Accès au contenu
Pratiques apicoles

Le varroa doit être combattu en permanence

L'apiculteur amateur ou professionnel doit changer ses pratiques et traiter contre le varroa plusieurs fois par an pour ne lui laisser aucun répit.
Le varroa doit être combattu en permanence

La varroose est une calamité, tous les apiculteurs le savent bien. « C'est un danger sanitaire de deuxième catégorie, et malgré son impact économique, l'Etat ne met pas de moyens pour lutter contre », estime Florentine Giraud, docteur vétérinaire spécialisée en recherche sanitaire apicole. L'apis cerana, d'origine asiatique, est habituée à la présence de varroa, l'acarien vecteur de la maladie, mais pas apis mellifera, présente en Europe. Pour le moment, le parasite a le dessus. Car sa présence dans une colonie induit une baisse du poids des abeilles, et une réduction de leur durée de vie.

Adaptation phénoménale

« La mortalité de début de printemps peut être due à la présence importante du varroa sur les abeilles d'hiver qui ont alors du mal à faire la soudure », explique l'experte apicole.  Car le parasite possède une faculté d'adaptation assez phénoménale : il vit de quelques semaines à plusieurs mois, s'adaptant à la durée de vie de l'abeille. Alors, il faut toujours penser à sa présence dans la colonie et avoir en tête une lutte permanente. « Si l'infestation est faible, il n'y a pas de signe. Si elle est modérée, la progression de la colonie est affectée ainsi que la production de miel. Mais on peut très vite atteindre des dommages irréversibles », précise Florentine Giraud.

Dans les symptômes, il faudra surveiller l'apparition de couvain en mosaïque, (commun à plusieurs maladies), le cannibalisme sur les larves (nymphe à la tête coupée), la mortalité au stade nymphéal (présente notamment en bord de cadre). La surveillance se traduit par une désoperculation pour repérer la présence de varroas ou des déformations des nymphes. Tous ces symptômes non repérés peuvent aboutir à un affaiblissement de la colonie malgré une présence importante de miel ou de pollen, puis à un effondrement de la colonie en fin d'été ou en hiver et même au début de printemps alors que l'on ne s'y attendait pas.

Des seuils de déclenchement

« L'apiculteur doit changer de comportement et penser à une lutte contre le varroa selon son niveau de présence et plus seulement après l'été, moment où il prolifère au détriment de la colonie », souligne Florentine Giraud. Plusieurs méthodes de comptage existent. Celle des langes (plaque graissée sous le plancher aéré) est assez fiable. On établit une moyenne sur plusieurs jours sans laisser plus de  sept jours entre deux relevés, car la présence de débris variés gêne alors le décompte. Il faut cinq jours pour avoir une vague de naissances dans le couvain et donc la sortie concomitante de varroas, moment où ils sont susceptibles de tomber. Le décompte va donner un niveau d'infestation dont les conséquences seront variables selon le moment de l'année. Entre novembre et février, le nombre de varroas repérés doit être multiplié par 400. Entre mai et octobre, il faut multiplier par 30, mais en septembre-octobre, le coefficient sera de 100. En France, on peut considérer que le seuil d'alerte en été sera de 10 varroas par jour. Mais Jean-Marie Barbançon, grand spécialiste des abeilles, propose 0,5 / j en hiver, 6 au printemps et 8 en été, seuil à partir desquels il faut traiter rapidement.

On peut également compter les chutes après un traitement acaricide, mais il ne concerne que les parasites présents sur les abeilles et pas dans le couvain. D'autres méthodes existent, mais ne sont pas forcément faciles à mettre en œuvre par le non-initié. On peut également prélever une centaine de nymphes dans trois cadres différents. Plus de 10% touchés est un signe d'alerte, mais 50% si on analyse des cellules de mâles.

Choix de matières actives

La lutte peut être réalisée avec des lanières Apivar et un traitement, hors couvain, à l'acide oxalique. Le temps d'attente sur miel est nul ce qui veut dire que l'on peut mettre des hausses immédiatement après. L'utilisation d'Apistan est possible tous les quatre ans pour ralentir l'accoutumance aux différents produits de traitements.

Les traitements au thymol sont utilisables, mais seulement avec des températures clémentes (entre 15 et 30 degrés Celsius) mais ils demeurent insuffisants et doivent être complétés par un autre traitement.

L'apparition récente de l'acide formique en bandelette, doit être réalisé hors miellée sur au moins six cadres de couvain pour lequel il est davantage préconisé. Mais il demande des précautions tant pour la pose que pour l'applicateur qui doit lui-même se protéger.

On peut également recourir à la suppression de couvain de mâles deux à trois fois au cours du printemps qui permet, en enlevant les cellules concernées, de supprimer autant de varroas.

Jean-Marc Emprin