autre planète avec des idées intégristes, a commenté Jean-Pierre Durand, ancien agriculteur de la commune, lors de l'ouverture de la journée. C'est simplement un agriculteur qui possède une expérience importante sur le travail du sol ».
« Installé sur des terres familiales de mauvaise qualité, je me suis en effet beaucoup documenté sur le sujet et j'ai expérimenté un certain nombre de choses qu'on m'a ensuite demandé de présenter dans différents endroits », explique Frédéric Thomas en se présentant comme « un saltimbanque des TCS ».
Une réponse à certains problèmes
Conscient du fait que les agriculteurs ne sont pas inclinés à revoir leur méthodes de travail de fond en comble, l'intervenant a donc centré son propos sur les problèmes rencontrés par ses confrères travaillant leurs sols de manières traditionnelle. Baisses tendancielles de rendement, compaction, disparition de la matière organique, battance, racines courant horizontalement plutôt que verticalement, remontées de cailloux, érosion, pollutions à l'azote... Tout y est passé, avec moult photos prises aux quatre coins de la France et au-delà à l'appui. « On voit des choses extraordinaires quand on fait des trous, commente Frédéric Thomas. On laboure pour structurer, réchauffer le sol, éliminer les plantes et les résidus en surface. Mais un travail du sol intensif correspond à un tsunami pour tous les organismes qui font du sol un milieu vivant. C'est pourquoi, même si la charrue est devenue un outil emblématique que l'on retrouve sur les diplômes agricoles, les ronds-points et dans la plupart des tableaux re présentant les travaux des champs, je crois qu'il est temps de faire travailler nos neurones plutôt que nos muscles et de descendre de nos tracteurs pour observer le sol. »
Pas de mode d'emploi
Car « l'application d'une méthode unique de manière unique ne fonctionne pas en matière de travail du sol », prévient l'exploitant. « Il faut observer, mais aussi échanger, se former pour poser le bon diagnostic et identifier la solution adaptée à sa situation ».
Passer en semis direct sans avoir soigneusement préparé le terrain au préalable expose en effet à des chutes de rendements importantes. « Il est compliqué de faire simple et la baisse des coûts de mécanisation ne va pas sans changement d'orientation agronomique », souligne aussi Frédéric Thomas, qui préconise des expérimentations et des changements progressifs. Mais sans perdre de vue l'ampleur des défis à relever. « Pétrole, mais aussi eau, engrais, acier... Les ressources se raréfient. Nous devons nous préparer à affronter la pénurie ».
Cécile Fandos
* TCS : techniques culturales simplifiées.
** Adayg : association pour le développement de l'agriculture dans l'Y grenoblois.
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Agriculture de conservation
« Une véritable révolution »
Fervent défenseur du semis direct sous couvert végétal dont il a pu mesurer l'intérêt dans les pays du Sud où il a travaillé, l'ingénieur agronome Alain Seznec présente l'agriculture de conservation promue par l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.
L'agriculture dite « de conservation » (AC) tient son nom de la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, qui en fait son cheval de bataille depuis une vingtaine d'années. Développées principalement en Amérique du sud sur plus de 100 millions d'hectares, ses techniques ont atteint l'Europe au cours des années 1990. En France, l'introduction de ces techniques s'est faite essentiellement à l'initiative de groupements et d'associations d'agriculteurs, d'abord dans l'Ouest et le Centre. Dans la région Sud-Est, elles doivent faire face à une contrainte spécifique : la constitution d'une biomasse importante après récolte implique la mise en place de couverts en deuxième quinzaine d'août et le recours à l'irrigation est souvent nécessaire, du fait de l'aridité du contexte régional, ce qui renchérit l'implantation de ces couverts.
Des choix radicaux
Même si son essor n'est pas toujours favorisé dans l'Hexagone, on y retrouve l'AC sous différents vocables : agroécologie, agriculture des sols vivants et, plus récemment, l'agriculture écologiquement intensive. Mais les principes fondamentaux sont identiques : arrêt du travail du sol, le labour surtout, couverture végétale permanente des sols et rotation des cultures.
Le semis direct sous couvert végétal (SCV) implique de recourir à des semoirs spéciaux, capables de mettre en place des semis à travers des couverts végétaux vivants ou des restes de récolte sans autre préparation.
L'usage de ces outils peut être plus compliqué que celui d'un semoir traditionnel, mais la partie la plus importante et la plus complexe des SCV est sans conteste le choix et la conduite des « couverts », qui peuvent associer un nombre variable de légumineuses, crucifères, graminées, etc. en fonction des objectifs recherchés et leur insertion dans la rotation. D'une façon générale, on recherche toujours une production maximale de matière sèche à l'hectare, car elle est déterminante pour le développement des populations de vers de terre, pour le recyclage et le stockage d'éléments fertilisants dans la biomasse (effet Cipan) ainsi que pour l'accroissement des taux de matières organiques.
