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TECHNIQUE

Légumineuses : l'union fait la force

L'optimisation des échanges entre les légumineuses et des bactéries du sol permet de limiter l'apport d'engrais.
Légumineuses : l'union fait la force

« Bactéries » ne rime pas toujours avec « maladie ». Certaines bactéries fournissent une nouvelle source d'azote aux légumineuses, en transformant l'azote de l'air en une forme assimilable par la plante. Limiter l'utilisation des engrais est donc possible. « Le sol a des ressources ! », rappelle Jean-Jacques Devron, directeur de recherche Inra Eco&Sols, lors d'une intervention auprès d'agriculteurs et conseillers agricoles, organisée sur ce thème début juillet par la chambre d'agriculture de l'Isère à Saint-Geoire-en-Valdaine. Un volume de terre de la taille d'un dé à coudre contient des millions de microorganismes. Il faut savoir tirer parti de leurs mécanismes d'échanges. « L'azote de l'air est une ressource gratuite et illimitée, insiste M. Devron lors de l'intervention. Avec le développement de l'agriculture biologique et le durcissement des normes environnementales, apprendre à raisonner une intervention du vivant sur le vivant est essentiel ».

Ne plus dépendre du soja américain

Il existe une spécificité rhizobium – légumineuse. Les rhizobia naturellement présents sur telle parcelle ne sont pas forcement les plus adaptés à telle ou telle cutlure. On peut dans ce cas recourir à l'inoculation : on introduit la bactérie souhaitée dans le sol. Mais l'idéal reste de s'adapter au milieu et non l'inverse. « Pour améliorer notre autonomie en matière de protéines, il est nécessaire de savoir exploiter les capacités des légumineuses. Il en existe une grande diversité, adaptée à une multitude de conditions pédoclimatiques, de la toundra au désert du Sahara. En agriculture, il faudrait davantage tirer profit de cette diversité, exploiter le potentiel régional », affirme M. Devron, en marquant le contraste avec la monoculture de soja américaine.

La recherche scientifique sur ce type de symbiose est en plein essor. Les chercheurs n'oublient pas la dimension de terrain, en s'intéressant avant tout au matériel génétique dont disposent les agricutleurs. Le développement d'outils de diagnostic et la création de cartes illustrant la répartition des microorganismes sur le territoire témoignent aussi de cette volonté d'articuler les recherches scientifiques aux espaces agricoles. L'identification et l'approvisionnement en variété / espèce la plus adéquate au milieu est un vrai défi pour l'agricutleur.

Face à la monoculture de soja américaine, qui fournit le monde en protéines, une carte est à jouer : favoriser les interactions, autant au champ – légumineuses, sol, bacéries - qu'entre les scientifiques et les agricutleurs. Car on le sait bien, l'union fait la force.

 

Zoom sur la symbiose rhizobium / légumineuse

Les légumineuses peuvent établir un dialogue moléculaire avec des bactéries, afin d'initier une symbiose. Cette interaction à bénéfice réciproque se traduit par la formation de nodules visibles à l'œil nu au niveau du système racinaire, hébergeant les rhizobias. Ces bactéries vont fixer l'azote de l'air, c'est-à-dire transformer le diazote (N2) en ammoniac, forme assimilable par la plante. En échange, cette dernière fournit du carbone aux bactéries. Parmi les conditions nécessaires à une bonne nodulation - outre une culture adaptée au milieu - figure une bonne porosité du sol, car la fixation d'azote nécessite de l'oxygène. De plus, des reliquats d'azote des cultures précédents peuvent empêcher à la plante d'exprimer au mieux son potentiel symbiotique. La masse nodulaire est un indicateur de la qualité de la symbiose. Toutefois, une présence trop importante de nodules pourrait induire des réactions de défense de la part de la plante. Mieux cerner les facteurs influençant la symbiose et optimiser le niveau d'envahissement de la plante par la bactérie est un enjeu très actuel de la recherche.
Magali Seyvet