Les agriculteurs en mal de reconnaissance
A l'approche des élections des chambres d'agriculture, « il est important de se redire certaines choses », explique Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère lors de la réunion organisée par la liste FDSEA/JA à Apprieu, le 21 janvier. « On doit pérenniser le foncier dans le temps pour qu'on n'y revienne pas à chaque génération », explique-t-il. Mais dans la région, la concurrence est rude. Pour protéger le foncier, la chambre d'agriculture doit émettre un avis sur les plans locaux d'urbanisme (PLU), les périmètres de protection des zones agricoles et naturelles (PAEN) ou encore des zones agricoles protégées (ZAP). En pratique, ça se complique. « On est pas au courant de ce qui se passe dans le PLUI Bièvre Est, on n'a pas accès au dossier », raconte Patrick Gillet, agriculteur à Apprieu. « Quant c'était des PLU, les agriculteurs étaient un passage obligé, mais avec les PLU intercommunaux, il n'y a plus de réunion », déplore Jean-Claude Darlet. Il est ainsi suggéré que les intercommunalités mettent des cartes à disposition des agriculteurs. Le PLUI Bièvre est en est bientôt à l'étape de l'enquête publique. « On ne peut pas dire qu'il y a un problème, on a rien vu ! », interpelle Patrick Gillet. « La chambre d'agriculture risque aussi de donner un avis défavorable. L'enquête publique, c'est le moment de faire remonter les choses », explique le président sortant de la chambre.
Foncièrement compliqué
Puisque le foncier est sur la table, le débat s'enchaîne sur la numérisation des cadastres. « Entre mon cadastre numérique et mon cadastre papier, je peux avoir jusqu'à 14 mètres d'écart », raconte Christophe Gabert, éleveur ovin à Chirens. Cela ne serait pas lié au cadastre papier mais davantage à la technique utilisée pour prendre les mesures afin de numériser. « Ils ne vont plus sur le terrain pour vérifier le repérage satellite », souligne Jean-Paul Prudhomme. Mais, au bout, c'est la perte de terrain pour certaines personnes. « Il faut contacter la commission départementale de l'aménagement du foncier », suggère Jean-Claude Darlet. « Faites remonter les parcelles touchées qu'on puisse en parler au congrès de la FDSEA », ajoute Jérôme Crozat, président de la FDSEA Isère.
Le travail fourni dans l'irrigation a aussi été souligné. « On a fait le choix de prendre en charge la gestion de l'organisme unique pour ne pas laisser les organisations privées ou les collectivités prendre la compétence », explique Jean-Claude Darlet. Souvent pointés du doigt pour la consommation en eau de leurs exploitations, les agriculteurs présents s'agacent de l'agribashing. « La responsabilité ne doit pas porter sur une seule profession. On doit la gérer avec d'autres activités, comme le monde agro-industriel et l'industrie de l'électronique », confirme le président sortant. En 2003, les agriculteurs prélevaient 60 millions de m3 d'eau. En 2017, 40 millions de m3 ont été prélevés.
Bon voisinage et agribashing
« On est passé de peu à côté de l'interdiction de l'utilisation des produits phytosanitaires à 100 ou 150 mètres des habitations. On doit être volontaire sinon les 150m, on va les avoir ». Pour Jérôme Crozat, le prochain dossier sera la pédagogie contre l'agribashing. Une charte de bon voisinage est en préparation avec la préfecture et l'association des maires ruraux. « On me parlera de bon voisinage quand il n'y aura plus les motocross, les barbecues et les canettes dans mes parcelles », s'agace Christophe Gabert. « On est complètement écrasés par l'agribashing sur les produits phytosanitaires, notamment dans les médias », s'énerve David Rivière, éleveur allaitant. Que ce soit dans les parcelles, ou dans les assiettes, le manque de connaissances des consommateurs interpelle. Alors que le glyphosate est pointé du doigt en France, les consommateurs achètent toujours des produits originaires d'autres pays de l'UE moins regardants. « C'est pas la frontière qui les lave ! », ironise Christophe Gabert. « Il faut que ça nous passe au dessus et qu'on y aille intelligemment. La FNSEA veut montrer qu'on comprend la demande sociétale mais qu'on ne peut pas tout faire en claquant des doigts », tempère Jérôme Crozat. Perdurer sur le territoire et le communiquer, tout un programme.