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Semences fourragères

Les agriculteurs multplicateurs revendiquent un prix plancher

Réuni en assemblée générale début mars à Colombe, le syndicat des agriculteurs multiplicateurs de semences de l'Isère confirme ses performances techniques et entend négocier des prix plancher avec les entreprises de production.
Les agriculteurs multplicateurs revendiquent un prix plancher

« Une année très moyenne. » En 2014, les agriculteurs multiplicateurs de semences de l'Isère n'ont pas tous été logés à la même enseigne. Certes, « globalement, les résultats en graminées [ont été] meilleurs que les conditions climatiques ne le laissaient présager », a indiqué Jean-Claude Plottier, le président du Syndicat des agriculteurs multiplicateurs de semence de l'Isère (Sams 38) lors de l'assemblée générale du syndicat le 10 mars dernier. Mais les rendements ont été très irréguliers, variant du simple au double selon les exploitations. Pour le dactyle par exemple, si la production moyenne tourne autour de 8 quintaux à l'hectare, certains agriculteurs n'en ont récolté que 6,5 quintaux, quand d'autres ont eu la surprise de monter à 12.

Prix plancher

Ces écarts s'expliquent par des conditions météo compliquées (les pluies ont perturbé la récolte des graminées), mais aussi par les variétés elles-mêmes. Comme ce sont les entreprises de production qui fournissent les semences, les agriculteurs n'ont pas la main sur le choix variétal, et encore moins sur les rendements. C'est donc un peu la loterie chaque année. D'où la nouvelle bataille engagée par le syndicat, qui souhaite aborder la délicate « question des différentiels de potentiels entre variétés » et revendique un prix plancher pour la variété la plus productive et des majorations selon le niveau de rendement attendu. « On ne sait pas à l'avance ce que nous allons produire, justifie Philippe Rivat, vice-président du Sams 38. Avec un prix plancher, on mettrait tout le monde sur un pied d'égalité. » Les agriculteurs multiplicateurs ont commencé à avancer leurs pions auprès de la Dauphinoise, mais tout est encore à construire.

Concernant les maïs et les tournesols, les résultats sont encore plus « décevants ». Le manque d'ensoleillement a sérieusement pénalisé les tournesols, dissuadant les abeilles de remplir leur contrat de pollinisatrices. Quant aux maïs, ils ont été tellement « rincés » par les pluies que la déhiscence des anthères ne s'est que peu ou pas faite : l'émission du pollen est souvent resté enfermé dans les loges des étamines.

L'année 2015 va-t-elle permettre de rattraper le coup ? « Pour moi, oui... Ça se présente plutôt bien », veut croire Jean-Claude Plottier. « La demande est là, mais sans plus », nuance Philippe Rivat, qui évoque plus un « renouvellement de surfaces » qu'une réelle embellie, à part une légère croissance chez Barenbrug. Dans l'ensemble, les mises en place se feront, mais sur des surfaces modestes : 30 à 50 hectares par maison de semences.

Protection des cultures

Sur le plan technique, les agriculteurs multiplicateurs isérois continuent de se distinguer. L'équipe technique de la Fnams a réalisé de nombreux essais sur les petites graines, en agronomie (techniques de semis, optimisation de l'azote, irrigation...), le désherbage, la récolte et le séchage, ainsi que sur la protection des cultures. Une action d'envergure a été menée pour lutter contre le campagnol. Des essais ont également été réalisés sur des grandes parcelles pour l'homologation de produits phytosanitaires. « La Fnams va prochainement mettre en ligne les informations sur les produits homologués en production de semences potagères, fourragères et betteraves », annonce Jean-Claude Plottier.

Un nouveau chantier a par ailleurs été engagé sur l'andainage, pratique qui permet de sécuriser la récolte et de gagner des points d'humidité, donc de faire de substantielles économies. En Isère, les multiplicateurs en ont depuis longtemps compris l'intérêt, tant et si bien que la Fnams est en train d'essaimer leur expérience au niveau national. Plus rapide et moins coûteux qu'un passage de moissonneuse-batteuse, l'andainage offre aux agriculteurs une réelle souplesse par rapport aux conditions climatiques. Des essais ont été conduits chez plusieurs volontaires, avec observations et prélèvements aux différentes phases de l'andainage et du battage. Il en ressort que les pertes à la récolte sont minimes, voire insignifiantes en bonnes conditions. Mais l'intérêt le plus probant se situe au niveau du séchage : «On peut gagner de 80 à 100 euros à l'hectare, estime Christian Etourneau, le nouveau technicien machinisme de la Fnams. Globalement, on peut arriver à éliminer le passage en séchage. » Remise au goût du jour il y a plus de vingt ans en Isère, cette pratique consiste à andainer les cultures, laisser sécher cinq jours et moissonner ensuite. Une technique ancestrale qui s'appuie sur les conditions naturelles pour obtenir des gains réels en matière de séchage. « C'est dans l'air du temps », s'amuse Philippe Rivat.

Marianne Boilève