Les agriculteurs donnent une stabilité à la société
L'évêque de Grenoble, Mgr Guy de Kerimel, est venu délivrer une parole d'encouragement aux agriculteurs réunis dimanche 9 septembre à Saint-Siméon-de-Bressieux dans le cadre d'une rencontre organisée par le diocèse et l'association La Mondée.
« Le monde rural et surtout le monde agricole souffre et cela pour plusieurs raisons », reconnaît l'homme d'église. Il parle d'injustice pour un travail qui n'est pas rémunéré à sa juste valeur, qui ne compte pas ses heures, où subventions et surendettement rendent la vie encore plus compliquée. Et pourtant, « Vous avez une place importante dans la société. Vous en êtes les racines », assure l'évêque. Mais la route est longue pour une profession qui, peu à peu, semble avoir perdu le lien qui la rendait si proche du reste de la société.
Un métier ingrat et essentiel
« On ne se rendait pas compte, témoigne un citadin interrogé lors d'un micro-trottoir. En étant plus en contact avec les agriculteurs, on réalise que les exploitations sont diversifiées, que les gens sont forts et courageux. Et je suis admiratif. » Souvent, le seul lien qui se tisse est avec le maraîcher au marché. On sent bien que quelque part, « c'est une vie de fou ». Mais difficile d'aller au-delà de ce sentiment. Sinon, pour réclamer « moins de pesticides », « une agriculture raisonnée », tout en ayant conscience qu'il s'agit d'un métier « ingrat », mais « essentiel ». Les contradictions de la société transpirent : « C'est dégueulasse la façon dont sont considérés tout vos efforts ». Mais aussi : « Vous avez entre les mains l'avenir de la terre. Essayez de la préserver ».
Se référant aux Ecritures, l'évêque a mis des mots sur les maux, mais bien plus que cela, a souhaité « prendre de la hauteur » et redonner du sens à ce que vivent les agriculteurs aujourd'hui. Que la Genèse soit considérée comme un texte sacré ou non, le Récit des origines présente l'être humain comme révélant son sens à la nature. « C'est lui qui peut décrypter les lois de la nature », analyse Mgr de Kerimel. L'homme d'église invitait ceux qui étaient venus l'écouter à « trouver une entente » avec la nature, rappelant ainsi combien les moines et les monastères avaient façonné le paysage français, mais aussi, dans un clin d'oeil à la liqueur locale, combien « leurs produits inspirent confiance ». Il a souligné l'initiative du Département pour la marque Is(h)ere, « qui rappelle que nous sommes dans une région délimitée et que les produits agricoles disent quelque chose de la terre qui les produit », avant d'insister : « Vous êtes les racines de la société. Si ces racines souffrent, la société souffre. »
Le sens du temps
Pour l'évêque, il est donc temps de « réinventer l'agriculture » et de la rendre « plus humaine », plus ouverte sur l'extérieur. « Vous avez des atouts pour sortir de l'impasse. On aura toujours besoin des agriculteurs car on aura toujours besoin de manger ». Le dirigeant du diocèse de Grenoble-Vienne s'est appuyé sur l'encyclique sur le travail du pape Jean-Paul II qui met en exergue le travail agricole, comme « base d'une saine économie » et comme fondement de « la dignité du travail ». Il a encouragé les agriculteurs à témoigner « car l'agriculture à quelque chose à dire à l'ensemble du corps social ». Obligée de tenir compte du principe de réalité, elle « a le sens du temps » et « sait prendre du recul »;
Enfin, l'encyclique Laudato Si (Loué sois-tu !) du pape François, rappelle que, comme en agriculture, « la réalité est supérieure aux idées ». L'évêque a aussi insisté aussi sur « le tout supérieur à la partie » dans la mesure où la terre, ce bien commun, est celui qui sera transmis aux générations suivantes. De la même façon, « le temps est supérieur à l'espace », a-t-il mentionné. Face à la culture de l'image et du buzz, il a préconisé une action qui s'inscrit dans la durée en déclarant : « L'agriculteur a davantage le sens du temps ». Enfin, si les conflits sont inévitables, l'unité leur est toujours supérieure, a insisté l'évêque. « Il ne faut jamais perdre la vision globale et ne pas s'occuper uniquement des intérêts particuliers. »
Ces grands principes font sens dans l'ensemble de la société, mais Mgr de Kérimel a déclaré en conclusion : « Vous êtes indispensables à la société. Vous êtes un élément stable, certes fragile et appelé à évoluer. »
Isabelle Doucet
Echanges/Les discussions avec l'evêque ont interrogé les agriculteurs sur ce qu'ils ont à apporter au reste de la société.« On nous prend de haut avec nos idées terre à terre »
Lors du temps d'échange prévu à l'issue de l'intervention de l'évêque du diocèse de Grenoble-Vienne, les agriculteurs ont d'abord retenu l'invitation à communiquer. « Faire connaître les réalités, c'est important, indique une jeune femme. Si on met de l'engrais sur les parcelles autour d'un village, c'est pour ne pas déranger en épandant du fumier.» Car les agriculteurs s'estiment « de moins en moins compris. On nous prend de haut avec nos idées terre à terre », témoigne un autre exploitant. Ce principe de réalité, qui vient parfois se heurter au rêve, et dont les agriculteurs sont les garants, reste une valeur pleine de sens dans une société « qui vit à toute vitesse », comme l'observe un intervenant.Une productrice de fraises témoigne combien, en s'adaptant aux conditions climatiques pour proposer une cueillette de fraises à un tarif avantageux, ses clients se sont trouvés touchés de ce que la nature s'invite dans une relation marchande. Quant à l'arc-en-ciel, c'est un émerveillement gratuit, a-t-elle ajouté, en délivrant ainsi un exemple concret du principe de réalité, du bon sens paysan et de ce qui relève de la contemplation.Créativité et solidarité sont des valeurs que le monde paysan devrait mieux savoir partager... avec quelques limites. « L'ouverture aux autres, c'est bien, mais je vends toute la semaine et le week-end, c'est sacré, réservé à la messe et à la famille », lance une exploitante chrétienne qui ne veut pas « être visitée comme un musée ». L'évêque a rappelé la position claire de l'église quant au travail du dimanche, qu'elle refuse de banaliser, « même s'il faut traire les vaches ».ID