Des avantages multiples
Quels effets et quels bénéfices attendre de cette véritable révolution de la pratique agricole traditionnelle ? Quand on interroge les agriculteurs qui ont plusieurs années de SCV derrière eux, ils nous disent que leur première motivation était économique : ils cherchaient à réduire les coûts de mécanisation. La baisse des charges de gazole et d'entretien mécanique ne s'est pas faite attendre.
Mais, rapidement, l'amélioration de l'état des sols est apparue et devenue un objectif propre. La réduction progressive des fertilisants et des produits phytosanitaires pour un niveau de production identique est venue conforter les agriculteurs dans leur engagement.
Cette prise de conscience de l'effet sur l'environnement leur a permis de faire face à l'image de l'agriculteur pollueur. La réduction des pollutions par les nitrates et les molécules de l'agrochimie est avérée. Le retour de la petite faune sur l'espace cultivé est visible. La multiplication des « cabanes » de vers de terre est devenue un indice de fertilité et un motif de fierté.
Le dernier aspect de cette révolution n'est pas le moindre. En réduisant les heures tracteur de moitié voire plus, le changement radical de l'organisation du travail a sensiblement modifié la vie de ces professionnels en leur libérant du temps pour l'observation et la réflexion, pour l'acquisition et l'échange de connaissances ainsi que pour la communication et l'entraide au niveau local.
Alain Seznec, ingénieur agronome, ancien de la Banque mondiale et de l'Agence française de développement
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Base Sud-Est
Un réseau pour s'informer et échanger
L'échange d'expériences étant au coeur de la diffusion de l'agriculture de conservation, ses promoteurs dans les régions Rhône-Alpes et Paca se sont naturellement mis en réseau afin d'échanger leurs informations. Malgré le choix du nom « Base Sud-Est », il ne s'agit pas d'une déclinaison de l'association « Bretagne Agriculture Sol et Environnement », mais bien d'un réseau informel de professionels. Pour être intégré dans la liste de diffusion, il suffit d'écrire à l'adresse suivante : [email protected] « Grâce à ce petit réseau, il commence à se passer beaucoup de choses dans la région », se réjouit Frédéric Thomas, le fondateur de la revue TCS et du site internet Agriculture-de-conservation.com, qui est également intervenu en Haute-Savoie et dans la Drôme à l'occasion de son déplacement en Rhône-Alpes.
C.F.
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« Installé sur des terres familiales de mauvaise qualité, je me suis en effet beaucoup documenté sur le sujet et j'ai expérimenté un certain nombre de choses qu'on m'a ensuite demandé de présenter dans différents endroits », explique Frédéric Thomas en se présentant comme « un saltimbanque des TCS ».Une réponse à certains problèmes
Conscient du fait que les agriculteurs ne sont pas inclinés à revoir leur méthodes de travail de fond en comble, l'intervenant a donc centré son propos sur les problèmes rencontrés par ses confrères travaillant leurs sols de manières traditionnelle. Baisses tendancielles de rendement, compaction, disparition de la matière organique, battance, racines courant horizontalement plutôt que verticalement, remontées de cailloux, érosion, pollutions à l'azote... Tout y est passé, avec moult photos prises aux quatre coins de la France et au-delà à l'appui. « On voit des choses extraordinaires quand on fait des trous, commente Frédéric Thomas. On laboure pour structurer, réchauffer le sol, éliminer les plantes et les résidus en surface. Mais un travail du sol intensif correspond à un tsunami pour tous les organismes qui font du sol un milieu vivant. C'est pourquoi, même si la charrue est devenue un outil emblématique que l'on retrouve sur les diplômes agricoles, les ronds-points et dans la plupart des tableaux re présentant les travaux des champs, je crois qu'il est temps de faire travailler nos neurones plutôt que nos muscles et de descendre de nos tracteurs pour observer le sol. »
Pas de mode d'emploi
Car « l'application d'une méthode unique de manière unique ne fonctionne pas en matière de travail du sol », prévient l'exploitant. « Il faut observer, mais aussi échanger, se former pour poser le bon diagnostic et identifier la solution adaptée à sa situation ».
