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Tour de plaine

Les agriculteurs inquiets pour la campagne à venir

Les récoltes de maïs et les semis de colza se présentent plutôt bien. Mais la sécheresse complique sérieusement les semis de céréales à paille.
Les agriculteurs inquiets pour la campagne à venir

Les récoltes de maïs sont terminées et se caractérisent par une grande hétérogénéité. « Ça dépend des secteurs, témoigne André Coppard, exploitant à Saint-Savin, dans le Nord Isère. Les résultats peuvent être très différents au sein d'une même zone, y compris à l'intérieur d'une même commune. » Sans être exceptionnelle, l'année 2017 sera néanmoins « à peu près normale ».

Pour les semis en revanche, c'est plus compliqué. Si les colzas se présentent plutôt bien, les semis de céréales à paille donnent du fil à retordre aux agriculteurs. Et ce ne sont pas les quelques millimètres d'eau qui sont tombés le week-end dernier qui devraient rétablir la situation.

Dans la Bièvre, les colzas semés entre fin août et début septembre ont majoritairement atteint le stade 6 feuilles ; les risques pour les altises et le tenthrède de la rave sont donc dépassés. Pour les parcelles semées plus tardivement en revanche, le stade 4 feuilles n'est pas encore atteint. « Les parcelles sont à surveiller, rappelle Christelle Chalaye, conseillère agronomie et environnement à la chambre d'agriculture. Une interention est à prévoir si plus de huit pieds sur dix présentent des morsures sur 25% de la surface foliaire pour les altises. Pour le tenthrède de la rave, il faut intervenir si un quart de la surfacce foliaire est détruite. » La technicienne, qui suit le groupe Déphy constitué autour du captage de Faramans, conseille de surveiller le charançon du bourgeon terminal, dont la présence peut être signalée dès le stade 3-4 feuilles. Les cuvettes jaunes sont donc à examiner de près.

Semis difficiles

La situation est bien plus délicate pour les semis de céréales à paille. Car, mis à part s'ils sont pratiqués derrière une récolte de maïs, la terre est si dure que les charrues ne parviennent pas à passer dans certaines parcelles : soit la terre est trop fine, soit elle fait de grosses mottes.  « Les semis sont difficiles, car les sols sont compacts, explique Christelle Chalaye. Les charrues ont du mal à rentrer dans la terre. » Si la pluie ne tombe pas rapidement pour assouplir les sols, certains agriculteurs prévoient de remplacer le labour par un simple déchaumage. Dans les champs en effet, la terre est croûtée au point de ressembler à du « béton ». A Penol, Michaël Muguet attend la pluie avec impatience, comme beaucoup. « Sur les maïs, ça va à peu près, mais les places de colza, j'ai eu beau gratter plusiers fois, les surfaces sont intraitables, témoigne le jeune exploitant. J'ai dû laisser de côté plusieurs parcelles. Je travaille pour mon beau-père et chez lui, je n'ai rien pu faire. » Les quelques gouttes tombées dimanche auront au moins permis de poursuivre les semis.

« La sécheresse, c'est bon pour récolter le maïs, mais pas pour semer les orges et les blés. Chez nous, la situation est alarmante : il n'y a plus de réserve, même dans les marais », s'inquiète André Coppard. L'agriculteur affirme se faire « plus de souci pour l'année qui va venir que pour la campagne qui se termine ». Et pour cause. Il n'a quasiment pas plu depuis l'automne dernier. Dans certains secteurs, les sources ont fortement baissé, les ruisseaux sont à sec et les nappes au plus bas. D'où l'inquiétude des professionnels. « Plus on laboure, plus on perd de l'humidité, ce qui risque de poser problème pour faire germer l'orge et le blé », alerte Christelle Chalaye, qui redoute que l'on aille « au devant d'une catastrophe » pour la campagne à venir.

Marianne Boilève