Le village conserve ses fermes
Mecque du ski de fond, la station village d'Autrans dans le Vercors compte aussi une quinzaine d'exploitations agricoles. Deux d'entre elles ont fait le choix de se développer en s'intégrant dans le village. En production laitière bio, la ferme des Marmottes, à proximité du bourg, a agrandi son bâtiment principal et en a construit un autre à quelques encablures. Tandis que le Gaec de la Cerisière, également en bovins lait bio, vient d'ériger un nouveau bâtiment d'élevage à l'entrée du village. Ces réalisations ont permis l'installation de deux jeunes agriculteurs.
Economie villageoise
Rester ou construire ailleurs ? Lorsque Jordan Vacher a décidé de s'installer avec ses parents à la ferme des Marmottes, s'est posée la question de son avenir économique. Pour accueillir un troisième associé, il importait donc de regrouper les animaux, augmenter le troupeau et la capacité de stockage. A terme, il est également prévu de transformer une partie de la production. Béatrice et Stéphane Vacher ont repris cette exploitation familiale en 1990, l'ont régulièrement agrandie et mise aux normes pour se lancer dans l'accueil à la ferme en 2004. « Nous souhaitions communiquer sur notre métier. Les gens ne savent pas ce qui se passe dans une exploitation et ainsi, nous participons à l'économie du village », explique Stéphane Vacher. Pour cette famille d'agriculteurs à la tête d'un troupeau de 57 vaches laitières et 45 génisses composé principalement de montbéliardes, mais aussi d'abondances et de quelques villardes, la qualité de vie et le bien-être des animaux font partie des priorités. L'exploitation s'étend aujourd'hui sur 106 hectares, souvent pentus et couverts, l'hiver, par les pistes de ski de fond ou alpin.
Coopération avec les habitants et la commune
« Au départ, notre idée était d'avoir tout sur le même site », explique Jordan Vacher, le jeune installé, mais en raison du risque lié au stockage du fourrage à proximité des habitations du village, la grange a dû être délocalisée. L'exploitation est aussi située en zone de risque naturel et à proximité de la zone humide, le ruisseau du Méaudret coulant à l'extrémité des parcelles. C'est autant d'obstacles administratifs qui ont dû être dépassés, pas à pas. Ainsi, le nouvel accueil des génisses s'opère sur une aire paillée intégrale, distincte de la stabulation sur caillebotis et fosse couverte des vaches laitières. Le fumier est raclé grâce à la nouvelle griffe dont l'exploitation s'est équipée et directement évacué par benne, le tout à distance respecueuse des habitations. Avec la commune, les exploitants ont toujours joué la carte de la coopération. L'installation est classée et la fosse à lisier est aux normes depuis 2001. « Nous faisons attention à entretenir des bonnes relations avec nos voisins, notamment au moment de sortir le lisier », poursuit Stéphane Vacher. « Nous avons un silencieux sur les appareils de traite. Il nous faut être crédibles et éviter les conflits. Par exemple, nous veillons aussi à ne pas faire traverser les vaches les jours de gros marché l'été. » De son côté la commune a préserver des chemins et des servitudes de passage pour que les vaches puissent aller pâturer alentour sans emprunter la route.
Forfaits de ski indigestes
Les exploitants font montre de pédagogie au quotidien. Il faut dire que la ferme des Marmottes accueille 4 000 visiteurs par an. « Nous constatons que les jeunes parents et les jeunes enfants sont souvent déconnectés des réalités agricoles, mentionne Béatrice Vacher qui s'occupe plus particulièrement de l'accueil. Ils ne savent pas qu'une vache doit avoir un veau pour produire du lait. Nous recevons beaucoup d'écoles de la région grenobloise, mais peu des villages du secteur. Il serait pourtant intéressant de leur expliquer, par exemple, comment les bêtes pâturent dans ces champs et qu'il est dangereux pour elles que les skieurs fassent tomber des forfaits au sol car elles risquent les ingérer au printemps. »
Vue sur le tremplin
Un peu plus éloignée du cœur du village, l'exploitation de la famille Blanc Pâque a une vue imprenable sur le tremplin olympique d'Autrans. Dans le hameau, la ferme, qui comptait 30 vaches laitières, souffrait de l'exiguïté de son bâtiment et de sa proximité avec les autres habitations. Eddy Blanc Pâques s'est installé en 2012 avec son père, qui a pris sa retraite l'année suivante, remplacé par son épouse. Sortir l'exploitation du hameau, veiller au bien-être animal dans le respect des normes, agrandir le troupeau à 40 vaches et améliorer les conditions de travail pour tous, sont les critères qui ont présidé à l'émergence du projet. Après un an de travaux, le nouveau bâtiment de 1 100 m2, vaste, éclairé, aéré, sort de terre à 150 mètres en contrebas du hameau. Dans le voisinage, la construction est plutôt bien passée même si certains ont un peu tiqué, craignant pour la vue, ou s'interrogeant sur les risques de voir le bâtiment tranformé en habitat ! Là aussi, les exploitatns ont expliqué pour effacer les craintes.
Isabelle Doucet
Bâtiment d'élevage /