Passer en semis direct sans avoir soigneusement préparé le terrain au préalable expose en effet à des chutes de rendements importantes. « Il est compliqué de faire simple et la baisse des coûts de mécanisation ne va pas sans changement d'orientation agronomique », souligne aussi Frédéric Thomas, qui préconise des expérimentations et des changements progressifs. Mais sans perdre de vue l'ampleur des défis à relever. « Pétrole, mais aussi eau, engrais, acier... Les ressources se raréfient. Nous devons nous préparer à affronter la pénurie ».
* TCS : techniques culturales simplifiées.
** Adayg : association pour le développement de l'agriculture dans l'Y grenoblois.
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L'agriculture dite « de conservation » (AC) tient son nom de la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, qui en fait son cheval de bataille depuis une vingtaine d'années. Développées principalement en Amérique du sud sur plus de 100 millions d'hectares, ses techniques ont atteint l'Europe au cours des années 1990. En France, l'introduction de ces techniques s'est faite essentiellement à l'initiative de groupements et d'associations d'agriculteurs, d'abord dans l'Ouest et le Centre. Dans la région Sud-Est, elles doivent faire face à une contrainte spécifique : la constitution d'une biomasse importante après récolte implique la mise en place de couverts en deuxième quinzaine d'août et le recours à l'irrigation est souvent nécessaire, du fait de l'aridité du contexte régional, ce qui renchérit l'implantation de ces couverts.
Des choix radicaux
Même si son essor n'est pas toujours favorisé dans l'Hexagone, on y retrouve l'AC sous différents vocables : agroécologie, agriculture des sols vivants et, plus récemment, l'agriculture écologiquement intensive. Mais les principes fondamentaux sont identiques : arrêt du travail du sol, le labour surtout, couverture végétale permanente des sols et rotation des cultures.
Le semis direct sous couvert végétal (SCV) implique de recourir à des semoirs spéciaux, capables de mettre en place des semis à travers des couverts végétaux vivants ou des restes de récolte sans autre préparation.
L'usage de ces outils peut être plus compliqué que celui d'un semoir traditionnel, mais la partie la plus importante et la plus complexe des SCV est sans conteste le choix et la conduite des « couverts », qui peuvent associer un nombre variable de légumineuses, crucifères, graminées, etc. en fonction des objectifs recherchés et leur insertion dans la rotation. D'une façon générale, on recherche toujours une production maximale de matière sèche à l'hectare, car elle est déterminante pour le développement des populations de vers de terre, pour le recyclage et le stockage d'éléments fertilisants dans la biomasse (effet Cipan) ainsi que pour l'accroissement des taux de matières organiques.
Des avantages multiples
Quels effets et quels bénéfices attendre de cette véritable révolution de la pratique agricole traditionnelle ? Quand on interroge les agriculteurs qui ont plusieurs années de SCV derrière eux, ils nous disent que leur première motivation était économique : ils cherchaient à réduire les coûts de mécanisation. La baisse des charges de gazole et d'entretien mécanique ne s'est pas faite attendre.
Mais, rapidement, l'amélioration de l'état des sols est apparue et devenue un objectif propre. La réduction progressive des fertilisants et des produits phytosanitaires pour un niveau de production identique est venue conforter les agriculteurs dans leur engagement.
Cette prise de conscience de l'effet sur l'environnement leur a permis de faire face à l'image de l'agriculteur pollueur. La réduction des pollutions par les nitrates et les molécules de l'agrochimie est avérée. Le retour de la petite faune sur l'espace cultivé est visible. La multiplication des « cabanes » de vers de terre est devenue un indice de fertilité et un motif de fierté.
Le dernier aspect de cette révolution n'est pas le moindre. En réduisant les heures tracteur de moitié voire plus, le changement radical de l'organisation du travail a sensiblement modifié la vie de ces professionnels en leur libérant du temps pour l'observation et la réflexion, pour l'acquisition et l'échange de connaissances ainsi que pour la communication et l'entraide au niveau local.
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L'échange d'expériences étant au coeur de la diffusion de l'agriculture de conservation, ses promoteurs dans les régions Rhône-Alpes et Paca se sont naturellement mis en réseau afin d'échanger leurs informations. Malgré le choix du nom « Base Sud-Est », il ne s'agit pas d'une déclinaison de l'association « Bretagne Agriculture Sol et Environnement », mais bien d'un réseau informel de professionels. Pour être intégré dans la liste de diffusion, il suffit d'écrire à l'adresse suivante : [email protected] « Grâce à ce petit réseau, il commence à se passer beaucoup de choses dans la région », se réjouit Frédéric Thomas, le fondateur de la revue TCS et du site internet Agriculture-de-conservation.com, qui est également intervenu en Haute-Savoie et dans la Drôme à l'occasion de son déplacement en Rhône-Alpes.
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